Dopage, affaire judiciaire – La longue mise au point de Tony Yoka


En pleine préparation de son quatrième combat professionnel, contre Cyril Léonet, Tony Yoka doit faire face à la polémique.
Champion olympique 2016, Tony Yoka s’annonçait comme la prochaine superstar du sport français. Malheureusement pour lui, ses débuts professionnels et le choix des adversaires, n’ont pas vraiment convaincu. Récemment, ses no-shows aux contrôles antidopage ont coûté 1 an de suspension avec sursis. Il y a aussi une affaire judiciaire où le boxeur a porté plainte pour chantage et tentative d’extorsion de fonds. Au milieu de tout ça, il prépare son 4e combat professionnel contre Cyril Léonet. Rendez-vous le 7 avril prochain. De passage sur INFOSPORT+, le Frenchie s’est livré.
Pour les contrôles antidopage, vous donnez vous-même
toutes les informations ?
On doit s’inscrire sur un logiciel, donner sa position tous les
jours de l’année, il faut le faire trois mois à l’avance. (…) Faut
être super assidu. Je l’ai été avant les JO, j’avais un no show. On
était en stage dans le Colorado avec l’équipe de France, ils sont
venus nous contrôler et 3 jours plus tard on est rentrés en France
donc il faut donner une autre adresse du coup j’ai donné mon
adresse en France mais entretemps je suis dans l’avion et ils sont
venus quand j’étais dedans. Donc ça fait un no show. C’est assez
dur, c’est le sport clean, il faut être assidu, car on est des
sportifs de haut niveau. C’est vrai que même si j’ai été contrôlé
pendant les JO, après les JO, j’ai pris 6-7 mois de vacances et je
n’ai pas forcément pensé à tout ça. (…) On a la possibilité de
changer l’horaire la veille avant 18h. (…) Là en l’occurrence
c’étaient des contrôles inopinés, j’ai eu trois no show mais il
faut savoir que j’ai été contrôlé pendant ce laps de temps après
chacun de mes combats pro, avant et après les JO.
Le deuxième no show, septembre 2016, vous venez d’être
champion olympique.
C’est un peu l’euphorie septembre
2016. Avec ma femme on a fait tous les plateaux qui existent, on
était sur notre nuage. Comme on a pris 6 mois de vacances sans
entraînement, franchement on n’a pas pensé à faire la localisation
pour la liste de contrôle antidopage étant donné que l’on ne
s’était pas entraînés pendant près de la moitié d’une année.
Le dernier no show, mars 2017, vous êtes aux États-Unis
pour votre première préparation.
Je viens de déménager, je n’ai pas encore emménagé, car j’étais en
transit à l’hôtel pendant une semaine, je n’avais pas encore
d’appartement et d’adresse. J’étais encore domicilié en France. Ils
sont passés à mon domicile pendant ce temps-là.
Vous considérez avoir fait une faute professionnelle
?
Bien sûr parce que comme tous les autres sportifs de haut niveau je
devais m’enregistrer et me soumettre aux lois de l’AFLD pour le
contrôle antidopage. En tant que sportif de haut niveau je n’ai pas
envie que mes adversaires soient dopés donc on est soumis à des
règles. Il y a eu des négligences de ma part, surtout après les JO
en ayant pris ces vacances. (…) Il ne s’agit pas d’une affaire de
dopage, il n’y a jamais eu un quelconque médicament pris, c’est de
la négligence. (…)
Vous avez changé vos habitudes depuis les no show
?
Je me suis professionnalisé. Entre la fin des Jeux
et mon passage chez les pros, j’ai vécu une année assez
mouvementée, j’ai changé de pays, j’ai connu l’exposition
médiatique, je suis devenu professionnel. Donc forcément je me suis
entouré d’une certaine structure et aujourd’hui ce n’est plus moi
qui gère tout ça. (…) Je suis obligé de déléguer aujourd’hui et il
s’en occupe très bien.
Vous avez porté plainte pour chantage et tentative
d’extorsion de fonds. Pensez-vous que la médiatisation puisse être
négative ?
Au début non, franchement tout est beau,
après il y a le revers de la médaille mais il faut accepter d’être
exposé comme ça. (…) je m’y suis fait à la longue. Cette affaire
elle a commencé en juin 2017 (…), je savais qu’un jour ou l’autre
ça finirait par sortir. Comme je l’ai dit par rapport au dopage, il
faut faire attention, il y a toujours beaucoup de vrai et beaucoup
de faux dans ce qui paraît dans la presse. Les choses sont
forcément détournées et le grand public n’est pas forcément au
courant de tout.
Vous appréhendez les retrouvailles avec ce grand public
?
Je me dois d’être irréprochable, car je sais que j’ai marqué pas
mal de personnes, une nouvelle génération, qu’on a 33% de licenciés
en plus en boxe depuis les JO et que j’y suis pour quelque chose.
Forcément en étant sous le feu des projecteurs je me dois de donner
l’exemple, que ce soit cette affaire ou sur les contrôles
antidopage. C’est vrai que je ne suis pas parfait, j’essaie depuis
que je suis passé pro de faire mieux les choses. (…) Le fait d’être
parti aux États-Unis avec Estelle ça m’a fait redescendre sur terre
et depuis je me suis vraiment professionnalisé. (…) J’assumerai
toutes les conséquences.
Avez-vous peur aujourd’hui d’être absent des rings un ou
deux ans ?
Ce serait très dur. J’ai tout misé sur ma
carrière. Je suis parti aux États-Unis. Je sens que je peux faire
quelque chose de grand dans mon sport et ça serait un coup d’arrêt.
Maintenant on parle d’aller boxer à l’étranger, car ce n’est pas
soumis aux règles de la fédération française de lutte contre le
dopage. Moi cela ne m’intéresse pas. J’ai toujours dit que même si
je ne m’entraîne pas en France et que j’allais chercher de
l’expérience aux États-Unis, j’ai envie de boxer devant mon pays.
J’ai envie d’apporter la première ceinture de champion du monde
poids lourds ici.
Comment vous le voyez ce combat face à Cyril Léonet
?
Je sais très bien qu’aujourd’hui quand je boxe un
adversaire il donne tout ce qu’il a, car c’est une exposition
médiatique et le moment de saisir sa chance. (…) Je sais que tout
le monde veut me descendre, je l’accepte. Il faut que je réponde
présent. (…) Mon style de boxe a changé (…). Aujourd’hui je pense
être un vrai poids lourd. (…). Le but c’est de gagner, de
progresser, de monter dans le classement. (…) Ce sera mon premier
10 rounds (…) je ne vais pas chercher à aller à la limite, si je
peux abréger le combat, je le ferai. »



















