Cécile Giornelli a fait de l’accompagnement alimentaire des combattants sa spécialité. Nous revenons avec elle sur son métier auprès de ces athlètes aux besoins particuliers.

Vous avez radicalement changé de profession en passant d’un travail dans l’ingénierie commerciale à la nutrition sportive, qu’est-ce qui a poussé votre envie de vous diriger vers cette branche-là ?

J’y suis un peu tombé par hasard. J’avais une carrière très prometteuse dans une multinationale seulement j’ai décidé de changer de voie pour me reconvertir dans le coaching sportif. Mon job me plaisait, mais j’avais des envies d’indépendance. Initialement je m’étais concentrée sur le coaching sportif et la préparation physique. Mais la nutrition m’a toujours intéressée à titre personnel. Au fur et à mesure c’est devenu une évidence et une vocation. Initialement ce n’était pas que les sports de combat, je voulais aider toutes personnes ayant des problématiques de poids. Les sports de combat m’ont toujours intéressé car j’y baigne depuis mes 5 ans, mon père est aussi 6e dan de karaté. Une fois mon diplôme en poche plusieurs combattants se sont dirigés vers moi et depuis je ne me suis plus arrêté.

Est-ce qu’il y a un régime typique pour les combattants de MMA ?

Non il n’y a pas de régimes typiques. Il y a des dogmes en nutrition. On doit par exemple optimiser le rapport poids / puissance, le rapport masse maigre / masse grasse. Il y a des grandes lignes à respecter, mais dans ma vision du métier, il n’y a pas de régime typique. Si un athlète ne prend jamais de petit déjeuner car il n’aime pas ça on ne va pas lui en imposer un, ça n’aurait pas de sens. Mon crédo c’est l’hyperpersonnalisation. Tout doit s’adapter à l’athlète, la dépense énergétique entre un amateur et un professionnel est très différente par exemple. Ce qui est important lorsqu’on cherche de la performance c’est de répondre aux questions : de quoi ai-je besoin ? Quel est le bon moment pour m’alimenter ? C’est comme avec une voiture. Il faut savoir de quel essence j’ai besoin, et de quand est-ce que je fais le plein. La notion de timing d’ingestion est primordiale. Mais la notion de plaisir est aussi incontournable. Aujourd’hui tout le monde sait qu’il faut des protéines, des légumes, etc. Dans le cadre d’un weight-cutting, et d’un déficit calorique, les notions de plaisir et de timing sont primordiales.

En quoi est-ce qu’il est important d’établir un régime et une stratégie alimentaire avant un cutting ?

Dans un premier temps, cela permet de faire le point avec un athlète sur ses besoins. Mais c’est avant tout un travail d’équipe avec le coach, le manager, le préparateur physique et l’ensemble du staff. L’alimentation va venir soutenir toutes ces activités. Une stratégie alimentaire on pense souvent que ce n’est qu’une prise ou une perte de poids. Mais la nutrition joue un rôle majeur dans la récupération ou la réathlétisation. La stratégie alimentaire vise à lier tous ces métiers dans un objectif de performance commun.

Peu de gens le savent, mais le weight-cutting peut être plus difficile pour les femmes à cause de leur cycle menstruel, c’est même un sujet qui semble tabou, est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi et comment vous adaptez vous à une athlète dans ces conditions ?

C’est une réalité très souvent taboue car ça met mal à l’aise certains entraîneurs. Tout d’abord, toutes les femmes ne sont pas égales face à leur cycle prémenstruel. Certaines saignent plus que d’autres et font donc face à une anémie (diminution des globules rouges provoquant un état de faiblesse). Il y a donc un impact physique mais aussi émotionnel, car il y a une forte décharge hormonale. Cela peut se manifester par de la perte de confiance en soi ou des prises alimentaires compulsives. Ça touche plusieurs femmes qui ont des envies de « comfort food », le chocolat, des produits salés ou sucrés.

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Il faut aussi savoir que 80 % des blessures chez les athlètes féminines ont lieu pendant cette période. C’est énorme. L’organisme est plus fragile car il est fatigué, mais on le stimule comme s’il était à son rendement optimal, sauf que ça n’est pas le cas. Un cycle menstruel peut aussi générer une prise de poids de un à deux kilogrammes. Ce sont des kilogrammes de rétention d’eau. On peut agir au niveau gynécologique, mais aussi et surtout en accompagnant l’athlète dans ces périodes difficiles.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre école de formation dédiée au domaine de la nutrition dans les sports de combat ?

J’ai centralisé tout mon savoir et mon expérience ainsi que celle d’autre nutritionniste dans cette formation unique en Europe : la Fight Nutrition Academy. En réunissant plusieurs professionnels des sports de combat, j’ai créé cette école de formation pour apprendre le métier, elle n’est pas forcément destinée aux athlètes mais surtout aux préparateurs physiques, aux entraîneurs et aux diététiciens. C’est une formation reconnue par l’état, dans les références Data Doc et Qualiopi. Cette formation n’est pas un produit commercial sur internet. Ce n’est pas un webinaire. Lorsqu’on souscrit à la formation on a accès aux 27 heures de vidéos, chaque chapitre se conclue par un examen et l’examen final est une étude cas que je corrige. On est les pionniers sur ce sujet.

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