Deontay Wilder vs. Luis Ortiz – Preview XXL et pronostics

Dans le nuit du samedi 3 au dimanche 4 mars (sur beIN Sports), le champion WBC Deontay Wilder affronte Luis Ortiz.

Quelle belle année pour la boxe poids lourds ! Entre le duel Joshua-Parker et Wilder-Ortiz, les spectateurs en auront enfin pour leur argent et vont sûrement en prendre plein les mirettes. Aujourd’hui, intéressons-nous au premier choc de l’année, Wilder-Ortiz. Je vais donc vous présenter le palmarès des deux boxeurs, leurs qualités comme leurs défauts, pour ensuite dégager mon pronostic personnel !

Deontay Wilder :

Commençons par le plus jeune. À l’inverse de son homologue cubaine, Wilder touchera à des gants de boxe à seulement 19 ans. Mais grâce à sa formidable puissance brute, il gagnera le National Golden Gloves en seulement 2 ans et deviendra par là même champion des USA catégorie 91kg.

Durant son ascension en amateur il détruira tous les présumés futurs champions et ajoutera une victoire contre Rakhim Chakhieyv, futur champion olympique, à son palmarès. Lors des Jeux Olympiques de 2008, Wilder devra néanmoins se contenter d’une médaille de bronze. Après cette petite désillusion, notre ami terminera sa carrière amateur avec un bilan de 30 victoires et 5 défaites, et se lancera chez les pros. Et l’histoire, vous la connaissez : 39 combats, 39 victoires. La seule personne ayant pu tenir la distance fut l’américain Stiverne, mais Wilder le balaiera en un seul petit round lors du rematch.

Luis Ortiz :

Comme tout bon cubain qui se respecte, Ortiz commencera la boxe très tôt. Cuba étant le berceau de la boxe, des milliers de gamins s’entraînent chaque jour pour espérer un jour devenir boxeurs professionnels. Là-bas, le talent, ce n’est pas ce qui manque : que de la petite graine de champion.

La carrière amateur d’Ortiz sera relativement longue, mais c’est un peu la tradition à Cuba. Bilan, 343 victoires pour seulement 19 défaites. En 2005 Ortiz s’offrira notamment la médaille d’or du championnat panaméricain. Il remportera de plus le « Playa Giron » en 2006 dans la catégorie 91kg, équivalent de notre championnat national.

C’est à l’âge de 30 qu’il mettra un terme à sa carrière amateur et passera chez les professionnels. Il combattra aux États-Unis pour ses 10 premiers fights, puis switchera entre Cuba et les States. À défaut de réel adversaire, il sera contraint de n’affronter que des faire-valoir jusqu’en 2014. C’est Malik Scott qui en 2016 sera un des rares boxeurs à tenir les 12 rounds face à Ortiz, même si ce dernier visitera le tapis 3 fois et se fera sévèrement martyriser. Bilan, 28 victoires pour aucune défaite.

Le style de Deontay Wilder :

C’est bien simple, ce gars est un véritable animal. C’est comme si l’amour du sport l’importait peu, préférant la bonne vieille bagarre de rue. Ses mouvements sont totalement brouillons, à tel point que l’on se demande parfois si lui-même sait ce qu’il fait. Tout est dicté par son instinct de tueur, préférant mitrailler ses adversaires que de se défendre. Mais comme on dit, la meilleure défense, c’est l’attaque.

Wilder se bat comme un ours, et ne se soucie en aucun cas de sa garde qui reste la plupart du temps grande ouverte. De plus, notre ami préfère mettre tout son poids dans ses coups pour se jeter dans la baston plutôt que d’adopter un style plus conventionnel qui consiste simplement à garder constamment son équilibre. Mais il faut bien avouer que son style de boxe est terriblement efficace puisque personne n’a jamais été en mesure de lui tenir tête (mis à part Stiverne).

Cet homme n’est jamais en reste et souhaite affronter les meilleurs de la catégorie. Pour preuve, s’il y a bien quelqu’un qui souhaite affronter Joshua, c’est bien lui. S’il travaillait sa technique, il serait sans aucun doute numéro 1 des poids lourds. En tout cas, ce qu’on ne peut reprocher à Wilder, c’est qu’il sait assurer le show comme personne, que l’on aime ou non. Mais notre ami n’a pas que des défauts, loin de là.

À la manière d’un GGG, Wilder fait preuve d’une bestialité sans pareille. Il ne lâche jamais son adversaire et administre une pression constante, quasi agressante. Et quand un mec avec une force comme la sienne vous rentre dedans, vous n’en sortez pas indemne. Et puis croyez-moi, le plus fatigant ce n’est pas de donner des coups, mais bien d’en encaisser. Et contre un Wilder qui ne cesse de mitrailler des coups provenant d’angles assez ouf, la fatigue arrive d’autant plus vite.

De plus, même si ce n’est tout bonnement pas son fort, Wilder commence à comprendre les rouages de la boxe. Notez par exemple qu’il sait enfin comment se servir de l’instrument indispensable à chaque boxeur, le jab. Avant, il se contentait d’en balancer par-ci par-là sans vraiment comprendre pourquoi.

Mais depuis plusieurs fights, notre ami a enfin appris à inclure le jab dans son rythme de boxe. En effet, il commence désormais bien souvent par un jab pour s’assurer que la droite qui suivra rencontrera bien la face de son pauvre adversaire. Et quand on sait que la droite chez Deontay, c’est son arme fétiche avec laquelle il administre le plus de correction, on se retrouve avec un gars qui passe d’une technique proche de 0 à quelque chose de bien plus convenable.

Enfin, si Deontay inflige autant de KO, ce n’est pas uniquement grâce à sa force naturelle. Le fait de jauger la distance avec le jab puis d’avancer instantanément et de donner une droite ou n’importe quel autre coup avec l’ensemble de son corps augmente la force de l’impact de façon exponentielle.

Alors d’accord ceci n’est pas vraiment un avantage puisque la perte d’équilibre qu’engendre cette façon de donner un coup peut être très punitive (en raison d’un bon gros contre), je peux vous assurer que cette façon de combattre inspire bien souvent un seul et même sentiment chez l’adversaire : la peur.

En effet, quand un gars de plus de 100kg se jette sur vous en balançant des parpaings de tout son poids et que vous les voyez passer à quelques millimètres de votre menton, votre sérénité n’est bien souvent pas à son maximum.

Couplez à cela cette façon de chercher à agresser constamment son adversaire en ne le laissant pas respirer une seule seconde et vous obtenez une véritable bête : à ses yeux vous n’êtes ni plus du moins qu’un bout de viande sur lequel il a jeté son dévolu, et continuera à vous martyriser tant que vous ne serez pas au sol.

Le style de Luis Ortiz :

Ortiz représente le total opposé de Wilder. En effet, la boxe à Cuba, c’est un art et non une simple bagarre. Et la toute première chose que l’on apprend à Cuba, c’est de ne jamais boxer en avançant. L’adversaire sera toujours considéré comme l’agresseur et c’est pour cela que les boxeurs cubains sont réputés pour leur formidable défense. Boxer en reculant est leur principe phare, la science du contre est inculquée dès le plus jeune âge.

Et force est de constater que même chez les poids lourds ce principe est respecté même s’il est quelque peu aménagé. Ortiz est en effet un formidable contreur et dispose de la meilleure technique de tous les poids lourds actuels. Ses coups sont d’une précision chirurgicale et ses facultés d’esquives sont remarquables, telle est la boxe cubaine. Le voir boxer est un véritable régal.

Mais les Cubains ont un gros défaut selon les promoteurs avides d’argent : ils ne génèrent quasiment aucun pay-per-view. Leur boxe basée sur le contre ne plaît pas aux Américains, ces derniers préférant largement une machine à KO telle que Wilder.

Actuellement, tous les boxeurs cubains en sont victimes : Ortiz, Lara, Rigondeaux… Et c’est précisément ce qui a causé la chute de Rigondeaux : le fait de pouvoir enfin se confronter à la star de la boxe quitte à monter de deux catégories pour enfin montrer aux yeux du monde l’excellence de sa boxe l’a précipité dans le ravin. Et c’est ce qui est en train d’arriver pour notre cher Ortiz.

Lui qui, il y a quelques années dominait totalement la catégorie à tel point que personne ne voulait l’affronter, se retrouve à 38 ans face à la nouvelle superstar, qui elle est au sommet de son art. Mais ce combat sera enfin l’occasion de redorer le blason cubain et de prouver au monde entier que Cuba n’usurpe en rien sa réputation de berceau de la boxe ; de quoi donner une motivation sans pareille à notre ami.

Mis à part cela, Ortiz n’a pas vraiment de gros point faible. Son endurance reste peut-être son plus gros défaut, car le fait de constamment flotter sur le ring pour esquiver les coups puis remiser demande une énergie considérable. Et c’est lors de ses phases de récupération qu’il est bien souvent le plus vulnérable.

Passons enfin au pronostic : 

Les combats dans lesquels deux boxeurs aux antipodes l’un de l’autre s’affrontent sont toujours relativement compliqués à pronostiquer. D’un côté la bestialité, de l’autre la technique. D’un côté un mec qui a commencé la boxe à 19 ans et qui est un génie dans n’importe quel sport, de l’autre un gars qui a passé sa vie à répéter ses gammes à l’entraînement. Si ce fight avait eu lieu 4 ans auparavant, il n’y aurait pas eu photo, Ortiz aurait mangé Wilder tout cru.

Mais l’âge et le fait de combattre de moins en moins font grandement défaut à notre ami cubain : il n’a plus l’habitude du combat et ses capacités arrivent bientôt à leur terme. Fort heureusement pour lui sa boxe n’est pas centrée sur la puissance, sa longévité est donc plus longue, mais 38 ans ce n’est pas rien.

De plus, Wilder est très bon contre les gauchers puisque sa droite est son arme favorite. Il peut donc facilement créer une brèche dans chaque défense. Et pourtant si l’on retourne la chose, c’est aussi un avantage pour Ortiz puisque la manie qu’a Wilder à boxer de tout son corps laisse entrevoir de nombreuses failles. Sa défense étant quasiment inexistante, Ortiz n’aura pas de mal à contrer Wilder. Et lui qui n’a jamais réellement reçu de contre aura devant lui le king des counter punchers.

La question qui déterminera le combat sera alors la suivante : Ortiz peut-il contenir les assauts incessants de Wilder ? S’il le peut alors la victoire sera sienne. Sinon, la victoire sera pour Wilder. En tout cas une chose est sûre, c’est que ce combat n’ira pas jusqu’à son terme. Pour ma part, je pense que la jeunesse de Wilder fera la différence et qu’Ortiz ne sera pas capable de faire face à la mitraillette des coups de Deontay. Et quand on connaît la force de ce dernier, on sait qu’un seul coup peut suffire à envoyer Ortiz voir les étoiles.

Pourtant sur le papier, jamais un pro des contres ne peut perdre face à un gars qui n’a aucune garde et qui se contente d’envoyer des rafales à répétition. Mais comme je vous l’ai dit, Wilder est un véritable animal sur un ring, sans s’en rendre réellement compte, même si ses coups sont très brouillons, ils suivent quand même un certain fil conducteur. Et c’est là tout le génie du bonhomme.

De plus, et pour la première fois de sa carrière pro, l’adversaire qu’Ortiz aura en face de lui n’aura pas peur de ce dernier. Étant un formidable contreur, les anciens adversaires du Cubain étaient tous effrayés au bout de quelques rounds. Devant une telle maîtrise du noble art c’est tout à fait normal me direz-vous. Mais Wilder lui n’a clairement peur de rien, sa boxe en est la plus belle preuve, je pense donc qu’Ortiz sera loin d’être aussi serein qu’à son habitude et que pour une fois les rôles seront potentiellement inversés.

Enfin, je pense que pour une fois Wilder fera preuve d’intelligence et se méfiera de son adversaire, le KO n’arrivera donc que vers le milieu du fight, disons 7ème round, là où Ortiz commencera à s’essouffler. En tout cas la seule chose dont je suis sûr, c’est que ce combat sera extraordinaire !

Photo By: Showtime

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