Ronda Rousey – ça casse ou ça casse

Ronda Rousey: un retour à l’UFC, 48 secondes difficiles à voir et la retraite ? On décrypte tout ça.

Quand un athlète professionnel commence à poster des citations d’Harry Potter pour décrire son état psychologique, il est universellement admis que ça pue la sèche à 30 kilomètres à la ronde. Avec tout le respect que nous avons pour le prophète binoclard, Ronda Rousey en est officiellement là. On peut désormais lire sur son instagram que « Rock bottom became the foundations on which I rebuilt my life » (c’est en touchant le fond que j’ai trouvé les fondations d’un nouveau départ, grosso merdo), signé JK Rowling.

 

Ronda Rousey Harry PotterAvec les nouvelles baguettes Reebok

Le problème quand on lit ça la concernant, c’est une désagréable impression de déjà-vu.

Quelques jours après son démantèlement face à Nunes, Ronda déclarait qu’elle allait prendre un peu de temps pour se ressourcer et réfléchir à son avenir. Le problème c’est qu’elle avait déclaré la même chose exactement après sa débâcle contre Holly Holm, pour en fin de compte ne rien changer absolument :

Elle avait gardé le même coach, Edmond Tarverdyan, pourtant connu pour transformer tous les combattants qu’il touche en plomb (Travis Browne ou Jake Ellenberger).

Elle était restée au même centre d’entraînement, entourée des mêmes personnes alors même que sa mère prenait publiquement la parole pour fusiller l’entourage de sa fille en assurant que « je crois qu’elle reste là par superstition. Comme si elle avait réussi un home-run en portant une culotte rouge, et qu’elle portait cette culotte tous les jours depuis ». Bim bam boum…

Mais pire que tout, au lieu d’exorciser la défaite, de prendre du recul et d’analyser objectivement la situation pour avancer et se remettre sur les rails, elle se focalisa sur des détails mortifères et contre-productifs, grognant et mordant les médias à chaque occasion, les accusant de l’avoir lâchée comme s’il s’agissait d’une bonne copine ou d’un proche, elle se jura de les faire payer et c’est ce qu’elle fit en les boycottant avant son combat contre Nunes.

Si le terme de spirale négative ne semble donc pas usurpé pour décrire ce qu’était la situation de la Championne entre ses deux défaites, la sanction sera sans pitié dans l’octogone. Le combat contre Holly Holm était une humiliation, celui contre Nunes fut une exécution.

48 secondes et pas une de plus pour enterrer celle qui avait réussi a elle seule à hisser le MMA féminin à l’UFC.

Difficile de constater les bénéfices d’une pause longue de plus de 400 jours quand l’apparition de la rédemption ne dépasse les cinquante secondes. Mais à l’évidence Ronda n’était pas prête psychologiquement et tactiquement. Dans son entrée elle ne respirait pas la même confiance qu’auparavant, l’expression corporelle et la détermination dans les yeux n’était plus la même. Dans l’octogone, on ne va pas enfoncer des portes ouvertes, elle était complètement perdue. Trop loin pour engager le clinch mais trop proche pour éviter l’avalanche de violence en Anglaise de Nunes, Ronda n’a même pas semblé en mesure d’offrir une défense intelligente au bombardement qu’elle subissait : une posture beaucoup trop droite et rigide, pas de mouvements de tête, une garde totalement inutile et un temps de réaction d’octogénaire cryogénisé. Son gameplan, si tenté qu’elle en ait eu un solide pour commencer, n’aura même pas eu le temps de voir le jour.

Amanda Nunes,Ronda Rousey

Pour Bas Rutten, un des ingrédients qui a fait tourner au vinaigre le pot-au-feu est la pression que se met Ronda elle-même et qui pourrait être évitée. Pour lui se forcer à avoir l’air agressive et menaçante en permanence, se lancer dans une carrière cinématographique qui nécessite absolument de rester bankable, tout ça la maintient dans un état de stress constant forcément néfaste puisqu’elle se met une pression qu’elle n’a plus d’autre choix que de maintenir et d’afficher le jour du combat. Pour lui, le simple fait de s’éloigner de sa carrière d’actrice et d’aborder les médias et ses combats avec sourires et décontraction est un détail qui changerait totalement la donne. Ce qui peut sembler anecdotique à première vue prend tout son sens quand on sait que Gunnar Nelson par exemple a entièrement revu son approche du fight game après une simple compétition de jiu-jitsu Brésilien.

Alors qu’il pensait n’avoir de matches que le matin et déconnait dans les gradins avec sa team, au beau milieu de l’après-midi le speaker annonce que Gunnar doit se présenter sur un des tatamis pour une nouvelle série de combats. Complètement surpris par l’annonce et avant même d’avoir eu le temps d’y réfléchir ou de psychoter, le combattant islandais descendit alors les marches pour se rendre sur le lieu de la rencontre. Cet après-midi il dominera tout le monde comme jamais auparavant. Parce qu’il était dans un état de décontraction totale, parce qu’il était dans une zone dénuée de tout stress, de tout trac et de toute appréhension parasite il a pu se concentrer le plus simplement du monde sur la tâche devant lui. C’est cette légèreté, cette sérénité qu’il dit rechercher désormais constamment, en s’imposant le moins de contraintes inutiles possible pour arriver dans un état d’efficacité optimal.

Gunnar Nelson aka Hugo Stiglitz dans Inglourious Basterds : « j’ai pas l’air calme, selon vous ?. »

Alors si tenté qu’une des principales raisons de l’échec de Rowdy ait été son état mental, une approche radicalement différente de ses relations avec les médias, le public et les autres combattants aurait probablement déteint sur ses performances beeeaaaucoup plus qu’on ne l’imagine.

Après ça bien sûr, sportivement elle se doit, si jamais elle revient, d’opérer à un drift à 180 degrés si elle compte à nouveau accrocher un jour la ceinture à sa taille. Elle se doit de changer son encadrement et son entourage. Son coach principal actuel est principalement un entraîneur de boxe anglaise et ne semble pas faire partie des meilleurs conseillers en ce qui concerne le MMA dans sa forme globale de disciplines interconnectées. Sinon il aurait probablement constitué à Ronda un arsenal beaucoup plus adapté à ses forces principales que sont le clinch, les projections et le sol. Au contraire, il l’a convaincue qu’elle pouvait rivaliser avec les meilleures strikeuses de la planète. La supercherie a marché pendant un temps lorsque son aura d’invincibilité et son intimidante confiance lui permettait de marcher sur la compétition, mais aussi parce que la compétition debout n’était pas la même que celle qui prétend au titre aujourd’hui. Si son coach Edmond avait assuré il y a quelques années que Ronda pouvait devenir championne du monde de boxe anglaise si elle le désirait, la réalité et les Dieux du MMA sont rapidement venus toquer à la porte et remettre les pendules à l’heure sous la forme d’une tornade blonde nommée Holly. Nous avons alors pu constater l’abyssal écart qui séparait Rousey d’une véritable Kickboxeuse professionnelle.

Ronda Rousey

C’est le problème quand quelqu’un vous persuade que vous êtes plus beau ou plus belle que vous ne l’êtes en réalité ; vous commenceriez à vous ramener aux soirées Abercrombie convaincu que ce sera comme une session dessert au buffet à volonté. Sauf que bien évidemment, en l’espace de deux minutes vous mangeriez tellement de râteaux que votre dépouille ne serait identifiable qu’au détecteur de métaux.

C’est ce qui a dû se passer avec Ronda. Après avoir mis KO Bethe Correia et fait la une du légendaire magazine de boxe « Ring », elle et son camp ont dû perdre toute notion de réalisme par rapport aux compétences objectives de l’Américaine.

Si elle revenait, Rousey aurait donc tout intérêt à repartir de zéro dans un camp d’entraînement renommé. Préférablement un ou les égos seront moins corrosifs et ou les volontés de « manger de la superstar pour se faire un nom » seront moindres également, comme la Tristar Gym à Montréal.

Firas Zahabi, l’entraîneur principal du camp Canadien a d’ores et déjà annoncé qu’il la prendrait sous son aile sans hésiter.

Et le changement gronde. Un signe fort et porteur d’espoir concernant la situation nous est parvenu hier et ça va faire du bruit : son compagnon, celui qui l’a toujours soutenu dans ses déboires et qui était venu pour elle s’entraîner avec Edmond Tarverdyan, Travis Browne, a annoncé qu’il allait quitter le Glendale Fight Club pour une gym à la réputation véritablement solide ; la team Black House (Anderson Silva, les frères Nogueira, Cat Zingano entre autres).

Si Ronda le suit, alors ce pourrait être une des histoires les plus intéressantes de l’année qui arrive.

Mais comme dirait Chael Sonnen, ce qui est en réalité le plus inquiétante c’est sa réaction au fiasco Nunes : « je vais prendre un peu de temps pour réfléchir à tout ça ». Si elle avait réagi en disant « ça faisait plus d’un an que j’n’avais pas combattu, j’étais rouillée, je vais faire des changements et je sais ou je vais, je veux un combat le plus tôt possible pour me relancer et je serai à l’entraînement aux premières lueurs lundi matin », alors tout le monde était de nouveau à bord du hype train. Mais cet état d’incertitude n’augure rien de bon par rapport à une potentielle poursuite de sa carrière.

Alors la suite… Au prochain épisode.

Rust

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Photo By: AP Photo/John Locher, sbgi-pdx.com, ESPN, UFC
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