Ce samedi, Ahmed El Mousaoui affronte Sergej Wotschel à Düsseldorf. Si ce combat devrait être une formalité pour le Français, l’essentiel semble ailleurs. Il aspire à se frotter aux meilleurs de la catégorie welter, et ne cache pas ses ambitions. Entretien sans filtre avec le néo – Villeurbannais.

Comment s’est passée ta préparation ? Comment te sens-tu après ce confinement ?
Pendant le confinement, je ne m’entraînais pas tous les jours. J’ai essayé de maintenir un rythme assez régulier avec 3 ou 4 entraînements par semaine. C’était un peu compliqué, car j’ai enchaîné avec le ramadan… Puis ensuite, j’ai pu commencer à m’entraîner régulièrement. J’aime bien changer aussi, faire différents sports et ne pas rester que sur de la boxe. Je faisais du foot et du vélo histoire de changer un peu. À la levée du confinement, je suis descendu à Villeurbanne avec mon coach Faycal Omrani.

Ce confinement m’a fait réfléchir et m’a donné beaucoup d’idées. Le plus important est de toujours rester entretenu. Là, je combats quelques semaines après, mais heureusement que j’ai pu faire quelques activités sportives entre-temps.

Tu as quand même eu l’occasion de faire des sparrings ?
Oui, j’ai fait deux mises de gants à thème, puis deux sparrings : un avec Dylan Charrat et l’autre avec Fouad El Massoudi.

« Je crois que je mérite ma chance, mais les promoteurs ont du mal à mettre les moyens »

Est-ce que le timing du combat n’est pas risqué pour toi ? C’est important de combattre rapidement ?
Je suis très motivé à l’idée de combattre. Je suis l’un des premiers boxeurs français à boxer après le confinement. C’est quelque chose de motivant parce que ça fait 7 mois que je n’ai pas boxé (NDLR : dernier combat le 28 décembre 2019).

Risqué, je ne sais pas… En tout cas pas pour ma part ! J’essaye d’être prêt le jour J. Ce n’est pas le seul combat que j’aurais pu avoir. On m’a proposé en plus un combat en Espagne début août. Ce n’était pas intéressant donc j’ai refusé. Les propositions arrivent, il faudra faire les bons choix.

« J’arrive à un stade où il faut que j’aille à l’étranger »

Tu as 30 ans, tu es 31e mondial et tu n’as jamais caché tes ambitions de devenir champion du monde dans une catégorie très dense… Où en es-tu aujourd’hui ?
Apparemment, les promoteurs ont du mal à mettre les moyens. Pour ma part, je crois que je mérite ma chance. Ça fait des années que je suis là… Mon ambition, c’est de pouvoir aspirer à un titre continental assez rapidement pour entrer dans l’une des quatre fédérations majeures. Et ensuite, pourquoi ne pas essayer de faire un championnat du monde. Je pense que je n’ai plus rien à perdre.

J’ai eu quelques propositions à l’étranger donc j’attends de voir. Je pense que j’arrive à un stade où il faut que j’aille à l’étranger parce qu’en France…

Justement est-ce qu’on pourrait te voir combattre davantage à l’étranger dans les prochains mois ?
J’attends les propositions. C’est vrai que je pourrais très bien boxer en France comme à l’étranger, mais maintenant, j’arrive à une certaine maturité. Les combats de gala, ça va un moment. J’ai acquis une certaine expérience. Mais malheureusement, les promoteurs n’aiment pas prendre des risques ou prennent toujours des risques mesurés que ce soit sur l’aspect financier ou physiquement parlant. C’est pour ça que ça reste toujours compliqué en France.

Moi je ne m’en cache pas. C’est toujours les mêmes boxeurs qui sont avantagés, et souvent mis sur un piédestal, alors que pour moi, il y a des boxeurs beaucoup plus forts en France.

« Je sais que je suis largement au-dessus »

Premier combat en Allemagne pour toi face à Sergej Wotschel… J’imagine que tu l’as analysé. Quelles seront les choses à faire et à ne pas faire ?
Ce n’est pas quelqu’un de très connu dans le monde de la boxe. Il n’est pas forcément bien classé. C’est un problème parce que pour tous les boxeurs que j’ai combattus ces dernières années, c’est le combat de leur vie. Ils se donnent vraiment à fond et ont tout à gagner.

Tu as plus de 270 rounds à ton actif, avec un beau ratio de victoires. Ton adversaire dépasse à peine les 70 rounds en carrière, il est à 14-4… Est-ce que ce sont des chiffres que tu prends en compte ?
C’est sûr que j’ai beaucoup plus d’expérience que lui. Je suis plus aguerri. Je sais que je suis largement au-dessus, maintenant, il faut être consciencieux, concentré et surtout faire attention. Il faut être vigilant parce que c’est des mecs qui vont tout donner et chercher le punch. On va essayer de gagner par KO.

« Jeff Horn, il ne frappait pas du tout, il ne faisait vraiment pas mal »

Justement, en parlant de KO, tu as gagné en puissance ces dernières années… Est-ce le KO peut devenir une obsession pour toi ?
Non, il ne faut pas que ça devienne une obsession. Moi j’ai boxé Jeff Horn. Avant de le boxer, il n’avait que quelques victoires aux points, mais la plupart étaient avant la limite (NDLR : 8 victoires avant la limite sur ses 12 succès). Mais quand j’ai boxé avec lui, il ne frappait pas du tout, il ne faisait vraiment pas mal. Ça ne veut rien dire. Il y a même des boxeurs en France qui ont des palmarès montés avec plus de 80 % de KO, et quand tu regardes bien, ce ne sont pas de vrais KO. Moi j’ai mis des vrais KO dans ma vie. Sur la trentaine de gars que j’ai boxés, plus de la moitié sont tombés. Les combats n’ont pas été forcément finis, mais la plupart ont été au tapis…

Tu prends très peu de coups dans les combats. Est-ce également un calcul de ta part pour allonger la durée de ta carrière ? Tu comptes combattre jusqu’à quel âge ?
Encaisser, c’est inné. Soit tu encaisses, soit tu n’encaisses pas. Moi pour ma part, j’ai toujours encaissé. J’ai souvent mis les gants avec des gars plus lourds que moi, mais rares sont les fois où je vais vaciller. Je pense que je suis un très bon encaisseur… Après, je ne prends pas beaucoup de coups. Être un encaisseur c’est bien, mais les mauvais coups, ça n’est pas de la nourriture !

Tu arrives toujours à un âge de maturité. Moi, je pense que cette année, ou l’année prochaine, je serai à la force de maturité. Je n’ai pas encore exposé toute ma force. D’apparence, je fais très jeune, on me donne souvent 25 ans ! J’ai encore de belles années devant moi et en 20 ans de boxe, je n’ai pas pris beaucoup de coups.

Justement, tu détiens une statistique impressionnante : tu n’as jamais pris de knockdown dans ta carrière pro, ni en sparring… Comment tu l’expliques ?
Tous mes rounds sont différents. J’ai regardé tous mes combats et il n’y a pas un round qui est le même que le précédent. C’est dingue ! Je change toujours et c’est très certainement un plus. J’arrive souvent à m’adapter à la boxe de l’adversaire et je change beaucoup. Par exemple, je vais te faire un round tranquille où je vais boxer à distance, et un autre où je vais avancer, reculer… 

« Le combat de rêve, ce serait Manny Pacquiao »

À 30 ans, quels sont encore tes axes de progression pour arriver au summum de la catégorie welter et affronter les champions actuels ?
Je suis un boxeur assez complet. Il me reste à peaufiner des petits détails. Je suis un peu trop raide, je l’ai toujours su et c’est compliqué. J’aimerais bien prendre des cours de yoga pour m’assouplir un peu. Franchement, être souple au niveau des jambes, ça aide beaucoup, notamment pour la mobilité.

Il faut avoir des vrais combats ! Je ne vais pas continuer jusqu’à 35 ans… Il y a boxer et boxer. Il y a boxer pour faire des gros combats avec des titres. Je préfère finir ma carrière à 33 ans et faire des beaux combats avec des titres en jeu que boxer jusqu’à 36 ans sans jamais faire de titre. 

Aujourd’hui, quels sont les boxeurs que tu aimerais affronter ?
Amir Khan j’aimerais bien le boxer parce que c’est quelqu’un qui arrive un peu en fin de carrière (NDLR : 11e de la catégorie welter). Les meilleurs, ça reste évidemment Errol Spence et Terence Crawford. J’aimerais bien boxer un mec comme Keith Thurman, qui est un excellent boxeur. On m’a proposé Danny Garcia l’année dernière et Vergil Ortiz Jr, le 21e mondial, qui est à 15 victoires sur 15 KO.

J’aimerais bien combattre l’Allemand Sebastian Formella (NDLR : 24e mondial), mais je crois qu’il m’esquive un peu ; ou encore Josh Kelly.

En soi, le combat de rêve, ce serait Manny Pacquiao, mais il faut être bankable et être une star. 

Toi qui souhaites avoir une chance de titre : Danny Garcia est dans le top 10 aujourd’hui. Pourquoi ça ne s’est pas fait ?
Ça ne s’est pas fait, car je n’avais qu’un mois pour m’y préparer. Et j’ai trouvé que ça n’était pas le bon moment. Je pense que je dois encore monter dans les classements. J’aimerais boxer un mec dur avant de boxer un gars comme ça. Danny Garcia, on change de niveau. C’est un vrai niveau : le gars punche, il est bon, donc ça n’est pas n’importe qui. 

Tu te donnes combien de temps avant un combat de ce niveau-là ?

Assez rapidement. Dans un an maximum. Il faut des combats comme ça pour grandir, passer un cap. Après, je trouve que les promoteurs font un mauvais boulot, c’est tout. Je ne vais pas dire que je suis le meilleur, mais pour moi, il y a une dizaine de boxeurs en France avec qui tu peux facilement aller aux championnats du monde. Maintenant, il faut que les promoteurs y mettent un peu du leur, et pas qu’ils pensent uniquement à se remplir les poches.

Que comptes-tu faire de ton année 2020 ?
Comme l’année dernière, où j’avais fait 3 combats. Juillet, novembre, décembre. J’aimerais faire 3 combats avant décembre, dont l’un avec un titre. Mon objectif, ce serait d’entrer dans le top 20 ou le top 15 mondial. Je pense avoir le niveau pour ça, mais c’est toujours une histoire d’argent. 

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