Kevin « The Soul Assassin » Ross – Preacher

Dans la langue de Shakespeare, « Preacher » désigne généralement une personne qui délivre des sermons d’ordre religieux. Une personne tellement street-testée qu’elle vous apporte par ses paroles une connaissance transcendantale sur l’univers ou la vie après la mort. Autant dire qu’un prêcheur (pour revenir à un vocabulaire qui sent bon le roquefort et les défaites en finale de coupe du monde), pour une âme croyante en quête de direction et d’inspiration initiatique ; c’est du calibre Yoda.

Et bien Mesdames et Messieurs, si les Dieux du Muay-Thaï existent je vous présente leur Preacher officiel et labellisé. Un mec dégoulinant de tellement de vécu dans et hors du ring. Un mec qui, en plus d’être le meilleur Thaï-Boxer Américain à plus de 37 ans, est l’inspiration de toute une génération de combattants. Kevin « The Soul Assassin » Ross.

Lors de son combat pour le titre featherweight du Bellator Kickboxing en septembre 2017, son adversaire, un kickboxeur italien professionnel du nom de Domenico Lomurno, avait 22 ans. Au même âge, Kevin Ross n’avait encore jamais mis les pieds dans une salle de boxe thaï.

Pourtant, depuis ce combat de muay-thaï qu’il a vu sur ESPN alors qu’il avait 14 ans, il SAVAIT que c’est ce qu’il voulait faire de sa vie, seulement… Seulement il n’avait jamais eu le courage de passer la porte d’une salle d’entraînement. Pour le meilleur, pour le pire et pour le Saint Traczir, il avait alors choisi la voie de la difficulté.

Élevé dans une famille sans histoire, ses parents se séparent lorsqu’il est enfant. Toute sa jeunesse, sa famille ne reste à flot que sous la perfusion salvatrice d’aides sociales en tous genres. Au fil de leurs nombreux déplacements, il vit avec trois ou quatre autres enfants et change souvent d’école… « ça n’était pas la pire enfance possible, mais ce n’était pas un pique-nique non plus » dira-t-il sur cette période.

Artiste talentueux, il poursuit des études d’animation numérique en plus de continuer d’apprendre le piano et de dessiner. En parallèle pourtant, sa vie commence alors à s’enfoncer dans les ténèbres. Addict à la fête et à la bibine, il est totalement alcoolique à 17 ans, et sa vie se résume à un interminable et vertigineux cycle d’ivrognerie et de vomis de toutes les sortes d’alcool sur lesquelles il pouvait mettre la main. La fête continue, la boisson est pitanchée jusqu’à s’en rendre malade… un rythme infernal qui le conduit, de rencontre en rencontre, à côtoyer des gens de moins en moins fréquentables. « Jessie style » pour les aficionados de Breaking Bad. L’atmosphère se fait de plus en plus étouffante et certains de ses amis commencent à mourir, parfois par accident, parfois assassinés pour de lugubres histoires, quand d’autres sont condamnés à des peines de prison. Les périodes de cuite se font de plus en plus longues et pourtant, le peu de temps libre qu’il lui reste, il le passe à faire du sport. Comme si au-delà de ses facilités athlétiques hors-norme, le destin le poussait à rester physiquement prêt dans la mesure du possible.

Kevin Ross punch

À 19 ans, son meilleur ami, Mo, qui souffrait de problèmes cardiaques depuis longtemps (liés à une malformation), meurt à cause de la lenteur du processus administratif grâce auquel il devait bénéficier d’une transplantation. C’est une gigantesque et insondable gifle pour Kevin. Dévasté, il accélère encore le processus d’autodestruction. Laissant son état se dégrader petit à petit. Lucide dans la détresse, il se dit déjà qu’il ne verra jamais ses trente ans.

Et puis en 2003, après une cuite King Size de plus de quarante heures, Kevin est frappé de plein fouet par une réalisation : qu’est-ce qu’aurait pensé Mo s’il était encore en vie ? Qu’aurait-il dit en voyant l’état catastrophique de son ami de toujours ?

« Quand il est mort, je me souviens m’être dit que j’allais vivre pour tous les deux, et depuis quatre ans je fous ma vie en l’air » se souvient-il avoir amèrement pensé.

Le lendemain, il poussait enfin les portes du premier Gym de Muay-Thaï qui lui tombe sous la main. Le professeur y dispensant les cours est un certain « Master Toddy », moins connu sous le nom de Thohsaphol Sitiwatjana. Il est l’un des meilleurs entraîneurs de la discipline ayant émigré aux États-Unis.

« The Soul Assassin » a alors 22 ans. Et à l’âge où la plupart des boxeurs professionnels s’entraînent déjà depuis plus d’une quinzaine d’années, il lui reste absolument tout à apprendre.

Kevin Ross punch

Quinze ans plus tard, il est le meilleur Thaï-Boxer Américain et a combattu les plus gros noms de la planète dans sa catégorie. Il est Champion WBC Super-Lightweight, Champion Super-Lightweight du Lion Fights, Champion WBC des États-Unis et s’est sans trembler mesuré à Saenchai, Kongla, Sittisak… Il s’est même permis le luxe de s’offrir Malaipet, ancien double Champion du Rajadamnern (une des deux Mecques du Muay-Thaï). Et s’il a plus d’une dizaine de défaites à son palmarès (pour 45 victoires), c’est aussi parce que, comme les Thaïlandais, il n’a pas la même façon de voir les choses que la boxe anglaise ou certains autres sports de combat. Pour les Thaïlandais, le ratio victoires/défaites importe peu ; « On combat, pas pour gagner ou perdre. On combat pour l’expérience, pour se tester. En Thaïlande on ne te demande jamais combien tu as de victoires et de défaites, on te demande combien tu as de combats. »

Son style dans le ring en est la démonstration la plus évidente ; assister à un combat de Kevin Ross, c’est assister à une Maestria de Violence, un concentré pur jus d’hostilité physique. Et pourtant, sans aucune mauvaise pensée. Simplement pour voir. Pour voir ce qui cassera en premier chez son adversaire, le physique ou le mental.

Kevin Ross fight

« Je veux pouvoir changer des vies, que certaines des personnes qui me voient combattre aient leur vie bouleversée. Les victoires et les défaites ne représentent rien pour moi, même si bien sûr je veux toujours gagner. »

Normalement rien qu’avec cette parabole, qui figurerait à coup sûr au dos de la Bible du Muay-Thaï si elle existait, vous commencez à avoir une bonne idée d’envergure du personnage. Vous commencez à avoir l’idée d’un homme qui en a tellement vu qu’il affiche une imperturbable sérénité, et ce, quelle que soit la brutalité ou la violence de la situation auquel il est confronté. Vous commencez à vous faire l’idée d’un homme qui exerce la profession de tueur à gages professionnel par pur amour de la discipline, par choix et sans jamais avoir été poussé, aiguillé ou rassuré quant à la direction que sa vie allait alors prendre. Et bien Mesdames, Messieurs et autres genres affiliés LGBTQBKU(…)KKK et toute la ribambelle ; vous venez de sauvagement et impitoyablement taper dans le mille.

Kevin Ross

Spécialiste de la Boxe-Thaï, même s’il n’a aucun problème à aller régler des KO en anglaise ou en kickboxing pour le plaisir, Ross est un technicien hors pair. Il est peut-être le combattant le plus technique que les États-Unis aient produit de leur histoire. Doublez ça d’une inaltérable agressivité et vous obtenez un genre d’objet hypnotique, un combattant que vous n’arriverez pas à lâcher des yeux même si DSK sodomisait un cochon dans votre vision périphérique (big up « Black Mirrors »).

Incroyablement divers dans ses attaques, il est capable d’incorporer trois ou quatre techniques différentes sur un même enchaînement. Ses sweeps (balayages) et projections sont une arme d’humiliation massive dont même les pontes de la catégorie ont fait l’amère expérience (coucou Yamato). Son Anglaise est d’une fluidité exemplaire pour un boxeur thaï de métier et il adapte ses gardes en temps réel en fonction des attaques et des tendances de l’adversaire. Il maîtrise également la science du désaxage que ce soit en attaque ou en défense, et varie les rythmes ainsi que la puissance de ses combinaisons pour constamment garder son opposant sur le qui-vive (donc incapable d’anticiper avec confiance). Et bien sûr ce mental, force insubmersible, inaltérable, incassable, caractéristique du « Soul Assassin » : il n’abandonne ni ne recule JA-MAIS.

Dans la série TV éponyme « Preacher » (un ancien braqueur qui devenu prêcheur qui doit combattre des entités surnaturelles, sous perfusion de trashboule pas très Charlie à chaque plan et dialogue), l’homme de Dieu est capable d’ensorceler les gens par ses paroles.

Écoutez Ross parler, et vous subirez le même sort. Que ce soit sur l’Histoire du sport, ses légendes ou en matière de technique pure, l’homme est un véritable puis de science. L’écouter s’exprimer vous fera le même effet que prendre les bifles répétées d’une Encyclopédie Universalis. Car le fait d’avoir commencé aussi tard lui a donné une perspective sur le sport tout à fait unique, et en partie ça aussi qui fait de lui la légende absolue qu’il est déjà aux yeux de tous les fans et combattants.

Alors ne vous laissez pas berner par son look de punk à chien Nantais (oui c’est gratos, vous allez faire quoi ?) : si « l’Art des 8 Membres » exerce sur vous une fascination que vous avez peine à expliquer, si vous avez toujours rêvé d’écouter un véritable Maître Jedi sans vous farcir les obscurs délires d’un vieil alien dégueulasse, haut comme trois crêpes et sous tranquillisants intergalactiques alors vous êtes au bon endroit. « The Soul Assassin » est votre homme. Pour peu que l’anglais ne vous rebute pas trop, vous dévorerez ses apparitions publiques dans toutes sortes de podcasts et autres joyeusetés dont on vous met un exemple ci-dessous.

Pour les autres, ceux qui ont besoin d’un langage universel, il est tout trouvé. Car pour apprécier la maestria des symphonies de brutalité que sont chacun de ses combats, vos tripes se chargeront de la traduction.

allez, juste pour la friandise

Et pour les fans hardcores, une de ses récentes apparitions publiques :

le jeunot à côté c’est Gaston Bolanos, un jeune Péruvien prodige de la boxe thaï dont l’inspiration est… Kevin Ross

Rust

Rust

Envoyé La Sueur à l'international, MMA chez La Sueur
Machine à tuer sympathique. La courtoisie est toujours de mise.
Rust

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