UFC – Quand la machine s’emballe

Combats douteux, décisions bizarres, top-contenders ignorés, il se passe des choses étranges du côté de l’UFC ces derniers temps.

88 miles à l’heure. Vous êtes au volant de la DeLorean. Les oreilles transcendées par « Rock you like a hurricane » des Scorpions en feat avec le philharmonique de Berlin, que vous faites cracher sans pitié par les 10 000 Watts de la sono, vous jetez un coup d’œil à votre gauche. Le trajet fût court, 4 ans à peine, mais devant vous se dresse notre destination : le Bell Center à Montréal, Québec, Canada. Vous vous arrêtez et claquez un superbe créneau à la Steve McQueen.

Nous sommes le 16 mars 2013 au soir et Georges St Pierre vient de défaire Nick Diaz pour conserver son titre et cimenter encore sa place de meilleur Welterweight de tous les temps. Il est en conférence de presse et à sa gauche, Dana White vient de recevoir les premières estimations du Pay-per-View. Ça fleure bon le home run.

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Les chiffres définitifs feront état de 950 000 achats. Pas le million qui était dans le viseur initialement, mais un exceptionnel résultat malgré tout.

Dans quelques mois, Anderson Silva affrontera Chris Weidman pour sa 11ème défense de titre consécutive après avoir crucifié Stephan Bonnar l’année précédente, d’un genou au plexus devant lequel même Neo a sorti son calepin. Ronda Rousey vient de battre Liz Carmouche pour le premier combat féminin de l’histoire de l’UFC par une nouvelle clé de bras et Jon Jones le jeune prodige attaque quant à lui la 5ème défense de sa ceinture Light-Heavyweight.

L’UFC n’a aucune réelle concurrence sur le marché, qu’il domine de la tête et des épaules et avec la récente signature d’un Irlandais à la forte réputation sur les circuits européens, un certain « McGregor », l’avenir n’a jamais été aussi radieux…

L’ UFC dévoile deux énormes trailers pour l’UFC 205Brace yourself, Conor is coming.

Merde ! Merde merde merde, vous vous êtes complètement perdus dans vos pensées et vous avez légèrement oublié qu’on vous attend en 2017 pour un couscous royal à la coloc, avec de la semoule préparée au bouillon cube, juste comme vous aimez. On embraye, on repart, 88 miles and you’re back. Avant de descendre de la voiture néanmoins, vous jetez un petit coup d’œil à votre fil d’actualité. Là, une sensation désagréable vous étrenne, comme de l’inconfort… « Ronda Rousey écorchée en 48 secondes quelques jours après avoir refusé tout contact avec les médias et les autres combattants », « La ceinture featherweight donnée à Jose Aldo après avoir été retirée sans cérémonie des mains de Conor McGregor », « CM Punk pense à faire son deuxième combat toujours à l’UFC ». Vous froncez les sourcils d’incompréhension. Qu’eeest-ce que c’est encore que ça pour un foutoir ?!

 

UFC - CM Punk« Ça », c’est l’UFC à l’aube de l’année 2017.

Alors que tout le monde se gargarise de l’extraordinaire poussée de croissance du MMA autour du globe, la mainmise, l’impression d’invincibilité et le respect inspiré par l’organisation à l’octogone commencent peu à peu à renifler le cramé. Explications.

Des combats incompréhensibles. À l’image de la nouvelle série de Dana White, « Looking for a Fight », au sein de laquelle le président de l’UFC se met en scène dans différentes activités et assiste à des shows régionaux pour y dénicher le nouveau Jon Jones, la superpuissance du MMA commence doucement à perdre toute crédibilité.

Le catcheur CM Punk s’est vu offrir un combat sur la main card de l’UFC 203 contre un des rejetons de l’émission précédemment présentée, tout en n’affichant strictement AUCUNE expérience professionnelle dans les sports de full-contact ou de grappling. Ce jour-là, on ne va pas se le cacher, on a volé au plus près du ridicule. Les plumes de l’UFC en sont noircies encore aujourd’hui…

Dan Henderson a reçu en cadeau de préretraite une joute pour la ceinture contre Michael Bisping. Il n’est à ce moment que 14ème dans les classements middleweights et il approche des 47 piges, seulement le résultat de leur précédente escarmouche additionnée au trash talk de Bisping se vendra bien. Alors qu’importe si les Romero, Rockhold ou Jacare sont les légitimes et méritants prétendants, le fric et les pay-per-view d’abord.

Conor, après avoir perdu contre Nate (certes en acceptant un combat pour sauver l’event) repousse sa défense de titre featherweight et reçoit une revanche toujours en welterweight quelques mois plus tard.

Bisping Henderson - UFC

Demian Maïa quasi blacklisté, Jacare Souza quasi blacklisté, Khabib Nurmagomedov quasi blacklisté.

Il est devenu clair au vu des récentes décisions en termes de matchmaking que le mérite n’est plus le critère de référence dans l’obtention d’un title shot ou même d’un chemin vers la lumière (Max Holloway obligé d’enquillier 9 victoires d’affilée pour se voir proposer un combat pour un titre « interim »). Désormais pour se faire une place au sommet à l’UFC, il faut vendre. Il faut du trash talk, il faut une vraie renommée : il faut un impact au niveau des pay-per-view. Comme Dana White le disait avec un brin de suffisance à propos de Nate Diaz avant son explosion sur la scène internationale : « pour demander quoi que ce soit, il faut déjà faire bouger les aiguilles du compteur ». Évidemment, ce type de stratégie marketing est parfaitement sensée pour progresser et s’étendre toujours plus médiatiquement, mais quand cela se fait au détriment de la crédibilité même du sport, c’est là que ça la fout mal.

Des ceintures sans aucun poids. Ça la fout mal parce qu’à partir du moment où les ceintures deviennent une dispensable babiole aux yeux du grand public et des combattants, c’est tout le sport qui passe pour un vieux cirque itinérant. Et quand la femme à barbe remplace le trapéziste pour vendre la place 17$ au lieu de 13, c’est tout le chapiteau qui prend des allures de cour des miracles.

Retirer sans préavis la ceinture featherweight de Conor pour la redistribuer à un mec qu’il a étalé en 13 secondes, ça tire un peu sur les muscles oculomoteurs… Dire qu’on va organiser un titre Lightweight Interim alors que Conor vient littéralement à la seconde de remporter la ceinture, c’est tout bonnement insensé. Donner un dernier title shot à Dan Henderson alors qu’une rangée d’assassins middleweights attend derrière, c’est quand même assez malvenu (et c’est un euphémisme pour ne pas dire « petite gifle du revers de la main »).

Jacare UFCJacare aka le glabre malsain

Il est évident que la panique se fait sentir dans les rangs à la constatation que leur « star power » se réduit comme la peau de chagrin. Il n’y a plus de champion dominant (à part Demetrious Johnson, mais qui aurait pu monter sa salle des trophées à 300 mètres sous terre c’était pareil) depuis l’hécatombe de légende de ces dernières années. Il leur faut vendre, il leur faut trouver de nouveaux moyens de relancer l’intérêt du grand public, et tout cela est parfaitement compréhensible, mais ils sont en train de créer un monstre qui pourrait bien leur échapper tellement la signification du mot « Champion » ne rime plus avec rien dans l’esprit des combattants. Tyron Woodley, à peine avait-il gagné son titre annonçait qu’il voulait combattre Nick Diaz, Georges St Pierre ou Michael Bisping (qui s’est d’ailleurs empressé d’accepter, mais ça ne se fera pas pour l’instant) pour des money fights. Cody Garbrandt, n’a montré aucun intérêt à défendre son titre et parle déjà de monter ou descendre d’une catégorie pour aller rechercher les plus gros noms et surtout les gros dollars (il a avoué ne pas être intéressé par TJ Dillashaw, « pas assez vendeur » à son goût). Quand Khabib parle de son combat pour la ceinture interim Lightweight, il est relativement clair : « tout ça c’est de la belle connerie ».

Pour la tenue de Jacare Souza, c’est ici !

Manifestement non seulement les combattants ont perdu quelques belles tranches de respect pour leur organisation, mais les ceintures semblent ne même plus être l’objectif prioritaire. Il est loin le temps de GSP voulant devenir « le meilleur Welterweight de l’Histoire » ou de Jon Jones aspirant à battre les records de longévité d’Anderson Silva.

Anderson Silva UFC

Une ceinture n’a plus cette dimension inaccessible, mythique, légendaire, aujourd’hui elle est juste considérée comme le passeport vers plus d’argent.

Dresser une comparaison avec l’apparition prédatrice du « fric-foot » il y a quelques décennies est encore prématuré, mais si l’UFC ne met pas un semblant de sérieux dans son approche de la hiérarchie, si elle ne réinjecte pas un peu de discipline dans son gameplan, le navire pourrait bien déjà avoir commencé à s’ébrécher. Cependant la discipline ne vient pas de l’ordre en lui même, il vient du respect inspiré par celui qui le donne. Le moins qu’on puisse dire à ce propos c’est que dernièrement, l’absence de clarté dans les directives se fait cruellement sentir. Au hasard, le fiasco Rousey…

Mike le poulet sans tête. Quand on observe tout ça à distance, on a presque une image de poulet décapité courant sans but de droite à gauche et en cercles , se cognant contre tous les obstacles sans pour autant s’arrêter.

Quand l’UFC punissait Conor McGregor en le retirant de l’UFC 200, pour avoir manqué à ses devoirs médiatiques et refusé une conférence de presse à l’autre bout du monde alors qu’il était en pleine préparation, Dana White mit en avant le refus de créer un précédent et la volonté de l’UFC de ne pas offrir de traitement de faveur à qui que ce soit. Ce qui avait du sens même si cela soulevait la question de l’omniprésence des devoirs de représentation des combattants stars.

Quelques mois plus tard alors que l’UFC 207 est sur les rails, il était annoncé que Ronda Rousey ne répondrait à aucune question, ne parlerait à personne avant son combat, et ne serait pas mise en contact avec qui que ce soit avant son apparition de la rédemption contre Nunes. Vous le sentez bien le « deux poids deux mesures » là ? Vous le sentez pénétrer doucement, mais salement dans votre éminence ? Comment avoir du respect pour vos supérieurs si ceux-là font clairement preuve de traitements préférentiels ? Comment prendre au sérieux les prochaines déclarations des officiels si ces derniers, sans même le trac, chantent tout et son contraire à quelques semaines d’intervalle ?

Ronda Rousey Amanda Nunes celebration

C’est une compagnie privée et ils font ce que bon leur semble, soit. Mais comment interpréter la communication totalement fantomatique des nouveaux propriétaires IMG-WME ? Ils n’ont parlé à aucun combattant depuis la passation de couronne. On a presque l’impression de regarder « the Island », tu remportes la loterie pour te rendre compte que la terre promise n’est qu’un gigantesque trafic d’organes. Bon d’accord, là on abuse clairement et on va beaucoup trop loin dans le dark, mais vous suivez notre pensée (enfin j’espère). Pour illustrer encore notre propos, rappelons-nous cet épisode l’année dernière qui avait vu Ariel Helwani, plus grand reporter MMA (juste après La Sueur) de la jeune Histoire du sport se faire purement et simplement BANNIR de tous futurs les événements UFC, parce que ses articles, ses déclarations et sa vision des choses ne leur plaisaient pas.

Depuis la routourne a tourné et il est revenu d’entre les morts pour toujours plus de contenu de première qualité (sur son site MMA Fighting), mais ça en dit long sur le tempérament des exécutants (* clin d’œil clin d’œil *) au Quartier Général de l’organisation Américaine.

Bref, il y a du changement dans l’air.

Pour ce qui est des autres organisations, si les combattants n’ont plus une aussi haute estime de l’UFC c’est au premier abord une bonne chose puisque la concurrence va s’en trouver relancée, comme un frisbee qui aurait été cryogénisé depuis 5 ans. Néanmoins d’un autre côté si l’organisation phare, celle dont les stars vinrent pour la première fois se montrer sur les plus grands talk-shows, venait à se fissurer petit à petit, c’est tout le sport qui pourrait retourner gentiment en hibernation.

Tom Duquesnoy UFC« Dieu pardonne, je t’envoie le voir. »

À l’heure à laquelle Tom Duquesnoy, notre plus grand espoir Français s’apprête à faire ses débuts dans l’octogone, avec des attentes sportives presque comparables à celle qui précédaient Conor lors de sa transition du Cage Warriors à l’UFC, ce serait quand même le diable si tout partait en sucette maintenant !

Alors affaire à suivre, mais ne vous en faites pas, on vous tient au chaud.

Rust

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