Face à la pandémie du coronavirus, les athlètes sont contraints de devoir s’adapter. Ils s’interrogent sur leur année et se remettent en question. Combats reportés, entraînements tronqués… Entretiens croisés avec les victimes collatérales du confinement. 

Matt Frevola (New York), athlète de l’UFC (catégorie lightweight), censé combattre le 26 avril : « L’UFC ne m’a pas vraiment confirmé le déroulement des combats. Il est extrêmement difficile de continuer le camp de combat. Je peux donc m’entraîner, une ou deux fois par jour. Et je vais aussi m’entrainer chez mon ami dans son garage. Je m’entraîne et je cours dans ma maison. Ce combat est donc définitivement compromis, mais je fais de mon mieux… Et chaque jour, je regarde où je peux m’entraîner et avec qui.

C’est extrêmement difficile mentalement en ce moment. Parce que tous les jours, ça tourne malheureusement dans ma tête. Tu sais que ce combat ne peut pas avoir lieu. Je dois m’entraîner, je dois me préparer. Mais on apprend que le virus est en train de se propager, et les chiffres ne cessent de le confirmer. Le gouvernement me dit de rester à la maison et de garder mes distances sociales. Je pense que l’UFC est complètement concentrée sur la carte de l’UFC 249 et sur le déroulement du combat entre Khabib et Tony.

Mon coach Ray Longo a 60 ans, c’est un risque si je le vois. Mais je communique avec lui, nous faisons des appels vidéo et il me donne des consignes sur le travail technique à faire, mais ce n’est pas assez….. C’est mentalement difficile et c’est un triste quotidien, il faut revenir en force mentalement. Ma plus grande peur, c’est de voir quelqu’un que je ne crois pas malade, et d’amener ça à la maison en exposant ma famille. C’est un scénario risqué. 

Je veux dire que je dois le faire parce que j’ai un chèque. La seule façon de me faire payer, c’est de faire mes 5 combats. C’est dur mais c’est la seule façon d’être payé. Alors je veux me battre. Mais à quel prix ? Je ne veux pas propager ce virus et faire prendre des risques à ma famille. Mais il faut que j’apporte un chèque à la maison. C’est donc un vrai défi mental entre les deux. »

« Ça me frustre un peu parce que ça me manque d’aller m’entraîner dans la salle de boxe »

Dylan Charrat

Dylan Charrat (Lyon), challenger du titre EBU chez les super welterweights, censé combattre en mai : « Ça change tout. D’habitude, je m’entraine matin et soir dans ma salle à Villeurbanne. Étant donné qu’on ne peut plus sortir, j’essaye tout de même de m’entraîner deux fois par jour comme d’habitude. Je vais courir dans le périmètre d’un kilomètre autour de chez moi pendant une heure en général. Je fais des pompes et des abdos dehors. Et ensuite, dans le salon de mon appartement, je fais du renforcement musculaire et du shadow (NDLR : des coups dans le vide) pour rester actif au niveau de la boxe. C’est plus de l’entretien physique car je ne peux pas faire de boxe. 

Je devais boxer au mois de mai, normalement pour le titre de champion d’Europe. La soirée est annulée forcément. Mais mon adversaire, Sergio Garcia (NDLR : le champion d’Europe en titre) est dans la même situation que moi. Ça décale juste l’évènement dans le temps. Le fait de ne pas boxer me perturbe juste dans ma préparation physique, mentale et sportive. On perd un peu de temps sur nos entraînements.

Mon préparateur physique me donne un programme à suivre pour chaque semaine. C’est que du physique avec du renforcement musculaire et du travail de poids de corps. De la course et des escaliers. J’habite dans un quartier à Lyon avec des pentes et pleins d’escaliers autour donc c’est cool pour s’entrainer physiquement. 

Je le vis bien parce que je reste positif et j’en profite pour me concentrer sur d’autres choses. Je fais des choses que je n’ai pas le temps de faire en général. Je lis, j’étudie des choses, je m’investis dans d’autres projets. Mais sportivement, c’est vrai que ça me frustre un peu parce que ça me manque d’aller m’entraîner dans la salle de boxe, de retrouver mes coéquipiers. J’ai simplement envie de boxer, c’est ma passion, donc forcément ça me manque. Je n’ai pas à me plaindre car nous, on est tranquillement en confinement pendant que des gens du corps médical se battent à notre place pour sauver des vies. 

Ça peut avoir des conséquences sur ma carrière si cette crise dure 6 mois ou un an. Dans ce cas-là, passer plusieurs mois sans s’entraîner correctement, ce serait catastrophique. Mon outil de travail, c’est mon corps, donc ça pourrait me pénaliser et me faire perdre du temps sur ma carrière pour revenir au plus haut niveau. Mais là, je vois que des conséquences positives, j’essaye d’être optimiste. »

« Je me sers de cette période pour travailler ce que je n’ai pas le temps de travailler dans l’année »

Olivier Millier (Paris), ancien combattant professionnel de MMA, coach de jiu-jitsu brésilien : J’ai la chance d’être confiné dans une salle de sport. Je continue de faire du coaching à distance, environ 3 par jour, ce qui équivaut à 3 heures de sport. 
Les difficultés avec le JJB, c’est qu’il faut être deux. Donc c’est vraiment compliqué en confinement de pouvoir s’exprimer en grappling. Il faut donc réviser les drills et s’entrainer avec des coussins ou des chaises. Mais ça reste toujours limité car il n’y a pas de réponse d’un adversaire. Ça permet toujours de faire marcher le cerveau.

L’imagerie sportive est très importante en JJB. Il faut toujours penser aux choses que tu sais faire, et ne pas tenter des choses que tu ne sais pas faire. C’est très important d’imaginer des amenées au sol, imaginer la réalisation d’une clef de bras. Tu fermes les yeux, tu répètes. Et après, tu essayes de le faire en prenant un édredon. Tu te mets à cheval dessus, tu essayes de faire une clef de bras, de passer à gauche ou à droite, de faire un genou-poitrine.
Si on reste confinés un mois ou mois et demi, ça peut être assimilé aux grandes vacances. Donc ce n’est pas trop grave car ça me permet de travailler musculairement. Je fais moins de technique mais par contre, j’ai pris 2 kilos de muscles depuis le début du confinement. Volontairement, j’ai changé mon programme, je travaille le cardio grâce à la course. Je me sers de cette période-là pour travailler ce que je n’ai pas le temps de travailler dans l’année.

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