Pour celles et ceux qui ont découvert le MMA ces dernières années, il est peu probable que le nom « Don Frye » vous rappelle quoi que ce soit. Pourtant, ce Hall of Famer de l’UFC doublé d’un punchliner old school fut élevé au rang de SUPERSTAR dans lors premiers événements de l’organisation américaine. Il était donc de notre DEVOIR d’ouvrir le jerrican de testostérone pour en verser le contenu dans le barbecue de nos souvenirs.

Apprêtez-vous à faire connaissance avec la seule moustache au monde certifiée FFP2. Car si le surnom « the Predator » vous évoque le monstre Francis Ngannou, sachez que la première terreur à avoir hissé ce surnom jusqu’aux sommets, c’était bien le Don. Don Frye.

Issu de descendants irlandais, écossais et allemands, Donald Frye a eu une enfance rythmée par de nombreux déménagements en fonction des affectations de son père, pilote au sein de l’US Air Force. Il touche alors à de nombreux sports dont le judo, le football, la boxe et enfin la lutte. C’est dans cette dernière discipline qu’il rencontre immédiatement le succès et il semble d’ailleurs bien parti pour une carrière de lutteur professionnel. Mais comme vous allez le découvrir, malheureusement à partir du moment où son cerveau détecte la plus infime possibilité de concours de b*te alors c’est le black-out instantané : impossible pour notre homme de ne pas se lancer dans l’aventure.

Ainsi alors que Don, la vingtaine bien tapée, s’amuse avec des amis sur un terrain de motocross ; de nouveaux arrivants débarquent. Pour éviter de prendre de trop gros dégâts en cas de chute, ces derniers ont pris la sage décision de venir harnacher des pieds jusqu’à la tête. Jusqu’ici rien d’anormal. Seulement, la bande à Frye, elle, n’ayant prévue comme matériel de sécurité ce jour-là que leur nez et leurs clavicules américaines, il était pour eux indéniable que ces fragiles sortis tout droit des jupes de leurs mères méritaient une bonne leçon de vie. Toujours premier quand il s’agit de prouver qui a les plus grosses baloches, Don se met alors en tête de bien leur faire comprendre, démonstration à l’appui, à quel point « il faut quand même être une belle lopette de se protéger autant ».

Il s’élance donc pour claquer sa plus belle cascade Fast & Furious, à toutes berzingues au guidon de son « three-wheeler » (un genre de tricycle sous stéroïdes) afin de calmer toutes les petites natures à 50 kilomètres à la ronde. Il saute, s’élève dans les cieux sans nuages de l’Arizona tel un faucon, claque son trick puis réatterrit magnifiquement… sur la nuque.

Ce jour-là, la Mort doit être retenue quelque part en soirée mousse, car elle décide de ne pas faucher sur le coup notre Monsieur Burnes. Excellent.

Échappé belle, mais perdant tout de même une partie de l’usage de son bras droit dans l’affaire, Donald expliquera alors à son entraîneur de lutte qu’il s’est fait heurter par une voiture et que ça va être compliqué pour le reste de la saison. Il est contraint d’abandonner pour la totalité de la saison suivante 86-87.

Il en profite alors pour se remettre d’aplomb en soignant son épaule (il ignore à ce moment-là que le problème vient de la nuque), et en 1988 il explose tout : il remporte les sélections olympiques de la région sud-ouest en lutte freestyle ET gréco-romaine, et finit 5e des USA.

À cette époque, il noue également une forte amitié avec d’autres stars de la lutte qui deviendront elles-mêmes des légendes de l’UFC : Dan Severn et Randy Couture.

Mais alors qu’il se marie, sans avoir un sou en poche, les choses se gâtent. Son mariage tombe à l’eau en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « attend, mais on est solvables au fait ? » et sa carrière de lutteur commence au même moment à plonger dangereusement. Trop de choses à gérer, trop peu de temps et d’organisation. Il s’essaie alors à la boxe, fait quelques combats, mais le cœur n’y était pas. « J’étais bon pour encaisser, ça oui, mais autrement je n’étais pas terrible. Je ne me suis jamais vraiment investi, alors ça n’a jamais rien donné ». Cette courte expérience de boxeur lui permet malgré tout d’engranger de précieuses compétences en striking, qui lui seront utiles par la suite.

Il s’écarte alors des sports de combat et passe d’un boulot à l’autre pour gagner sa vie. Il devient barman, travaille sur des chantiers, apprend à ferrer des chevaux et devient même pompier pour 4$ de l’heure après avoir passé la formation. Pendant quelques années, il jongle entre les différents jobs et vis tant bien que mal. Puis un jour, son ami Dan Severn, qui avait déjà pris un peu d’avance, invite Don à s’essayer au combat dans une cage pour faire quelques billets supplémentaires et arrondir ses fins de mois. Vous l’attendiez toutes et tous, l’UFC entre en scène.

À cette époque, l’UFC est alors toujours organisée sous la forme de tournois, sans réelle catégorie de poids ni règles précises. Pour remporter un tournoi, il faut battre 3 hommes la même soirée : aucun problème pour Don Frye. « J’avais déjà boxé, j’avais déjà lutté, et mon expérience de lutteur pour les états d’Oklahoma et d’Arizona m’avait habitué aux larges foules. Aucun risque que je sois pétrifié devant qui que ce soit ». Sans compter qu’il a « déjà pris des coups de sabot dans le crâne par un cheval, alors (se) battre contre des mecs en pyjamas ça ne doit pas être si terrible ».

Le challenge est néanmoins de taille, car comme notre homme le dira lui-même : « N’importe qui peut gagner deux combats dans la même soirée, mais c’est le troisième combat qui te dira si t’as des burnes en acier, ou pas ».

Le tigre Made in USA, Don Frye, pénètre pour la première fois dans l’octogone le 16 février 1996, pour le tournoi UFC 8. Il affiche 94 kilos sur la balance. Ce soir-là, trois hommes chacun à leur tour entreront dans la cage avec lui avec un avantage de 45 kilos en moyenne.

Aucun n’en ressortira.

Le premier à croiser la route du Predator est Thomas Ramirez, un bagarreur habillé d’un pantalon et d’un sweat-shirt sans manche. Il fait du « pakua-chan » (à ce jour, nous n’avons toujours aucune idée de ce que c’est) et pèse 185 kilos. Lors de la présentation de ses attributs et désavantages, on nous explique effectivement qu’il frappe comme un bus, mais que « son cardio est suspect ». Nous n’aurons jamais l’occasion de le vérifier : Don Frye le met KO en 8 secondes.

Le second combattant arrive en collants orange zébrés de noir. Sam Adkins, 120 kilos, est un boxeur de métier et chaque frappe pourrait bien se révéler dévastatrice pour notre pompier de l’Oklahoma en short moulant. Le débat tournera court : après un takedown en single-leg et une avalanche de ground & pound l’arbitre sonnait la fin de la récré, 48 secondes seulement après le coup d’envoi. Une bien belle soirée pour Don Frye, qui a l’air bien parti remporter les 50.000$ les plus faciles de sa carrière !

Mais cela aurait été trop facile. Et puis il n’y a pas de héros sans adversité. Pour le troisième et dernier combat de la soirée, c’est un combattant d’un genre différent qui se présente face à notre moustache à propulsion. Gary Goodridge est un monstre, et il n’est pas venu pour présenter la météo. En effet comme le prouvera sa longue carrière au cours de laquelle il combattra les meilleurs de la planète (Fedor Emelianenko, Minotauro Nogueira ou encore Alistair Overeem…), Big Daddy, lui aussi, aura assurément fait partie des pionniers de notre sport.

Le combat commence et il est évident que Goodridge ne se laissera pas plier si facilement. Il saisit Frye et arrive à le mettre momentanément au sol ! Le Predator se relève immédiatement et met en marche sa boxe : il feinte, change de garde, jabbe et commence à asseoir petit à petit sa domination. Pour enfoncer le clou, il engage un clinch de pur lutteur gréco-romain et alors qu’il a saisi la nuque de son adversaire d’une main, il abat une violente série d’uppercuts de l’autre. La marée monte pour Big Daddy, qui tente alors de remettre Don au sol. Hors de question ! Le Predator passe en mode « Indiana Jones ultra instinct » et saisit la cage derrière lui, tentant d’éviter le takedown par tous les moyens.

Puis finalement, après quelques cascades et autres renversements Don finit par triompher, provoquant l’arrêt de l’arbitre par ground & pound au bout de 2 minutes et 14 secondes.

Les deux hommes se relèvent et se tombent dans les bras en signe de respect mutuel. Les images sont magnifiques et ils resteront bons amis à partir de ce jour.

Une soirée, 3 combats, 3 victoires. Son premier tournoi UFC en poche, nous venons d’assister à la naissance d’une légende.

Dans les années qui suivirent, Don Frye remportera notamment un autre tournoi UFC, l’« Utimate Ultimate 1996 », en soumettant ses trois adversaires le même soir. Il partira ensuite au Japon pour poursuivre une carrière de catcheur, où il deviendra une véritable superstar, puis en 2001 il décide de revenir au sport en signant un juteux contrat avec une nouvelle organisation nippone, qui allait produire parmi les plus grandes gloires du combat libre : le Pride Fighting Championship.

Adulé par le public Japonais, le Predator ne les décevra jamais. À son compteur de combats absolument HALLUCINANTS et entrés dans le panthéon des sports de combat, il faut célébrer notamment sa performance partagée avec Yoshihiro Takayama en ce jour saint du 23 juin 2002.

Ce jour-là, cette soirée-là, les Dieux de la Guerre ont visiblement forcé sur la 8-6 et lorsqu’ils saisissent les manettes de leur PlayStation céleste pour diriger nos personnages, c’est le CHAOS ABSOLU. Toute idée de « travailler technique » est balancée à travers la baie vitrée, toute notion d’« intelligence de combat » est fracassée sur le carrelage en n’oubliant pas de gueuler « TOUCHDOWN ». Ce jour-là, « Predator » se conjugue au pluriel.

Dès les premières secondes de la rencontre, dans un élan de folie et de détermination alpha, les deux hommes se saisissent l’un l’autre par la nuque et décident, d’un commun accord, de s’envoyer chacun à leur tour des parpaings galactiques dans un tourbillon de violence moyenâgeuse. Alors bien sûr, nous sommes loin d’un Israel Adesanya ou d’un Georges St-Pierre au niveau de la profondeur de gameplan, mais les images, elles, survivront à l’éternité. Don a d’ailleurs gardé un tel respect de son adversaire ce jour-là qu’il est fortement conseillé d’éviter les raccourcis racistes en sa présence ! « Les gens n’arrêtent pas de dire ‘l’énorme chinois aux cheveux blonds’ en parlant de Takayama-San. Premièrement, il est japonais. Deuxièmement, apprenez son putain de nom. C’était un combat tellement fou, prenez au moins le temps d’apprendre le nom de l’homme, parce qu’il le mérite. Quand j’y repense, je me dis que c’était vraiment un privilège d’être impliqué dans quelque chose comme ça ».

Au rayon des punchlines bien évidemment, notre Moustache injectée au semtex n’est pas en reste. Célèbre pour sa légendaire bonne humeur, d’une gentillesse et d’une sympathie tout aussi mythique que sa carrière de combattant, il est l’archétype du tonton constamment en train de lâcher des vannes sans-filtres. Sans vous gâcher la surprise de toutes les découvrir, ce sur quoi nous reviendrons sûrement dans un article futur, voici par exemple ce qu’il avait à dire, en 2008, sur l’état du MMA en France :

« Je ne savais même pas que la France s’était déjà retrouvée dans une bagarre pour quoi que ce soit… J’ai entendu dire que l’Italie avait déclaré la guerre à l’Espagne, et que la France s’était rendue ».

Engagé comme commentateur après avoir pris sa retraite, il a également régalé les auditeurs comme personne :

  • Un combat est particulièrement disputé ? : « On dirait du sexe de prison : c’est dur, violent, il y a beaucoup de sueur et beaucoup de bruit ».
  • Un combattant a pris un énorme coup et ses jambes ont du mal à le maintenir en équilibre ? : « Il a l’air d’être un peu sonné… Soit ça, soit il a vraiment le sens du rythme. »
  • Il voit qu’un combattant a les oreilles abîmées, typiques des lutteurs ? : « Celui-là c’est un dur à cuire. Il a des oreilles comme des pommes de terre. On dirait qu’il est resté coincé à la naissance et qu’on a dû le faire sortir à coups de bâtons sur la tête ».

Vous l’aurez compris, cet Américain pur-sang est un dinosaure. Issu d’un autre temps, forgé par les épreuves et une vie de galères. Perclus de blessures et d’anecdotes, il n’hésite pas à publiquement regretter une « féminisation de l’Amérique », et il l’affirme : « Je me serais plus amusé en 50 ans que la plupart des gens ne l’auraient pu en 5 000 ». Qui sommes-nous pour le contredire…

12 Commentaires

  1. Merci de l hommage,le bon vieux temps,des légendes vivantes ces guerrier même si maintenant ils aurait aucune chance avec le niveau des combattant d aujourd’hui

  2. Rust met en avant des légendes du passé là où il est dépassé par les must have du moment. Triste copie d’un caduc boy

  3. Rust s’autorise un hommage aux légendes du passé là où il est dépassé par les must have du moment. Triste reporter

  4. J’ai pas encore lu l’article mais bravo. Ca fait plaisir de voir des bios de toutes nos vieilles gloires. J’espere que c’est le début d’une longue liste. J’ai pas vu s’il y a d’autre bio, mais si c’est le cas je vais avoir de la lecture.

    POur la suite j’aimerai bien un petit Sakuraba ou un Bas Rutten.
    Et pourquoi pas Bob Sapp, j’ai jamais compris comment cet escroc avait pu etre si bankable ….

  5. Il a la memoire courte sur les français lebanner lui avait mis un ko monumental. Notre cher moustachu a dubrester 10 min hs

  6. Superbe article je me suis régalée a le lire d’autant plus que je ne connaissais vraiment pas cette moustache atypique qui ne me laisse guère insensible.

    Merci beaucoup lasueur

  7. J’ai une question Rust? Tu parles de sa blessure à la nuque en nous teasant un peu mais t’en parle plus du tout après.
    Ca lui a causé des soucis par la suite ?

    D’ailleurs pourquoi il a fini par arreter sa carriere ? j’ai checké sur wiki, le mec a fait des matches a un age avancé et il continuait a gagner quand meme

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