Interview d’Olivier Pereira, coach de Paul Daley – Parole de Stratège


Olivier Pereira, fondateur de l’Instinct du Combat, a répondu à nos questions avant le combat de son protégé Paul Daley au Bellator 179.
Fondateur de l’Instinct du Combat, Olivier Pereira collabore avec de nombreux combattants de Paul Daley à Bombardier. Entre deux sessions, le passionné a accepté de répondre à nos nombreuses questions.
La Sueur – Présente-nous un peu les combattants que tu
entraînes et les disciplines que tu leur enseignes
Olivier Pereira – Je travaille avec Imad et Yassine, deux mecs de
la boxe Anglaise, et je collabore avec Patrick Vallée en MMA, avec
Bombardier (Champion de lutte Sénégalaise) en Anglaise et puis en
Angleterre avec Paul Daley et toute son équipe du Spirit Dojo en
kickboxing. Et en muay thaï j’ai bossé avec Ahmadou Ba et Nordine
Amari. J’entraîne les gens dans pas mal de disciplines, les gens
avec qui ça accroche en fait.
Comment tu as découvert que tu avais le coaching dans le
sang, que c’est ce que tu préférais faire ?
Je pense
que c’est une affaire de personnalité. Après, à Val de Fontenay un
des profs avait lâché le club, il fallait un prof, je m’en suis
occupé et j’ai découvert que je me plaisais dans ce rôle là. Petit
à petit j’ai continué, et je me suis intéressé aux techniques de
coaching, au management de l’athlète, à la méthode Coué, aux
méthodes de suggestion et d’autosuggestion.
Pour revenir un peu sur ta carrière, tu es parti assez
rapidement à la chute boxe au Brésil pour apprendre, pourquoi cette
école et pas une autre ? Qu’est-ce qui t’as attiré chez eux
?
À la base je viens des sports de percussion, et j’ai
découvert le MMA par un pote qui m’a montré des vidéos du Shooto.
Au début j’ai pas kiffé, parce que les phases au sol, extrêmement
techniques, créaient un rythme que je trouvais vraiment super lent.
Et puis j’ai vu le Pride, qui m’a beaucoup plus attiré, alors je
m’y suis intéressé et j’ai découvert à quel point le sport était
technique ! Du coup j’ai décidé de franchir le pas en partant au
Brésil. Quand je suis arrivé j’étais comme un gosse, il y avait
Wanderlei sur les tatamis il y avait tout le monde…
La chute boxe c’est aussi une mentalité un peu
d’agression et portée vers l’avant, est-ce quelque chose que tu vas
aussi essayer de passer à tes élèves ?
La Chute Boxe
c’est pas être agressif, je dirais plutôt que c’est être sûr de
soi. Quand on lit la biographie de Tyson, il cite un bouquin qui
était un des livres de chevet de Cus d’Amato, appelé la « Méthode
Coué ». C’est la suggestion et l’auto suggestion. Tyson donne comme
exemple des moments à la fin de certains entraînements ou il se
couchait par terre, Cus (son entraîneur) prenait une chaise,
s’asseyait à côté de lui, et passait un quart d’heure à lui répéter
en boucle à quel point il était fort, à quel point tout le monde
était terrifié à l’idée de le rencontrer sur un ring, qu’il était
un Dieu… Pour illustrer par un exemple de la vie de tous les jours,
c’est comme si tu humiliais verbalement ta copine constamment, en
lui assénant toutes sortes de méchancetés et de crasses, au bout
d’un moment peu importe la confiance qu’elle a en elle ça va finir
par déteindre. Alors que si tous les jours tu lui répètes qu’elle
est belle, qu’elle est formidable, etc, ça va aussi finir par
durablement modifier son caractère. Ça, c’est de la suggestion.
Mais tu peux aussi faire de l’AUTOsuggestion.
En fait ça se base sur la réciprocité entre les infos que ton corps envoie au cerveau et vice versa. Par exemple pour si t’as eu à affronter un décès ou que tu traverses une période difficile psychologiquement, il va y avoir un impact direct sur le physique. Ça c’est une évidence, et la méthode Coué, c’est utiliser ces mécanismes à notre avantage en envoyant des informations positives au corps. Ça peut passer par une phrase qui te met en valeur et que tu te récites tous les jours plusieurs fois par jour comme un mantra par exemple ! Et peu à peu ça te forge une confiance.
C’est pour ça que les athlètes donnent une grande importance au choix de leur équipe, à l’ambiance et l’atmosphère d’un camp d’entraînement.
Et tout ça, ça se traduira directement sur les
performances dans la cage du combattant ?
Disons qu’il
faut bien différencier la psychologie du combattant et la
psychologie du combat. Par exemple un gars qui est le meilleur à sa
salle et qui pendant un combat domine comme il le fait tous les
jours à l’entraînement, tout en confiance, mais qui d’un coup se
fait contrer, il peut perdre tous ses moyens parce qu’en réalité il
n’a jamais eu aucune certitude. Ça, ça touche à la psychologie du
combat. Mais de manière générale tout ça c’est super important,
c’est la base. Parce que dans son club le mec allume tout le monde,
alors il s’entraîne moins dur parce qu’il n’a aucun problème. Mais
quand il est dans un vrai combat et que ça devient dur, que ça
devient réel, c’est fini il n’y a plus personne.

Pour des mecs comme Georges St Pierre et Tyson, les
camps d’entraînement étaient renommés pour être de la folie au
niveau intensité, justement parce qu’ils disaient qu’ils avaient
cette insécurité par rapport au résultat. Pour toi ça touche à la
même chose ?
Pour des gars comme GSP, le camp
d’entraînement c’est DÉJÀ le combat en fait. Il met au point des
gameplans ultra-spécifiques, il s’entraîne comme un fou et surtout
il est très ouvert d’esprit pour se rassembler le plus d’outils
possibles qui pourront justement l’aider en cas de besoin, s’il
doit faire faire face à toutes les situations et à l’inconnu. C’est
comme quand t’es gamin et que t’as un contrôle qui arrive, il y en
a certains qui savent qu’ils PEUVENT le réussir, mais que ça peut
pas se faire au talent, ils savent qu’il doivent travailler pour
avoir le meilleur résultat. Tous ces mecs-là s’entraînent comme ça
parce qu’ils savent que c’est à la salle que les combats sont
gagnés ! C’est Sun-Tzu qui disait que « les batailles sont gagnées
ou perdues avant même qu’elles ne commencent ». McGregor, Cris
Cyborg c’est pareil, ils sont ouverts d’esprit. Quand Conor fait
appel à un coach de mouvement, c’est pas du gadget, c’est parce que
ça va travailler son équilibre, sa coordination et ses appuis d’une
manière totalement nouvelle.
Sinon dans un autre registre tu vas travailler avec
Bombardier, le Champion de lutte Sénégalaise, tu peux nous en
parler un peu ?
On s’est rencontrés et on s’est super
bien entendus, et on va probablement collaborer en avril !
Vous allez travailler l’Anglaise du coup, ou vous allez aller un peu plus loin ?
Ah oui moi c’est pour l’Anglaise, j’y connais pas grand-chose en lutte Sénégalaise (rires) !! En fait, j’y vais pour échanger avec lui, son équipe et tous ceux qui voudront s’entraîner avec moi. Et puis j’y vais aussi pour apprendre la lutte Sénégalaise on va pas se mentir, je vais bouffer du sable c’est clair ! Je lui ai même dit qu’à la limite je préférais m’entraîner avec les enfants s’ils étaient tous aussi lourds ! (rires), mais il m’a dit qu’il y avait aussi des champions à 80 kilos donc ça devrait le faire…
C’est ça que tu voulais dire tout à l’heure quand tu
parlais d’ouverture d’esprit ? D’essayer toujours de nouvelles
choses, d’aller voir ce qui se fait ailleurs ?
Complètement, je m’entraîne aussi avec des gens du Sanda, j’ai été
impressionné par leurs transitions, leurs entrées dans les jambes
et la façon dont ils le mixent avec le striking. Je m’intéresse
aussi à ce qu’ils font en self défense avec leur système de gestion
des poignets, ce qui peut s’utiliser en Jiu-jitsu… C’est là que tu
te rends compte que tout est lié, que tous les sports de combat
sont liés ! D’ailleurs il ne faut pas oublier qu’à la base le
Jiu-jitsu C’EST du self défense ! Ça a été étudié pour qu’un mec
léger puisse mettre à l’amende un mec de 20 kilos de plus que lui.
C’est Helio Gracie qui a amené ça au Brésil. Quand tu compares la
lutte et l’Anglaise, tu t’aperçois qu’il y a plein de choses qui se
ressemblent au niveau des appuis, le karaté ils travaillent sur les
deux gardes ce qui est toujours intéressant… Tout est une question
d’ouverture d’esprit, et je sais que j’adore découvrir d’autres
sports et voir ce que chacun d’eux peut m’apporter.
Dans un combat par exemple, mettons qu’on soit debout et que deux combattants soient de niveau égal. Si d’un coup l’un d’eux sort un coup de pied de la capoeira, ça peut carrément surprendre et désarçonner l’adversaire ! Un coach m’avait dit un jour « tu dois acquérir le plus de techniques possibles, parce que dans un combat tu es comme un mécanicien devant un moteur. Quel que soit le problème, tu pourras regarder dans ta caisse à outils pour piocher le bon et régler l’affaire ».
J’ai aussi rencontré un jour un ancien boxeur, un vieux de la vieille qui m’avait dit « moi dans mon premier cours d’Anglaise, j’ai appris à danser ». Sur le coup j’avoue que j’ai pas compris, mais quand tu t’intéresses au mouvement, et à mes deux axes de combats qui sont la distance et le rythme, en réalité ça prend tout son sens. Par exemple si un mec se jette sur toi et qu’il arrive en ligne droite, tu vas devoir t’en sortir en faisant des esquives ou un pas sur le côté, et c’est là que tu te rends compte qu’une discipline comme la danse ça peut être une mine d’or pour les appuis par exemple. Maintenant je conseille même à mes combattants si ils le peuvent d’aller prendre des cours de danse ! Par rapport au rythme il y a aussi plein de choses intéressantes, on m’a dit par exemple que Roy Jones Jr s’était parfois entraîné en calquant son rythme sur de la musique, en changeant de tempo à chaque round pour travailler sur des fréquences différentes. Parce que c’est quand tu changes de rythme que tu déstabilises l’adversaire.

Dans cette optique là, de toujours acquérir de nouvelles
connaissances, est-ce que tu regardes un peu ce que font les autres
entraîneurs dans le monde du MMA ?
Pour te dire, Greg
Jackson avait sorti un bouquin qui avait pour en-tête « comment
faire une stratégie », qui a été disponible gratuitement pendant un
temps, et j’ai probablement été un des seuls enfoirés à le
télécharger et le traduire en français pour pouvoir le lire !
(rires) C’est Mayweather qui disait que « pour être un bon leader,
tu dois d’abord être un bon suiveur ». Je voulais savoir ce qui
faisait que Greg Jackson était si fort, et c’est pour ça que je
l’ai traduit. Et ça m’a permis de voir qu’il se cassait la tête sur
tout, et maintenant je me casse la tête sur tout aussi. Mais dans
les choses de combat, c’est comme partout il y a TELLEMENT de
choses à apprendre quand tu t’y intéresses en profondeur… C’est
pour ça aussi que je conseille à mes combattants d’aller prendre
des cours juste de Jiu-jitsu, juste de boxe anglaise, parce qu’ils
y apprendront forcément des choses que moi je ne connais même pas.
Après il ne faut juste jamais perdre de vue qu’on parle de MMA, et
que la science c’est d’accorder tout ça ensemble, et de les adapter
et de faire les meilleurs mariages.
Pour finir sur le MMA en France, qu’est-ce que tu penses
de la situation actuelle ?
Le fait qu’il n’y ait pas
de professionnalisme dans les sports de combat, ou très peu ça joue
énormément sur la mentalité des combattants. Parce que fatalement
tu ne peux pas faire autant de recherche, d’entraînement ou avoir
l’hygiène de vie nécessaire quand t’as un boulot à côté. C’est
aussi ça le problème.
Et est-ce que tu as le sentiment qu’on avance ? Toi qui
travailles avec l’élite des combattants français, est-ce que tu as
l’impression d’un progrès sur les dernières années ?
Après il faut voir aussi qu’on est dans un pays, il faut
relativiser aussi. Il y a déjà pas mal de problèmes autrement plus
graves et urgents pour le moment que de légaliser le MMA quand
même. Le pays traverse un crise, il y a des guerres partout,
légaliser le MMA et s’énerver que ça ne vienne pas c’est quand même
manquer un peu de recul. Et puis il faut voir aussi que canal +
recommence seulement à repasser de la boxe, l’équipe 21 passe le
Glory, mais si ils avaient vraiment du pognon on peut se demander
si ils le ferait… C’est peut-être simplement parce qu’ils ont des
trucs pas chers que les grands médias les passent. Sans compter que
parfois en les écoutant on se demande même si ils s’y connaissent
vraiment.
Pour moi la France n’est même pas un grand pays de sports. Ça choque souvent quand je le dis, mais regarde par exemple : le foot c’est le sport le plus populaire en France et les stades ne sont même pas pleins ! Tu vas au Portugal, en Allemagne ou en Angleterre, les stades sont chaque semaine pleins à craquer ! C’est mon point de vue, je me trompe peut-être, mais si je me fie à ce que je vois même dans des events de combat (boxe, kick et mma confondu) amateurs en Angleterre par exemple, ou les entrées sont payantes, et malgré ça les buvettes sont pleines à craquer, la salle est archi remplie, parfois tu peux même assister à des combats entre darons de 35-40 ans. On ne voit JAMAIS ça en France.
Après c’est normal que chacun défende son steak, j’imagine que le curling aussi voudrait une plus grande couverture médiatique… Le handball pareil, on nous en fait des caisses avec l’équipe de France, mais à part ça personne ne regarde, l’équipe de volley pareil, elle a des bons résultats et les gens n’en parlent pas.
Et puis il y a aussi le problème que les athlètes ne sont pas respectés. On ne leur paye rien, on ne leur offre rien, on ne prend pas soin d’eux et ça craint. Quand les Organisations françaises engagent des combattants étrangers, les mecs sont parfois obligés de se démerder tout seuls pour venir par exemple, et tout est comme ça même jusque dans les petits détails !
Pour moi tu ne peux pas demander qu’on respecte ta discipline si toi même t’es pas respectueux envers tes pratiquants, tes coachs et tes combattants.
Merci beaucoup à toi Olivier !
On va suivre de près la préparation et le combat MONSTRUEUX qui
arrive de Paul Daley !
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contactez-le par Facebook : Olivier Miipapa

















