« On est pas bien là ? À la fraîche, décontractés du gland ? » Initialement lancée par gros Gégé Depardieu dans « les Valseuse », cette magnifique question rhétorique pourrait tout aussi bien être celle chuchotée par Lando Vannata à lui-même, dans un sourire, chaque fois qu’il pénètre dans l’octogone. À 25 ans et sortant tout juste de son costume de prospect à l’UFC ; l’authentique « Smooth Criminal », c’est lui.

Groovy n’a pourtant pas comme tant d’autres, baigné dans l’esprit martial dès le landau. À six ans, il est double Champion des États-Unis de BMX (!!!) et c’est seulement à onze ans qu’il a son premier contact avec les arts martiaux. Il tombe sur une retransmission de l’UFC 30 (ce soir-là, Tito Ortiz mettait KO Evan Tanner par un slam en trente secondes. C’est vrai que le mec aurait pu tomber sur plus chiant…). Des étoiles dans les yeux, il décide alors de se mettre aux sports de combat et s’inscrit deux ans plus tard à ses premiers cours de lutte et de Jiu-Jitsu Brésilien.

Sans même avoir à passer par la case « conseillère d’orientation », il tombe éperdument amoureux du sport et ne le quittera plus jamais. Il est d’ailleurs même tellement convaincu de son itinéraire qu’il décide, au beau milieu de sa première année, de lâcher sa carrière de lutteur universitaire pour partir dans un des meilleurs centres d’entraînement de MMA au monde : Jackson-Winkeljohn.

Lando Vannata Anthony Pettis Donald Cowboy CerroneIci avec Anthony Pettis et Cowboy Cerrone… Le type d’animaux que l’on trouve notamment dans cette usine à terreurs

À vingt ans, après sept années de préparation intensives, il se lance alors à l’assaut de la Montagne sacrée et signe pour son premier combat chez les professionnels. Pour son dépucelage public, par une gauche maléfique, il met au bout de quarante-cinq secondes seulement son adversaire au tapis. Pourtant, vaillant malgré la micro-perte de conscience, son opposant tient bon et il tente même de rendre la pareille à notre jeune monstre. L’illusion d’héroïsme ne durera que quelques secondes, car après deux minutes et trente-huit secondes Vannata balance un ultime enchaînement et termine le job une fois pour toutes.

Pour un premier combat, c’est encore une pierre brute à laquelle on a affaire, et le mouvement de Lando est très conventionnel, très télégraphié. La puissance est là, la technique et l’envie sont là, mais l’étincelle ? L’originalité ? Meeh… Le véritable événement fondateur, celui qui changera radicalement son approche du sport  survient après quelques combats, tous remportés facilement : lors d’un entraînement de lutte un peu disputé, Lando se déloge méchamment l’épaule. Le genre de blessure qui te tient éloigné des tapis pendant une grosse poignée de mois.

Dévasté, il s’imagine alors que c’est le début de la fin. Qu’avec une blessure pareille, son run en tant que combattant est sûrement terminé avant même d’avoir commencé. Bref le Man était MAL. C’est alors qu’il découvrit « l’Art du Mouvement ».

Parce que le plus simple avant toute tentative de description, c’est que vous le voyiez par vous-même #NinjaShit #AmericanNinja #NinjaGaidenMotherfucker

L’Art du mouvement, méthode raillée et décriée par certains combattants (Brendan Schaub), mais assidûment suivie par d’autres (Conor McGregor, Tony Ferguson, Carlos Condit, Rickson Gracie… au hasard) c’est l’Art d’augmenter son registre de mouvement pour découvrir le plein potentiel de son corps et des mouvements qu’il est capable d’accomplir. Et forcément, ça passe par des séquences de gestes plutôt déconcertants, véritable mine d’or et de gifs pour les vanneurs à la gâchette facile. (On se rappelle tous du détournement des « échauffements » de Conor avant son combat contre Mayweather)

Si si, souvenez-vous…

Mais soyons objectifs ; si tout ça n’était qu’une discipline ridicule tout juste bonne à être calée entre deux rôts dans un savoureux épisode de « Touche pas à mon Poste », elle n’aurait jamais rencontré un tel succès. Ni produit des combattants de MMA parmi les plus fascinants à regarder.

Comme le décrit Lando lui-même, le Mouvement, c’est explorer ce que le corps est capable de faire, c’est l’améliorer dans toutes les capacités qu’il a à offrir. Ça passe par toutes les activités physiques possibles ; la danse, le patin à glace, le snowboard, mais ça passe aussi par la façon dont tu t’assois, la façon dont tu t’allonges et même ta façon de rester debout complètement immobile. Le Mouvement c’est, pour TOUT ce qui touche au mouvement que l’on exige de notre propre corps, de le faire de la façon la plus fluide possible. De le faire avec des postures et des gestes optimaux, respectueux de la mécanique corporelle sur le long terme tout en restants efficaces sur le court terme. Alors oui on a l’impression d’entendre le prof de yoga dégénéré de GTA5, mais gardons l’esprit ouvert. N’a-t-on pas moqué (et quand je dis « moqué », comprenez « menacé de torture ») Galilée quand il s’est ramené avec son vieux système planètes Heliocentriques ? Bon même si aujourd’hui tout le monde sait que la Terre est plate et que tout ça, c’est des conneries, il n’empêche que son modèle a tenu sacrément longtemps.

Lando Vannata kick

Toujours est-il que par ce biais, Lando apprend à travailler différemment avec son corps. À lui appliquer des mouvements beaucoup moins traumatisants. Et fort de sa nouvelle approche, il décide alors de l’appliquer à ce qu’il fait de mieux sur cette terre : le Combat libre.

Rapidement remarqué par les têtes chercheuses de l’UFC, il est appelé en urgence pour disputer son premier combat. Avec seulement deux semaines de préavis, l’UFC le place en remplacement de dernière minute contre le numéro 3 mondial à l’époque, numéro 2 aujourd’hui : Tony « El Cucuy » Ferguson.

Avec des styles pour tous deux extrêmement basés sur la fluidité et la créativité dans les séquences, le début du combat ressemble plus à un ballet mortel qu’à un simple combat à mains nues. Les deux hommes sont de niveau équivalent et la performance livrée est absolument sublime. D’une rare intensité malgré la largesse et l’amplitude des mouvements, la fatigue se fait rapidement sentir. Les coups impactent des deux côtés et les ouvertures commencent à se faire de plus en plus larges. Plus expérimenté et profitant parfaitement de son allonge, Tony commence alors à prendre le dessus. Puis à une minute de la fin de la première reprise, l’apocalypse selon St Jean ; Lando marque Tony d’un énorme high-kick et c’est pour El Cucuy le début d’une longue, très longue minute de survie totale.

Initialement prévu pour être une balade en forêt, le combat prend alors pour Ferguson des allures de survivalisme de l’extrême. Il est sonné, pressé, acculé, abordé de tous les côtés et c’est seulement grâce à sa légendaire résistance qu’il se hissera jusqu’à la cloche salvatrice marquant la fin du premier round. À la reprise on prend les mêmes et on recommence, seulement cette fois-ci, Ferguson prend petit à petit les choses en main. Fatigué, réflexes émoussés et garde de plus en plus basse, Lando est cuit. Quelques minutes plus tard, il sera amené au sol et terminé d’un étranglement bras-tête. Contre le numéro 3 mondial.

Lando Vannata Tony Ferguson

Il décrit son style de combat comme « savage-calm », traduisible par « calme barbare ». La façon dont ça se traduit concrètement c’est qu’en gardant une décontraction à la limite de la suspicion de tranquillisants, il va infliger à ses adversaires une pression et une violence dans les échanges aussi esthétique que destructrice. Et tout ça le sourire aux lèvres en arrivant dans la cage, comme si c’était le plus beau jour de sa vie. Comme un enfant dans une file d’attente à Disneyland.

Tout n’est pas rose bien sûr, et on peut se demander si un tel style est véritablement viable sur des combats de 25 minutes. L’expérience McGregor semble nous prouver que non. Car ce dernier, bien que plus raffiné et affûté dans ses mouvements, semble atteindre une barrière physique après quinze minutes, comme on a pu le voir dans ses combats contre Diaz et Mayweather. Tony Ferguson quant à lui est beaucoup plus économe dans ses mouvements et beaucoup moins explosif. Il est donc impossible de le comparer à titre d’exemple.

On peut aussi légitimement se demander si un tel style est rentable face à un adversaire aussi talentueux, aussi agressif, mais plus classique dans son approche. Contre David Teymur, son troisième combat à l’UFC on a eu un aperçu des potentielles limites même si le combat est hardcore et extrêmement disputé.

En attendant, à 25 ans Lando nous a déjà offert des moments dans la cage digne des plus grands films de Zhang Yimou. Et comme il a affirmé qu’il arrêtait le métier à 30 quoiqu’il arrive, si vous ne le connaissez pas encore : vous savez ce qu’il vous reste à faire.

« Les Arts Martiaux c’est beaucoup plus que simplement le résultat de ce que tu fais, c’est plutôt une question de ce que tu peux créer avec ton esprit, ton corps et ton âme. C’est laisser son empreinte ; qu’est-ce que tu peux apporter qui est complètement unique ? Comment est-ce que tu peux tester ton esprit ? C’est plus profond que juste « combattre », beaucoup plus profond. Je me sens comme un Samouraï. » – Lando « Groovy Yoda » Vannata.

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