Pour la légalisation du MMA en France

La nuit du samedi 26 août aura lieu « le combat du siècle » : l’américain Floyd Mayweather, champion du monde de boxe anglaise va affronter Conor McGregor, le roi irlandais du MMA (Mixed Martial Arts ou Arts Martiaux Mixtes).

Le combat se fera dans les règles du noble art. Peu de gens parient sur la victoire de Conor McGregor, mais, quel que soit le résultat, l’effervescence et la médiatisation qui entoure ce combat est une aubaine pour le MMA. Pourtant, malgré l’incroyable succès du MMA à travers le monde, en France il est mis au ban des sports de combat : il est interdit en compétition officielle et n’a pas de fédération. En 2016, le Gouvernement a pris un arrêté en ce sens au motif que le MMA serait un sport dangereux et dégradant, notamment du fait des coups portés au sol et des combats qui ont lieu dans une « cage » (en réalité un octogone). Cet arrêté fait l’objet d’un recours en annulation auprès du Conseil d’État qui devrait se prononcer dans les mois ou semaines qui viennent.

Pourquoi cette stigmatisation ?

Le MMA mélange des techniques de boxe pied-poings avec des projections et des immobilisations au sol comme le jiu-jitsu ou de la lutte. Les combats ont généralement lieu sur un ring entouré d’une grille qui s’appelle l’octogone. La violence physique est présente, c’est vrai, mais comme pour les autres sports de combats et de contacts. Les coups portés au sol sont en réalité moins violents que ceux portés en phase de combat debout comme dans la boxe anglaise ou la boxe thaïlandaise pour lesquelles le recul et la puissance de frappe sont nettement plus importants. Par ailleurs, de nombreux sports sont susceptibles d’entraîner des commotions comme le hockey, le rugby, la chute à cheval ou à vélo sans parler de la formule 1 où l’accident peut être fatal.

Ce n’est donc pas les risques physiques qui peuvent justifier l’interdiction. Quand est-il de la violence symbolique ?

La lutte au sol est pratiquée dans plusieurs autres sports heureusement représentés en compétition officielle comme le judo. Certes, seul dans le MMA des coûts peuvent être donnés au sol. Mais le jiu-jitsu brésilien par exemple est autorisé alors qu’il permet des étranglements ce qui n’est pas moins violent symboliquement. L’octogone également est critiqué pour son symbole, car il fait penser à une cage. Il s’agit là d’un concept subjectif. Est-ce au gouvernement de décider si le sport pratiqué par des personnes consentantes est plus dégradant lorsqu’il est pratiqué dans un octogone plutôt que dans un ring avec des cordes ? Et si l’octogone était en Plexiglas plutôt que grillagé, serait-ce encore dégradant ? Où placer le curseur ? Surtout quand l’on sait que l’octogone n’est qu’à hauteur d’homme et contribue à la sécurité des participants, écartant les dominations dans un coin ou les projections hors du ring.

En 2016, un rapport parlementaire commandé en mai par le Premier ministre Manuel Valls, prônait la légalisation sous observation du MMA qui compte en France quelque 40 000 à 50 000 pratiquants. En effet, non seulement l’interdiction n’est pas justifiée, mais en plus elle a un effet pervers puisqu’elle encourage la clandestinité. Organisons et structurons un MMA pour sécuriser le pratiquant et son environnement afin de diminuer l’accidentologie, mettons en place un règlement disciplinaire, des politiques de lutte contre les discriminations et le dopage, vérifions les flux financiers et contrôlons les paris sportifs.

Il faut aussi assurer un statut de sportif aux pratiquants, avec des suivis médicaux spécialisés, de meilleures couvertures d’assurance, des programmes et parcours d’excellence, ou encore la contractualisation des relations entre les organisateurs et les pratiquants sous l’égide de l’État. Espérons que le combat de samedi soit à la hauteur des attentes. Espérons aussi qu’il soit l’occasion de relancer le débat et de poser la base d’une reconnaissance du MMA au même titre que la boxe anglaise et les autres sports de combat, par la création d’une fédération en charge des compétitions sportives.

La Suisse, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande, la Suède, la Pologne, le Royaume-Uni, l’Irlande, le Japon, le Canada, le Brésil, les USA et bien d’autres pays ont choisi la régulation plutôt que l’interdiction. Espérons que la nouvelle majorité et le Gouvernement français qui ont porté l’idée de liberté durant les élections, sauront être en phase avec la société actuelle. Et surtout… bon combat !

Emile Meunier (avocat-lobbyiste) et Dorian Hispa (juriste en droit du sport)

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