Ce week-end Manny Pacquiao effectue son retour face au boxeur cubain Yordeinis Ugas au sein de la T-Mobile Arena dans la ville de Paradise (Nevada). Originalement, l’ex-octuple champion du monde devait affronter Errol Spence Jr pour les titres WBC et IBF de la catégorie welterweight. Hélas, à cause d’une blessure à la rétine, le champion américain a dû décliner ce combat le 10 août dernier et, par conséquent, a été remplacé par Ugas qui défendra son titre de champion (super) de la WBA. Si cette opposition de remplacement peut faire des déçus, on a vu bien pire en solution de dernière minute, et nous aurions tort de bouder notre plaisir. Après tout Pacman assure toujours le spectacle, et Ugas demeure un boxeur talentueux et cruellement sous-estimé.

Enjeux : Concrètement, le titre WBA (super) des welterweight sera disputé lors de ce combat. Toutefois, comme bien souvent dans la boxe, le titre ne représente pas réellement l’intégralité des enjeux pour les boxeurs concernés. Ainsi, pour Manny Pacquiao il s’agira de démontrer qu’il doit encore être compté parmi les meilleurs boxeurs de cette catégorie, et ce, à 42 ans et plus de deux ans après sa dernière sortie. En cas de victoire, il confirmera sa place de contender et pourra éventuellement rencontrer Errol Spence Jr dans un futur proche (sous réserve de l’évolution de sa blessure). Pour Pacman, un dernier run vers le sommet avant d’amorcer définitivement sa transition vers le monde politique deviendrait ainsi envisageable.

Pour Yordeinis Ugas, ce combat représente l’opportunité de vaincre une légende et, par conséquent, d’être enfin reconnu à sa juste valeur. En effet, malgré tous ses accomplissements (médaille de bronze Olympique, titre WBA, carrière pro prolifique), le Cubain reste relativement inconnu du grand public et ne doit sa position dans cet affrontement qu’à un concours de circonstances. Accrocher le scalp du formidable Philippin permettrait à Yordeinis d’acquérir un écho médiatique bienvenu dans la perspective d’une course vers le titre des welterweight.

Conditions : Pacquiao n’a pas combattu depuis le 20 juillet 2019, date de son dernier triomphe sur l’américain Keith Thurman (décision partagée). Avant cela, il n’avait mis les gants que deux fois sur la période 2018/2019, rencontrant avec succès l’Argentin Lucas Matthysse (TKO 7ème round) et l’américain Adrian Bronner (décision unanime). Bien que sur une série de trois victoires consécutives, il est évident que le légendaire Pacquiao est aujourd’hui loin de son prime de sorte que sa vitesse, son agressivité et son rythme de combat ne sont plus les mêmes qu’autrefois. Néanmoins, le vieux tigre reste un tigre et même dans une forme inférieure à celle de ses grands jours il demeure capable de rouster bon nombre de jeunes contenders ! Ce seul constat donne une idée du niveau stratosphérique atteint par l’ex champion philippin…

De son côté, Ugas s’est montré beaucoup plus actif puisqu’il a participé à deux fois plus de combats que Pacquiao au cours des trois dernières années. De plus, sur ses treize derniers affrontements, Yordeinis Ugas ne s’est incliné qu’une seule fois face à Shawn Porter (décision partagée), cette défaite demeurant d’ailleurs extrêmement controversée. Ainsi, si l’on fait abstraction de cette décision relativement injuste, Ugas est sur une invincibilité de plus de 7 ans (date de sa défaite contre Amir Imam, elle aussi assez douteuse). Aujourd’hui âgé de 35 ans, et actif professionnellement depuis plus de 10 ans, le Cubain quitte doucement son prime sans pour autant montrer de signes inquiétants de ralentissement. De manière générale, on peut sans trop de crainte affirmer que la carrière de Yordeinis Ugas n’est pas à la hauteur de son véritable niveau pugilistique, ce dernier n’ayant pas pu rencontrer les grands noms de sa catégorie, la faute à une personnalité médiatique inexistante et à des décisions douteuses freinant son momentum.

Styles respectifs :

 Manny Pacquiao :

Données physiques : Manny Pacquiao a 42 ans, mesure 1 mètre 68 et bénéficie d’une allonge de 170 centimètres. Pour ce qui est du poids, on peut dire que Pacquiao évolue depuis quelques années dans des catégories largement supérieures à la sienne. Le philippin est en effet passé des light-flyweight aux welterweight au cours de sa prolifique carrière. Si sa vitesse et ses qualités athlétiques lui permettent d’évoluer avec succès dans ces catégories, il ne demeure pas moins que Pacman accuse bien souvent un désavantage en taille et en poids lors de ses dernières confrontations (à ce titre son combat contre Keith Thurman est assez parlant). Enfin, avec 39 victoires avant la limite sur 62 on peut également affirmer que Manny Pacquiao est un puncheur qui a réussi à conserver son pouvoir de KO malgré ses multiples montées de catégories.

Considérations stylistiques : L’idée générale gouvernant le style de Pacquiao, de ses débuts en light-flyweight à aujourd’hui, est l’agression constante et continue. En effet, Pacman est ce qu’on appelle un high volume pressure fighter cherchant avant tout à saturer son adversaire de coups afin de le briser et de le faire abdiquer. Cette idée générale est sous-tendue par des caractéristiques athlétiques innées (grande rapidité de déplacements et de mains, pouvoir de KO dans les deux poings et réserve d’endurance phénoménale), un conditionnement physique impeccable et une technicité unique et formidable, au sens latin du terme, c’est-à-dire terrifiant.

Évoluant à partir d’une garde de southpaw, explosant sur de longues et véloces combinaisons ciblant toutes les zones de son adversaire, Manny Pacquiao est avant tout un maître de la distance et du footwork. Concédant généralement un avantage d’allonge à ses adversaires, Pacquiao parvient toutefois à établir son travail du bras avant et à dicter le rythme du combat grâce à des déplacements constants, aussi bien en in and out que latéralement. Étant southpaw, Manny a développé tout un arsenal d’approches visant à lui permettre de contourner le bras avant de son adversaire sans pour autant sacrifier son jab (écueil de bon nombre de boxeurs gauchers) : variations de niveaux, feintes d’entrées pour déclencher le jab de son adversaire et le punir par un crochet du bras avant lancé quasiment à la verticale (casting punch ou russian hook), entrées fulgurantes à l’intérieur de la garde de son vis-à-vis ou encore désaxages visant à prendre un angle extérieur et donc dominant sur le pied avant de l’adversaire, tous ces outils sont parfaitement maîtrisés par Pacman qui peut ainsi mettre en place ses longues chaînes d’agressions, et ce malgré sa petite taille.

Défensivement, Manny Pacquiao se base là encore sur son footwork et sur sa capacité à jaillir hors de l’axe d’agression de son vis-à-vis. Il maîtrise également les défenses plus conventionnelles telles que les mouvements du buste ou les parades des deux mains. Sa défense sert en outre de rampe de lancement à son agression, ses mouvements élusifs lui conférant généralement un angle dominant lui permettant de reprendre favorablement ses séquences d’attaques.

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De manière générale, Manny Pacquiao brille contre les boxeurs peu mobiles et linéaires en ce qu’ils offrent une cible de choix à ses attaques en combinaison. Il a encore plus de succès à l’encontre de ceux présentant une défense des bras plutôt que du buste, son travail en double jab et en prise d’angles dominants lui permettant de fixer cette défense et de la contourner avec succès. En revanche, le Philippin a pu montrer des signes de frustration face à des adversaires mobiles ne rentrant pas dans son jeu (Floyd Mayweather jr, pour hélas, ne citer que lui) et des failles face aux meilleurs contreurs (Juan Manuel Marquez).

Yordeinis Ugas

Données physiques : Yordeinis Ugas a 35 ans, mesure 1 mètre 75 et bénéficie d’une allonge de 175 centimètres. Le Cubain a en outre passé la majeure partie de sa carrière entre les light welterweight et les welterweight. Par conséquent il évolue dans sa catégorie naturelle et aura un avantage de taille, d’allonge et de poids sur Pacquiao ce week-end. Par ailleurs, Ugas ne brille pas réellement par une grande rapidité (il n’est pas lent non plus, mais ne bénéficie généralement pas d’un avantage de vitesse sur ses vis-à-vis) ni par un puissant pouvoir de KO (12 victoires avant la limite sur 26, 1 sur ses 5 derniers combats). En réalité, Yordeinis fait surtout preuve d’un excellent conditionnement, d’une grande endurance et bénéficie d’un solide menton.

Considérations stylistiques : De manière assez amusante, Yordeinis Ugas est assez peu marqué par le style de boxe cubain. En ce sens, il n’est pas un styliste évoluant sur l’extérieur et se fondant sur une haute activité du bras avant et des déplacements constants. En réalité, Ugas est lui aussi un pressure fighter appréciant tout particulièrement marteler le corps de ses adversaires.

À partir de sa garde orthodoxe, Yordeinis Ugas cherche à se mettre à distance de frappes de son adversaire et à avancer constamment sur lui. Se faisant il attend patiemment que son vis-à-vis déclenche en premier afin, principalement, de parer et de contrer, de préférence au corps. Le Cubain est d’ailleurs excellent pour ce qui est d’alterner entre séquences de catch and pitch (parades des bras et remises), retrait du buste et contres en uppercut au corps, et agressions en combinaisons ponctuées par de lourdes frappes du bras arrière. Ce style pourrait être très agréable à regarder si Yordeinis disposait d’un peu plus de punch, le problème est qu’en l’absence de ce pouvoir de ko, les rencontres du Cubain en tendance à s’éterniser et à s’enliser dans des séquences de face à face et d’attrition sans éclat particulier. En réalité, Ugas est un maître dans l’art de ralentir le rythme de son adversaire et de le faire hésiter dans ses agressions, ceci en majeur partie grâce à son travail de contres au corps. En outre, demeurant prudents et méthodiques, 54 Milagros s’expose peu et rechigne à prendre des risques inconsidérés, quitte pour se faire, à s’en remettre à la décision des juges. Ce style bien que très efficace n’en demeure pas moins peu apprécié des foules et l’on comprend dès lors l’évolution de carrière du Cubain (ainsi que certaines de ses défaites).

Pour ce qui est de la défense, Ugas cherche généralement à se couvrir derrière une high gard hermétique et use fréquemment de retraits du buste lui permettant de remiser rapidement, sa taille, plutôt grande pour la catégorie, lui permettant d’employer cette tactique avec succès. Néanmoins, le Cubain demeure plutôt statique et frontal dans son approche, et ce, aussi bien en défense qu’en attaque. En ce sens, il est rare que Ugas désaxe ou change d’angles, se contentant de boxer en ligne la majeure partie du temps.

Confrontation : La confrontation est intéressante en ce que le jeu d’Ugas présente à la fois des facilités et des risques pour Manny Pacquiao. Du côté des ouvertures, l’approche linéaire, frontale et statique d’Ugas semble parfaite pour le jeu en agressions de Pacman. Mieux encore, la défense en parade et retrait du Cubain sera probablement aisément contournée par Manny Pacquiao qui pourra, pour se faire, se fonder sur sa vitesse de combinaisons et ses multiples changements d’angles de frappes. Pour ce qui est des risques, le jeu en contres de 54 milagros peut constituer un aléa en ce qu’il vise à saper l’énergie de ses adversaires. Or, si Pacquiao a pu montrer des signes de ralentissement lors de ses dernières sorties, c’est avant tout concernant son endurance et sa capacité à maintenir un haut volume d’attaques au cours des 12 rounds (cf. la fin de combat contre Keith Thurman). S’il n’y prend pas garde et qu’il ne parvient pas à terminer son affaire rapidement, Pacman pourrait s’exposer à une fin de combat pénible contre un adversaire habitué aux guerres d’attrition.

Prono : Le principal facteur d’hésitation concernant ce combat réside dans la préparation et la condition physique de Manny Pacquiao. Si ce dernier arrive dans une bonne forme et n’est pas surpris par le changement d’adversaire (originalement il devait affronter un southpaw assez mobile), il est probable qu’il parvienne à dominer son vis-à-vis, celui-ci demeurant trop statique et linéaire pour le faire douter. Dans le cas inverse, Manny pourrait s’exposer à une pénible guerre d’usure dont l’issue serait incertaine. Néanmoins, et ce malgré une absence de plus de deux ans, il n’y a pas de raison de penser que Pacquiao ait brutalement décliné depuis son dernier combat. Nous estimons dès lors qu’il y a plus de chances pour que ce dernier installe son jeu et domine Yordeinis Ugas, qui, de son côté, fera preuve de suffisamment de métier et de ténacité pour finir le combat debout.  Victoire de Manny Pacquiao par décision unanime.

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Crédits photosPBC
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