Une fois n’est pas coutume, le mercato hivernal ne baisse pas en folie. Après un été tout feu tout flamme, le transfert de Philippe Coutinho de Liverpool à Barcelone, devenant ainsi le 3e joueur le plus cher de l’histoire, a ravivé les symptômes d’une fièvre acheteuse en Europe pour Noël.

Pour autant, le mercato hivernal, sujet à la critique et souvent calme en France, n’est pas en odeur de sainteté chez tous les clubs. Pour les uns, il permet de déposer de jolis cadeaux au pied du sapin des supporters et renforcer l’équipe.

Tandis que pour le reste, il ne sert à rien d’autre que prendre le risque de déstabiliser un groupe bien en place. Depuis deux saisons maintenant, il regagne de l’intérêt, comme le montre la tendance actuelle : Coutinho, Virgil Van Dijk ou encore Aymeric Laporte ont donc changé de club en janvier contre des sommes astronomiques, jamais vues en hiver. Alors, ce mercato est-il utile et comment mesurer son efficacité ?

Recouvrer la raison en supprimant le mercato d’hiver

Depuis son instauration en 1997, bon nombre d’acteurs du ballon rond grincent des dents et le même discours revient chaque année : « [Le mercato d’hiver] est surtout un élément perturbateur par rapport aux joueurs et à la dynamique collective » assène notamment A. Kombouaré, ancien entraîneur du PSG. Même son de cloche chez Guy Roux, Arsène Wenger ou encore Pascal Dupraz. En effet, pendant le mois froid et pauvre en football (sauf en Premier League avec le Boxing Day) de décembre, les entraîneurs peaufinent leurs tactiques au chaud selon le calendrier à venir et les joueurs qui composent leur effectif.

Mais durant ces 31 jours que dure le mercato, ces derniers ont conscience qu’ils ont l’opportunité de partir s’ils sont en difficulté ou s’ils pensent pouvoir franchir un palier dans un club plus huppé. Pour les présidents aussi, la perspective de renflouer les caisses du club apparaît comme alléchante. Surtout que cette saison 2017-18 se termine sur la Coupe du Monde en Russie : de quoi susciter l’envie chez certains joueurs de se relancer dans un autre championnat pour rentrer dans les petits papiers du sélectionneur. Cependant, des gros clubs comme Chelsea ou le Milan AC investissent massivement entre juillet et août pour attirer de nouvelles recrues, et se rassurent en pensant qu’ils pourront rectifier le tir grâce au mercato hivernal. Exemples : les flops Shevchenko (45 M€), Wright-Philipps (31.5 M€) ou Batshuayi (39 M€) chez les Blues.

Alors, mettre un terme à cette fenêtre de transferts permettrait d’éviter trop de spéculations l’été, de revoir les prix (ahurissants qu’on se le dise) à la baisse, et de ne pas recruter des joueurs-jouets. Cela soulagerait ces messieurs les coachs, pour qui les premières semaines de l’année doivent être longues, tant il est difficile de se montrer précis dans les ajustements tactiques avec autant de remous dans la rubrique transfert des journaux. La plupart du temps, ce sont des semaines de rumeurs avant l’ouverture du mercato… pour finalement pas grand-chose à la fin. Et enfin, la suppression du mercato d’hiver est aussi un des soucis cités dans la mise en place du fair-play financier, « pour inciter à une stabilité contractuelle en cours de saison et garantir ainsi l’équilibre compétitif ».

En d’autres termes, pas de mercato d’hiver = pas d’argent en circulation = pas de flambée des prix néfaste aux petits clubs qui se font dépouiller de leurs joueurs phares. Pas si mal. La suppression du mercato d’hiver pourrait donc être bénéfique pour plusieurs raisons : responsabiliser les clubs pour éviter les achats compulsifs en été, maintenir un certain équilibre compétitif et renforcer l’efficacité du fair-play financier en limitant l’explosion des prix (Zizou est sorti du Top 10 des plus gros transferts de l’histoire, triste époque).

https://youtu.be/TeuuaPXOAvA

1er – 31 janvier, profiter du foie gras pour conclure de bonnes affaires ?

La période des fêtes est une parenthèse enchantée pour tout le monde : on dépense plus pour gâter sa famille, on fait en sorte de passer d’encore meilleurs moments. Le monde du ballon rond n’échappe pas à cette règle, et heureusement. Un mois durant, les clubs ont la possibilité de soigner les maux de la première partie de saison : revoir la stratégie de recrutement, préparer au mieux un calendrier chargé, pallier une ou plusieurs longues blessures… et c’est bien là la force du mercato hivernal. Et lorsque la magie de Noël ou le champagne du Nouvel An embrument les esprits, les opportunités de bonnes affaires sont plus nombreuses qu’il n’y paraît.

Exemple pour ceux qui ont la mémoire courte. L’an dernier à la même époque, le PSG s’offrait Draxler pour 38 millions d’euros. L’Allemand, qui avait tout d’une bonne affaire, était à la peine dans son ancien club de Wolfsburg, et son transfert lui a permis de se relancer. Aujourd’hui, la recrue s’inscrit pleinement dans la rotation du club et affiche un niveau de jeu assez satisfaisant pour prétendre à une place dans le 11.

Le Parisien représente donc ces joueurs dont la carrière est à relancer pour diverses raisons : mauvaise passe, mis au placard par leur entraîneur, jeune à potentiel à la recherche de temps de jeu, ou en fin de contrat en juin prochain. Les qualités ne sont plus à prouver, mais leur situation est telle qu’ils ont tout de la bonne affaire. Accusé, à tort cette année, d’être un marché de seconde zone, il y avait plusieurs aubaines à saisir : Alexis Sanchez, Fernando Torres, Lucas, Batshuayi, Giroud, Deulofeu, Aleix Vidal, Debuchy, Sagna, voire Robben… La liste de noms qui a circulé en janvier, à laquelle s’ajoutent les transferts de gros calibre qui ont eu lieu (Sanchez, Laporte, Aubameyang…) est bien plus ronflante que la saison passée.

Donc, que ce soit en été ou en hiver, une affaire reste une affaire, même si les sommes ont suivi les noms. Plus généralement, la période hivernale des transferts possède un côté pratique qui permet de décanter un contexte difficile en milieu de saison. Imagine 5min qu’il n’y ait pas de mercato en janvier. Sur le court terme, un joueur mis de côté sera condamné à cirer le banc, jusqu’en mai. Si en plus, comme cette année, la saison se termine sur une compétition internationale, les chances d’être sélectionnée fondent comme neige au soleil (coucou Giroud, bienvenue chez les Blues).

À plus long terme, c’est la confiance même du joueur qui peut être mise en jeu, et, dans le pire des cas, ruiner sa carrière, disons-le franchement. Une illustration récente : le cas de Steven N’Zonzi. Le Français du FC Séville, placardisé depuis peu, risque de ne pas voir la Russie en juin prochain, alors qu’il avait été convoqué par Deschamps lors des derniers rassemblements des Bleus. Un départ le mois dernier pour se sortir de l’impasse aurait eu du sens donc. Merci le mercato d’hiver.

Comme toutes les bonnes choses, le marché des transferts hivernal a le mérite d’exister et sa légitimité ne fait donc aucun doute pour nous. En revanche, ce qui pourrait être revu, c’est la nature même du transfert : à quel besoin répondrait l’achat ou la vente à valider ? En gros, l’idée serait « d’empêcher » ou de réglementer du moins les gros transferts pour maintenir une compétition saine entre les différents clubs.

Mais d’autoriser, voire encourager, les transferts qui serviront plutôt à donner un second souffle à la carrière d’un joueur dans le dur. Ainsi, les directeurs sportifs réfléchiraient à deux fois avant de sortir le chéquier en été, pour ne pas se précipiter et risquer de regretter en décembre. Ce qui limiterait l’inflation actuelle et dégonflerait la bulle football. En d’autres termes, faire revenir la logique sportive sur la logique économique.

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