Voilà maintenant plus d’un an que Gianni Infantino, l’ex-bras droit de Sepp Blatter, a repris la tête de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA). Surnommé « Mr. Propre », l’italo-suisse a promis pendant sa campagne de réparer l’image de la Fédération auprès du public. Symbole des controverses qui entourent l’organisation, l’attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar n’a pourtant toujours pas été remise en cause malgré les derniers évènements confirmant une situation diplomatique et humanitaire catastrophique. Nouveau retour sur le dossier.  

Par où commencer ? Pour ceux qui ne sont pas familiers avec les détails de l’affaire : un pays dont la sélection n’a jamais participé à aucune compétition majeure, actuellement 88e au classement FIFA (112e au moment de l’attribution), qui ne dispose pas encore des infrastructures nécessaires, dont la population dépasse à peine les 2 millions d’habitants et la superficie les 11 500km², un pays vivant actuellement une crise diplomatique, dont les conditions climatiques impliquent des contraintes sans précédent, un pays accusé d’esclavage envers ses ouvriers, dont les pots-de-vin ont été publiquement mis en lumière, va être l’hôte du deuxième plus grand événement sportif de la planète.

Une attribution sous le signe de la corruption

En 2014, un rapport officiel fut remis à la FIFA par Michael J. Garcia, ancien procureur américain et à cette époque membre du comité d’éthique, évoquant des accusations de corruption quant à l’attribution du mondial 2022 au Qatar, alors que d’autres candidats comme les États-Unis semblaient beaucoup plus adaptés. Ces quelque 400 pages qui auraient pu remettre en cause l’attribution tout entière n’ont pas été publiées par la FIFA, mis à part une synthèse de 42 pages suffisamment éloignée de la vérité pour provoquer l’indignation et la démission de M.J. Garcia. Fin juin, le quotidien allemand Bild a enfin commencé à publier des extraits de ce rapport tant attendu, poussant la FIFA à en révéler enfin l’intégralité (les plus motivés/curieux pourront trouver le dossier sur le lien suivant. Bild écrit « qu’un ancien membre exécutif a remercié par mail des membres de la Fédération Qatarie pour un virement de plusieurs centaines de milliers d’euros » peu après l’attribution, le 2 décembre 2010. Le journal évoque aussi « deux millions de dollars (envoyés par S.Rosell, l’un des consultants pour le comité de candidature qatarie qui est aujourd’hui en prison, NDLR) ayant atterri sur le livret d’épargne de la fille de 10 ans d’un membre de la FIFA. ». À l’époque, Greg Dyke, le Président de la Fédération Anglaise de Football s’était publiquement indigné : « A la place des organisateurs qataris, je ne dormirais pas très bien ».

Un « esclavage moderne » sur les chantiers

En mars 2016, Amnesty International publiait un rapport accusant le gouvernement du Qatar – et donc indirectement la FIFA – d’être responsable d’un « esclavage moderne » sur le site du chantier du stade Khalifa (premier et, à ce jour, unique stade prêt). Plus de 1800 ouvriers seraient morts en seulement 3 ans. Certains témoignages sont ressortis, notamment celui de Shariful Alam, 21 ans, qui explique les conditions dans lesquelles il a vécu pendant 1 an et demi avec des milliers d’ouvriers venus d’Inde, du Népal et du Bangladesh. Le jeune homme a dû payer plus de 4000 euros au recruteur qui l’avait attiré au Qatar, déchargeant ensuite des cargos sous des chaleurs intenables dans des circonstances épouvantables, avec une paie ridicule et même inexistante certains mois. Les recruteurs confisquent les passeports des ouvriers, les empêchant ainsi de repartir. La situation est encore telle quelle aujourd’hui, 7 stades sont encore en construction.

Et pendant ce temps, le Qatar est toujours hôte de la Coupe du Monde 2022…

Des contraintes structurelles et sportives sans précédent

Le Qatar ne possédant aucune infrastructure lors de l’attribution, 12 stades devaient initialement être construits pour un budget total de 26,6 milliards d’euros (à titre de comparaison, le Brésil avait explosé son budget en 2014 en dépensant environ 10 milliards d’euros pour la totalité de la compétition). Le comité d’organisation a finalement abandonné son projet pour annoncer la construction de seulement 8 stades, le minimum requis par la FIFA pour pouvoir organiser un tel événement. Des stades qui devraient être entièrement climatisés, pour permettre aux joueurs de résister aux fortes températures. Ces mêmes températures qui forcent le comité d’organisation à déplacer l’événement au mois de décembre pour la première fois de son histoire, coupant ainsi les grands championnats au milieu de la saison. La compétition a traditionnellement lieu au mois de juin, lors de la trêve estivale, une fois que les compétitions majeures sont terminées. La FIFA et l’UEFA n’ont pas encore donné plus de détails sur l’organisation de la saison 2021-2022 pour les clubs, qui risquent de voir leurs stars s’absenter pendant 1 mois et demi, en plein exercice.

Et pendant ce temps, le Qatar est toujours hôte de la Coupe du Monde 2022…Maquettes de 4 des 12 stades initialement prévus pour 2022 

Un gouffre diplomatique

Précaire depuis longtemps, la situation diplomatique du Qatar est devenue catastrophique depuis quelques semaines. En effet, l’Arabie Saoudite, l’Égypte, le Yémen, le Bahreïn et les Émirats arabes unis ont officiellement rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar début juin, accusant Doha (capitale qatarie) de « véhiculer les idéologies terroristes » de groupes comme DAECH et Al Qaida. Le Caire évoque « l’échec de toutes les tentatives pour dissuader le Qatar de soutenir ces organisations terroristes ». Non seulement les relations diplomatiques ont été rompues, mais les frontières sont aussi bloquées. Cette nouvelle a provoqué une chute de plus de 7% dans la bourse de Doha. Selon The Local, site d’information suisse, l’Arabie Saoudite et les autres pays impliqués dans ce gel diplomatique auraient même demandé à la FIFA de retirer l’organisation de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, faisant appel à l’article 85 du code de la Fédération qui évoque cette possibilité en cas d’urgence.

À ce jour, aucune réaction de la FIFA.

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