Raymond Kopa – businessman, résistant et première icône du Foot Français

En 1958, dans une galaxie fort lointaine où le SC Reims représentait ce qui se faisait de mieux et où les salaires de footballeurs ne permettaient pas de vivre, Raymond Kopa est le premier français de l’Histoire à remporter le Ballon d’Or… retour sur le parcours d’un joueur que l’on considère comme le prédécesseur de Platini et Zidane.

Le football, les mines et la résistance

Son nom se perd petit à petit au fil des générations qui passent et pourtant Kopa est peut-être le joueur qui a le plus marqué le Football français, voire le football tout court. Contemporain d’Alfredo Di Stefano dont il a été le coéquipier au Real Madrid, Raymond Kopaszewski est un produit de l’immigration polonaise d’entre-deux-guerres. Issu d’une famille de mineurs, il travaille lui-même dans les mines en parallèle de ses débuts dans le football. En 1947, il manque d’ailleurs de perdre sa main dans un éboulement qui lui vaudra une amputation de l’index. « Des choses qui arrivent » dit-il, en s’estimant heureux que ses pieds magiques soient restés intacts. « L’ingénieur de cette mine, c’était le président du club où j’évoluais. Il aurait pu faire le nécessaire pour me trouver un meilleur emploi, mais il ne l’a pas fait. C’était un con. ». Une note d’humour qu’il garde en évoquant une autre anecdote datant de son enfance lorsque, pendant l’occupation, il vole un ballon en cuir à des soldats allemands qui jouaient sur un terrain près de chez lui, « À notre manière, nous avions presque fait un acte de résistance, non ? ». Mineur résistant, mais surtout prodige du football. D’abord avec ses dribbles de football de rue, puis en faisant le bonheur de l’US Nœux-les-Mines il est finalement repéré par le SCO d’Angers qui lui fait signer un contrat semi-pro accompagné d’un job d’électricien. Ses exploits sont maintenant visibles au plus haut niveau, et Kopaszewski devient « Kopa ».

Le sens des affaires

« Il faut être connu pour attirer l’attention des acheteurs. Mon nom sonnait bien en plus. ». Kopa est le premier joueur à se servir de son image : chaussures, boissons, ligne de vêtements… il appose son nom sur toutes sortes de produits dérivés. Il établit même un partenariat avec la FFF pour faire des jus de fruit Kopa sa boisson du mondial 1958 en Suède. Alors joueur du Real Madrid, Kopa évolue aux côtés de Just Fontaine en attaque de l’Equipe de France. Les Bleus terminent 3ème, mais Kopa – déjà vainqueur de la coupe d’Europe en club – survole la compétition et remporte le ballon d’or. Il est la figure principale du football de l’époque et connaît sa valeur. Il avait d’ailleurs été le premier joueur à négocier sur son propre transfert à l’époque de son départ du SCO pour le SC Reims en 1951. Alors âgé de 20 ans, il renégocie sa prime à la signature, la faisant passer de 300 000 à 500 000 francs soit de 45 000€ à 75 000€ (à titre de comparaison, les Football Leaks ont révélé que la prime à la signature de Neymar au FC Barcelone en 2013 s’élevait à 8,5 millions d’euros).

Entre syndicalisme et esclavagisme

Kopa est également connu pour avoir été l’un des piliers de l’Union Nationale des Footballeurs Professionnels dès les débuts de sa création par Just Fontaine. À l’époque, le système est simple dans le foot : les joueurs se liaient à un club par des « contrats à vie », et ce dernier avait un pouvoir total de décision sur le transfert éventuel du joueur. À contre-courant de cette tendance, Raymond Kopa prend position et déclenche une polémique en déclarant dans la presse « les joueurs sont des esclaves ». Cette phrase-choc lui vaut 6 mois de suspension avec sursis, mais ne le fait pas changer d’avis et Kopa devient Vice-Président de l’UNFP. Il sera l’une des figures majeures de la création du contrat à temps fixe, aujourd’hui utilisé pour tous les joueurs professionnels dans le monde du football, une pierre de plus à l’édifice du plus grand des mineur/résistant/businessman/syndicaliste/ballon d’or de l’Histoire du Football. Par Tim

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Photo By: France Football
1 Discussion on “Raymond Kopa – businessman, résistant et première icône du Foot Français”
  • Erreur de gros sous dans votre comparatif des primes versées… Vous avez simplement oublié la dévaluation du Francs au 01/01/1960. En conséquence, la prime de Raymond Kopa qui passe de 300 à 500 mille (anciens) francs donc de 3000 à 5000 (nouveaux) Francs, ce qui équivaut à 450 vers 750 Euros…
    Et on veut nous faire croire par ailleurs que les salaires et contrats ont suivi l’inflation et qu’un joueur d’aujourd’hui ne coûte pas plus cher qu’à cette époque ! De qui se moque-t-on ?

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