Bras de Fer Professionnel

« Ils ont le coeur pur et le bras puissant. Ils sont le glaive de l’empereur. Les Champions de l’Humanité, les Anges de la Mort. Il sont les pratiquants de Bras de Fer, et ils ne connaissent pas la peur ».

Inspirez profondément, délectez-vous de ces mots. On espère que la suprême puissance de cette introduction vous a immédiatement brisé les chevilles, parce que c’est totalement du plagiat. À l’origine, la citation est employée pour décrire les Space Marines, des super-humains génétiquement modifiés de l’univers Warhammer 40.000. Néanmoins, elle vous donne une bonne idée de ce que l’on peut ressentir en regardant le bras de fer entre Haftor Bjornsson (Strongman Champion du Monde d’environ 200 kilos) et Devon Larratt (professionnel de la discipline affichant 100 kilos de moins sur la balance). En effet, devant la facilité avec laquelle ce dernier résiste à la pression du géant puis va doucement aplatir son bras, il flotte dans l’air comme une odeur de slip rouge sur collant bleu. Un peu comme si la Justice League avait déguisé un des leurs pour qu’il aille s’amuser pendant la pause clope.

PLS montagneuse…

Alors, Mesdames et Messieurs, cramponnez-vous à votre postérieur, on part à la découverte de ce que les anglophones nomment « ArmWrestling » : le Bras de Fer professionnel. 

D’où ça vient #ComeAtMeBras

Bien qu’une idée populaire fasse apparaître le bras de fer en Égypte Ancienne ou dans la Grèce Antique, aucune preuve tangible et irréfutable n’est jamais venue appuyer le propos. Les premières peintures et les premiers écrits traitant du sport sans aucune ambiguïté nous proviennent en réalité du Japon.

En effet, dès 1793 on peut observer des dessins mettant en scène ce qui ressemble quand même sacrément à des parties de bras de fer. Jugez-le par vous-même : à moins d’un étrange check entre frérots accroupis, on voit mal comment cela pourrait être autre chose. Sans compter que les personnages en question sont des femmes et que le tableau s’appelle « Combat avec les mains ». Là ça fait beaucoup.

bras de fer utamaro
Kitagawa Utamaro. « Combat avec les mains » 1793

Car au Japon à cette époque, comme partout ailleurs, l’entraînement au combat est indifférencié de l’entraînement à la guerre. Et l’arme de guerre quasi universelle en ces temps pas si lointains étant l’arme blanche, le bras de fer était alors une excellente manière de travailler sa force, son explosivité et son endurance dans le maniement des lames. En effet pas besoin de savoir coder en Coréen pour comprendre que plus votre grip est puissant, plus votre avant-bras est fort et plus la chaîne musculaire de votre bras est solide et fonctionnelle, plus vous maximisez vos chances de succès lors d’une joute à mort. Car tirer au sabre ou à l’épée c’est de la dextérité et de la technique, certes. Mais si par malheur vous n’aviez pas le bras suffisamment sûr, la poitrine que vous n’aurez pas réussi à trancher suffisamment profond lors de votre premier mouvement va probablement, dans la foulée, utiliser son souffle pour sonder votre gorge à la recherche d’un peu de respect.

Il était ainsi présumé que si vous battiez un adversaire au bras de fer, alors vous le battriez probablement dans un combat au sabre.

Dans cette recherche des origines, d’autres historiens proposent aussi de regarder de l’autre côté du Pacifique, chez les Indiens d’Amérique. Le bras de fer aurait ainsi été rencontré la première fois au 19e siècle par les colons aux frontières du Nouveau-Monde. Ce jeu, qui pourrait donc bien être beaucoup plus ancien, était décliné en une version « debout » et visiblement assez amusante, où les bras et les jambes avant étaient liés, et où le but était de faire tomber l’adversaire.

bras de fer la sueur

Toujours est-il que le sport, d’où qu’il vienne, ne sera véritablement popularisé qu’au milieu du 20e siècle aux États-Unis quand furent organisées les premières compétitions officielles.

Comment ça se passe #AvadaKedaBras

Parce que figurez-vous que le sport est bien plus complexe qu’il n’y paraît ! Attendez, écoutez d’abord.

Les variations d’angles et positions du coude ainsi que du poignet étant virtuellement infinies. Il existe de nombreuses techniques et le combat se joue à tous les niveaux. De la même manière que la boxe anglaise professionnelle utilise les poings de manière bien plus complexe que la boxe thaïe, les limitations réglementaires évidentes du bras de fer professionnel l’ont obligé à grandir et à se développer jusqu’à devenir une véritable science.

Pour vous en convaincre, regardez simplement la profondeur technique des conseils donnés par Alexey Voevoda à des aspirants lors d’un séminaire en Russie (mettez les sous-titres en anglais pour prendre la vraie claque) :

Absolument FASCINANT. En une simple tirée de la part de son vis-à-vis, Alexey est capable de l’analyser anatomiquement et techniquement dans son ensemble pour lui dire où il va lui falloir travailler, quels sont ses atouts majeurs, et ce qu’il lui faut éviter ou renforcer. Au doigt près.

Voyez ça comme une épreuve de lancer : il est évident que le principal est d’avoir sous le capot les chevaux nécessaires pour compétitionner avec les autres monstres en lice. Tout votre entraînement sera donc de la préparation physique. Néanmoins, sans une parfaite compréhension de la chaîne cinétique, du placement de vos pieds, de vos hanches, etc. Vous aurez beau avoir la même force physique qu’un lanceur pro, si vous n’avez pas dans la besace les années à travailler les détails, vous n’arriverez pas à la moitié de leur distance. C’est la même chose pour le bras de fer. Tout est l’affaire d’infimes détails.

Et encore, à la différence des sports de lancer, il y a ici multiples approches, radicalement différentes dans leur exécution : le « King’s Move » à titre d’exemple est une technique maîtrisée par le célèbre Michael Todd, qui consiste placer son corps sous la table de bataille, le bras quasiment complètement déroulé. Une autre technique, le « Shoulder Press », utilise même le triceps pour verrouiller son bras en position, puis engage la totalité du corps dans un mouvement de presse vers l’avant.

Michael Todd bras de fer
Michael Todd et son controversé « King’s Move » contre le « Shoulder Press » de Devon Larratt

Certains athlètes, comme la superstar Devon Larratt, sont quant à eux des ultra-spécialistes des contres et de l’endurance. Le géant canadien est ainsi capable d’arrêter les monstrueuses charges des plus gros béliers de la catégorie poids lourd, puis lorsque ceux-ci fatiguent, de renverser la vapeur jusqu’à la victoire.

Une règle importante à connaître pour profiter du spectacle est également que lors qu’une manche débute, les deux compétiteurs ont les mains libres. Mais si au cours du duel les mains viennent à se séparer, alors l’arbitre enroule un « strap » (un ruban) afin de maintenir les poignets des adversaires fermement liés. La manche peut alors redémarrer. Il est important de le notifier pour bien comprendre les techniques employées par certains athlètes, qui s’échapperont volontairement dès le début, car ils se considèrent plus avantagés dans un strap.

Le sport explose #BrasQuageÀl’Italienne

Aux États-Unis, le bras de fer est désormais retransmis sur la plateforme Bleacher Report (B-R) et les combats sont ensuite diffusés sur internet ou le compteur affiche parfois plusieurs millions de vues. Les meilleurs ArmWrestlers de la planète sont des célébrités YouTube, et le succès du sport a même permis à certains d’athlètes de devenir des professionnels vivant de leur Art, s’adonnant à des entraînements quotidiens et suivant un strict régime alimentaire (et n’allez pas commencer à ricaner de la morphologie de certains compétiteurs ! Parce que si au hasard on va chercher un première ligne du côté de l’ovalie, « gazelle à 7% de taux graisseux » ne sera probablement pas votre première impression…).

bras de fer tv

Comment expliquer l’amplification du sport ? La réponse est somme toute assez simple et instinctive : c’est une opposition directe et franche entre deux êtres humains rompus à la discipline, qui explosent PÉDALE SUR LE MÉTAL et injectent 100% de leur puissance l’un contre l’autre pendant quelques secondes d’une extrême intensité. What’s not to love ? Et le jouet dans ce Kinder Surprise, c’est que c’est un des seuls sports au monde où on indique le tour de biceps et d’avant-bras en guise de statistique d’avant match.

Enfin si on regarde vers l’Est on perd tout sens des proportions, de la morphologie humaine et de la logique en général. Imaginez un manga ou le héros se découvre un pouvoir : il commence d’abord évidemment par tabasser les racailles de son village avec, puis un voyageur qui passait dans le coin lui raconte les monstres inhumains avec lesquels il va devoir se battre par delà les mers s’il veut devenir le plus grand.

Si le manga était une histoire sur le bras de fer, voilà quelques noms qu’il citerait d’une voix tremblante : Denis Cyplenkov, Levan Saginashvili et Oleg Zhok (aka Luffy IRL, avec un bras gauche le double du droit).

bras de fer athletes
Les mecs sont littéralement capables de vous concasser la main sans même forcer

Et pourtant…

Et pourtant la légende ULTIME, celle qui a régné sans partage sur les tables à poignées pendant plus de 25 ans, celle qui a terrassé les montres de la planète entière, pesant pour certains jusqu’à 200 kilos… Et bien, sachez que vous ne la remarqueriez même pas dans la file du supermarché.

Son nom est Brzenk, John Brzenk.

La suite au prochain épisode.

 Et pour finir en beauté, régalez-vous de ce best-of d’un des meilleurs ArmWrestler du monde, et certainement le meilleur en termes de guerre psychologique, le légendaire Devon « No Limits » Larratt :

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