The Boys

« Never meet your heroes » : ce proverbe bien connu a récemment été remis en lumière par le trailer du jeu vidéo Marvel’s Avengers, suivi d’une phrase bien différente de l’esprit de la série qui nous occupe – « I did, & it was amazing ». Dans The Boys, « Never Meet Your Heroes », le slogan qui accompagnait la sortie très attendue de la série Amazon, n’est pas un avertissement à prendre à la légère. Review (évitant au maximum les spoilers) de ce qui est probablement l’un des shows de l’année.

Ne rencontrez jamais vos (super)héros : que cette phrase serve d’introduction à la fois au futur jeu vidéo Avengers et à la série tant attendue The Boys, adaptation des comics du même nom, est très certainement un hasard, mais il est frappant tant l’un s’inscrit en négatif de l’autre. Certes, Marvel a réussi avec un certain brio le pari de montrer les faiblesses et les défauts de ses héros au fil des films du MCU – Civil War et sa guerre d’égos, Endgame et l’échec qui amène son lot de fragilités. Mais l’alcoolisme rigolard de Thor, le cynisme de Tony Stark et même la soif de vengeance de Hawkeye/Ronin sont de la blague à côté de ce que nous sert The Boys.

Dans un univers où les superhéros (« supes », leur petit nom anglophone) sont légion, chaque petite ville ayant son justicier local, un groupe règne sur ce petit monde : « The Seven », sorte de pastiche à la fois de la Justice League et des Avengers (car même si les « archétypes » de superhéros représentés rappellent Super-Man, Wonder Woman, Aquaman ou encore The Flash, les références à Marvel ne manquent pas). Les rejoindre, c’est le rêve de tout « supe » et c’est Annie January/Starlight qui décrochera la timbale après la « retraite » du Lamplighter, l’un des Sept. C’est à travers elle et ses premiers pas à l’intérieur de l’organisation qu’on comprendra rapidement que non, il vaut mieux ne jamais rencontrer ses héros : Vought Industry, la société qui gère l’image des Sept, ferait passer Disney pour un organisme caritatif. Si vous avez lu les comics, rien ne vous surprendra ; si vous découvrez The Boys et son univers, quelques minutes suffiront pour que vous compreniez que vous n’avez pas entamé une série de superhéros comme les autres.

C’est bien le « risque » pris par Amazon avec cette superproduction qui doit devenir la locomotive de sa plate-forme Prime : balancer The Boys à un moment où sincèrement, tout amateur de films de superhéros qu’on soit, on frise l’indigestion et on accueille avec joie la « trêve » entre les Phases 3 et 4 du MCU et l’arrivée chez DC d’un Joker qui s’annonce plus humain que surhumain. On n’insistera donc jamais assez : ceci n’est pas une série « de superhéros », mais d’antihéros.

Car même les « Boys », qui donnent leur nom à la série et vont tenter par tous les moyens (et souvent les pires) de révéler l’arnaque des « supes » au grand jour, sont loin d’être des anges, pratiquant séquestration, chantage et même meurtre pour arriver à leurs fins.

Le sans-faute ?

Le résultat est peut-être l’une des séries les plus jouissives de ces dernières années : lancée par un pilote à s’en décrocher la mâchoire, The Boys trouve ensuite son rythme en installant progressivement une galerie de personnages terriblement attachants. De Hughie Campbell, personnage « principal » lancé dans un projet qui le dépasse complètement suite à un drame personnel causé par un des Sept (et qui est prétexte à l’une des scènes les plus gores d’une série qui ne lésine pas) au Homelander, campé par un Anthony Starr glauque à crever dans son rôle de Superman détraqué, en passant par des rôles secondaires castés aux petits oignons (Simon Pegg!), rien ou presque n’est à jeter. On regrettera quand même que le « Frenchie » – assez drôle dans l’absolu – soit campé par un acteur non francophone, ce qui rend ses interjections dans la langue de Molière peu crédibles à nos oreilles.

Amazon signe-t-il un sans-faute avec The Boys ? On n’en est franchement pas loin. Malgré un final un peu en demi-teinte, mais laissant le champ des possibles assez large pour une saison 2 qu’on attend avec impatience, la série d’Eric Kripke frappe fort et juste. Pouvant plaire aux fans de Marvel et DC comme aux hermétiques aux superhéros, drôles et décalés sans pour autant sombrer dans la caricature à la Deadpool, les huit épisodes (pas de remplissage ici) proposent même des moments franchement durs et qui vous feront arrêter de rêver à un monde où les « supes » existeraient. La meilleure façon de tuer l’adolescent qui sommeille en vous – jusqu’à la prochaine superproduction signée Disney. Parce qu’après tout, même si on ne veut surtout pas les rencontrer, on a quand même besoin de nos (super)héros …

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