eSport – On a discuté avec le champion du monde FIFA et son entraineur

Interview de Vincent « Vinch » Hoffman, champion du monde 2013 sur FIFA et son entraineur Romain « Imuhan » Serra sur la place actuelle de l’eSport.

Sport en plein développement, l’ eSport est devenu une discipline qui pèse. Avec des clubs de foots qui investissent désormais dans le milieu et des grands médias type Canal ou Bein qui lancent leur émission dédiée, le sport électronique monte en flèche en France avec un professionnalisme de plus en plus poussé. Pour comprendre un plus ce phénomène, on est allé discuter Vincent « Vinch » Hoffman, champion du monde 2013 sur FIFA à l’âge de 16 ans ainsi que son coach Romain « Imuhan » Serra qui est l’un des meilleurs managers d’eSport en France.

Comment êtes-vous tous les deux venus dans le monde pro de l’eSport ?

Romain : J’étais joueur professionnel chez 3D max, une team qui jouait sur FIFA et Counter Strike Go (CS GO) puis par la suite je suis devenu manager. J’ai créé ma structure Hyperia et au bout d’un an nous avons rejoint Melty qui malheureusement n’existe plus depuis le mois d’octobre.

Vincent : Moi c’était il y a 3 ans, j’ai joué en ligne par hasard sur FIFA et j’ai rencontré deux personnes qui ont vu que j’avais du potentiel. Ils m’ont fait découvrir les différentes compétitions possibles sur ce jeu et c’est parti de là. J’ai gagné plusieurs compets et maintenant je suis joueur pro sur FIFA.

Mais au départ vous étiez de simples joueurs lambda qui jouaient assis sur leurs canaps non ?

Romain : J’ai commencé à jouer en ligne à l’âge de 12 ans sur un MMORPG qui s’appelait Dark Age of Camelot et j’étais payé pour aller cyber. Par la suite, j’ai vu que cela s’est professionnalisé, j’ai donc bossé comme rédacteur et après j’ai vraiment voulu me spécialiser dans l’eSport. À côté, j’ai fait une licence de maths et Epitech, maintenant j’ai 29 ans et je vis de ma passion.

Vincent : J’étais en Terminale et juste avant d’être champion du monde, je passais mon bac. J’ai enchaîné par la suite par un BTS que j’ai arrêté pour me consacrer entièrement à l’eSport. C’est devenu mon métier.

Tous les joueurs que vous côtoyez arrivent eux aussi à vivre des compétitions de eSport ?

Vincent : Sur FIFA, c’est compliqué de vivre uniquement via l’eSport. En France, il y a peut-être 3-4 joueurs qui vivent correctement grâce à cela. Après sur des jeux comme League of Legend (LOL) c’est différent. Tu gagnes beaucoup plus.

Romain : En France, il y a entre 50 et 100 joueurs sur tous les jeux réunis qui vivent grâce aux compets. Il y a aussi une bonne quinzaine de joueurs qui sont partis à l’étranger où les salaires sont plus élevés.

Quelle est justement la position de la France, par rapport à des pays comme la Corée du Sud où c’est une institution là-bas ?

Romain et Vincent (en même temps) : On est clairement en retard

Et d’un point de vue compétition pure ?

Vincent : Ça dépend des jeux, sur FIFA on est l’un des meilleurs pays au monde avec les anglais.

Romain : Sur LOL, les coréens sont clairement les numéros 1 même si on un peu plus de 5 français qui font partie des meilleures équipes européennes. Sur CS GO, on a deux teams qui sont au top niveau.

Quel est le quotidien d’un joueur pro de FIFA ? As-tu un programme d’entraînement spécifique ?

Vincent : Ça varie vraiment, mais déjà tous les week-ends on doit faire 40 matchs pour se qualifier. Cela prend environ 5 heures. Sinon la semaine, on essaye de faire 3-4 heures par jour. Après, il ne faut pas tout le temps jouer sinon tu satures.

Et toi Romain, quel est le rôle d’une manager dans l’univers de l’ eSport ?

Romain : L’une de mes principales missions est de faire monter les joueurs sur Paris pour les sessions d’entraînements d’avant compétitions. On leur impose un programme avec lever et coucher à heures fixes et séances vidéo. Mais mon rôle dépend des jeux. Sur ceux que je connais, je peux donner des conseils plus tactiques. Avec la team Melty, on concourait dans 7 jeux différents. On prenait alors des entraîneurs spécifiques pour chaque jeu.

Par ailleurs, il y a aussi toute une partie recrutement. Il faut tester les joueurs sur leur niveau, mais également sur leur personnalité pour savoir s’ils sont raccord avec l’esprit de l’équipe afin de donner une bonne image lors des tournois.

La Team Melty est malheureusement finie. Comment ça se passe pour vous deux depuis ?

Romain : On essaye de trouver une porte de sortie. Les joueurs veulent rester avec moi. On devrait signer un nouveau partenariat très prochainement.

Vincent : On est en contact avec pas mal de monde. Depuis l’arrivée des clubs de foot dans le milieu c’est beaucoup plus facile. On devrait d’ailleurs signer avec l’un d’entre eux. Il faut juste faire le bon choix.

Justement l’arrivée des clubs de foot dans l’eSport. Qu’est ce que ça change ?

Romain : C’est surtout au niveau de l’image. Pour les personnes qui ne connaissent pas l’eSport, ça leur permet de découvrir l’univers même si c’est que sur FIFA. C’est, je pense, le jeu le plus facile à comprendre pour quelqu’un qui n’est pas du milieu. League of Legend, il faut au moins une bonne journée pour assimiler les règles. Avoir sur nos maillots, les logos du PSG, de Monaco ou du Real ça renvoie une excellente image.

Mais au fond, quel est l’objectif de ces clubs de foot ? Un moyen de plus de se faire de l’argent ?

Romain : C’est un peu de tout. Maintenant, tu as énormément de médias comme Canal, L’Équipe qui parle de notre sport. Cela permet vraiment d’améliorer l’image de leur club.

Et sur une compétition, tu n’es pas obligé de jouer avec les joueurs et maillots du club pour lequel tu as signé ?

Vincent : Non du tout. En compétition officielle, on joue avec le mode Ultimate Team où tu dois créer ta propre équipe. Tu peux donc avoir Ronaldo et Messi dans la même équipe. Si demain, je signe pour Marseille, je devrais par contre joueur avec leur maillot.

Vous n’avez pas peur d’être happé par le monstre footballistique ?

Romain : Je ne pense pas. Tu regardes en Allemagne ou aux USA, ce système est en place depuis longtemps et cela se passe très bien. Ça va apporter un gros plus.

On en arrive à la question qui fâche. Est-ce que vous vous considérez tous les deux comme entraîneur ou sportif de haut-niveau ?

Romain : Franchement oui, tous les jours je dois être là pour eux. Il faut les soutenir, les aider dans leur équilibre de vie, etc. On avait un coach sportif pour la prépa physique et également un coach pour le mental. C’est un sport, c’est juste qu’il est différent des autres qu’on a l’habitude de voir.

Vincent : Il faut savoir que tu es en tournoi ça dure très longtemps. Cela peut commencer à 8 h du matin pour finir à 22 h. Tu sens vraiment la fatigue et le stress. C’est pour cela qu’on fait du sport à côté, car un match peut se jouer là-dessus. C’est un sport très intense, tu fais une erreur, t’es mort. C’est bien maintenant, les gens commencent à comprendre que c’est du haut-niveau.

Ce statut de sportif pro est-il le même que les footballeurs par exemple ou cela reste une profession précaire ?

Romain : Les choses sont en train de bouger avec la nouvelle loi mise en place par la Secrétaire d’État chargée au Numérique Axelle Lemaire. On aura un statut avec l’arrivée de ce CDD pour esportifs qui copie celui des sportifs pros. Ils vont pouvoir désormais signer des contrats reconductibles.

Après selon les jeux, la retraite arrive plus ou moins vite. Tu peux allé jusqu’à 30 ans sur FIFA, mais sur LOL à 25 ans t’es cramé. C’est des jeux où il faut être très vif et technique, tu le perds beaucoup avec l’âge.

C’est-à-dire qu’un gars de 16 ans peut sans problème battre un joueur qui a 24 ans ?

Romain : Oui, par exemple sur League of Legend on a eu un champion du monde coréen qui avait 17 ans. Vinche a été champion du monde FIFA à 16. Après cela dépend des jeux, sur Street Fighter, la plupart des compétiteurs ont entre 25 et 35 ans.

Il y a déjà eu des cas de triches dans le monde de l’eSport ?

Romain : Oui sur CS GO. Il y a eu aussi des cas de paris truqués en Corée du Sud sur Starcraft II avec des joueurs qui faisaient exprès de perdre. La fédé a d’ailleurs stoppé les compétitions sur ce jeu.

Et des cas de dopages ?

Romain : Oui, là aussi sur CS GO où tu avais des équipes qui étaient dopées. Maintenant c’est fini, les organisateurs ont mis en place des tests antidopage.

Pour vous deux c’est vraiment le sport du futur ?

Vincent : Honnêtement dans 10 ans, je pense qu’il y a des jeunes qui diront : « je veux être joueur pro de eSport ». Tu pourras gagner énormément d’argent dans ce domaine.

Enfin dernière question, ça vous arrive à jouer à des jeux solos comme The Witcher ou Skyrim ?

Vincent : Je ne joue jamais à des jeux de ce type. Je ne joue qu’à FIFA et toujours en ligne.

Romain : Pareil que des jeux online. Quand tu as goûté à l’eSport tu veux tout le temps te comparer à quelqu’un et jouer contre des vraies personnes. Tu as toujours quelque chose à apprendre en ligne que tu joues contre l’ordinateur.

Vincent : Moi cela fait deux ans que j’ai plus joué une seule fois en solo. Je ne prends plus de plaisir à jouer contre l’ordi. C’est impossible de l’anticiper même si tu le bats facilement.

Merci les gars et bonne chance pour la suite !

Retrouvez Romain et Vincent sur Twitter

Pierre-Andrea

Pierre-Andrea

Journaliste chez La Sueur
Ecrit sur la NHL, le surf, le running et la culture
Pierre-Andrea
Photo By: L'express / Compte twitter Romain Serra

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