Glass

À l’occasion de la sortie de Glass, suite d’Incassable et de Split, réalisé par M. Night Shyamalan, La Sueur s’est rendue à Londres, pour rencontrer le réalisateur américain, ainsi que les acteurs d’un des films les plus attendus de l’année.

Dans Glass, trois superhéros se retrouvent dans un hôpital psychiatrique au large de Philadelphie, dans lequel ils subissent un traitement psychologique dispensé par le docteur Ellie Staple, joué par Sarah Paulson, en charge d’analyser le comportement super-héroïque de l’incassable David Dunn (Bruce Willis), des multiples personnalités de Kevin Wendell Crumb (James McAvoy) et de l’homme aux os de verre Elijah Price (Samuel L. Jackson).

Enthousiaste, le réalisateur d’Incassable et de Split explique son attirance pour le surnaturel par l’ensemble de sa vie. De ses origines culturelles indiennes à son éducation catholique, à son quotidien dans le vieux Philadelphie « et ses histoires de fantômes ». Celui qui, né sans deuxième prénom, a choisi « Night » à l’âge de 18 ans pour le mystère, le danger et la beauté de la nuit ne savait pas qu’il réaliserait alors des films autour de la notion de peur, mais affirme aujourd’hui que son parcours a suivi sa vision initiale de réflexion sur la spiritualité.

Qu’il ait pu être récompensé, admiré ou critiqué, Shyamalan impose sa vision aux films qu’il réalise. Décrit comme « un réalisateur sérieux, strict » par Sarah Paulson, Shyamalan reconnaît lui-même qu’il n’y a pas de blagues sur le tournage », précisant l’importance pour tous les acteurs de bien connaître le script en récitant dans un rythme soutenu tous les prérequis d’une scène comme le réalisateur qu’il est. « Pas le temps de déconner », finit-il en rigolant. Shyamalan paraît complexe, impressionné par des détails infimes de l’environnement autour de lui (pendant qu’il fait trembler la table en observant l’eau du verre valser), met en perspective le personnage d’Hedwig, 9 ans, la personnalité infantile parmi toutes celles gravitant autour de Kevin Wendell Crumb, avec la vision du monde qu’il lui adopte, appuyant son propos en décrivant que les enfants apprécient mieux le monde que nous, achevant finalement sa pensée par un « World is Wow », ponctué d’un léger ricanement.

Ce qui ressort de Glass s’apparente à un subtil sentiment entre l’imaginaire et le réalisme. Shyamalan, qui avoue lui-même ne pas « savoir faire des films comme Avengers », n’abuse pas de pyrotechnie et apporte à son environnement un univers auquel le spectateur peut s’apparenter. Décor urbain dans des sombres rues de Philadelphie, relativement peu d’effets spéciaux sans non plus de destructions spectaculaires, le physique de « ses » superhéros, vulnérables sur des aspects semblables à tout un chacun, facilite l’identification à ces héros.

Shyamalan, qui par son rôle relie les différents opus de cette trilogie, explique son appétence pour l’actorat et ses récurrentes apparitions dans ses films par les inspirations de Spike Lee et Woody Allen, plutôt que d’Alfred Hitchcock.

Malgré sa période sombre, à partir de laquelle il a dû s’investir financièrement dans ses projets de film après les échecs de The Happening ou After Earth, Shyamalan a regagné la confiance de ses admirateurs et de ses producteurs grâce à The Visit et Split, auxquels l’incontournable Jason Blum a contribué films ayant engrangé consécutivement plusieurs centaines de millions au box-office avec un budget initial, pour ces deux films, inférieurs à 10 millions de dollars.

James McAvoy, rapidement rappelé pour jouer la bête après le conséquent succès de Split au box-office ayant entraîné quasiment automatiquement le tournage de Glass, confie avoir éprouvé quelques difficultés pour ce personnage étrange, où il faut flirter avec une démonstration presque exubérante d’émotions sans jamais surjouer son personnage. Si à l’écran, la performance physique de McAvoy impressionne, c’est que les mois précédents le tournage ont été rudes pour l’acteur écossais. 5 mois d’entrainement pour jouer la bête, McAvoy a cumulé les séances courtes et intenses pour pouvoir réussir à adopter un rythme de préparation avec peu de jours de repos. De toutes les vingt-trois personnalités dont il est l’interprète, McAvoy avoue se sentir le proche de Kevin, ou de Barry (peu présent dans Glass), avec qui Samuel L Jackson « voudrait bien traîner ».

Sur l’influence des superhéros, mise en perspective avec l’influence que peuvent avoir les acteurs, Jackson explique (avec une fausse modestie à peine dissimulée), que les gens ne portent certainement aucune importance à ses opinions politiques ou ses posts Instagram. Confronté à l’argument qu’un acteur est forcément une source d’inspiration pour les fans qu’il attire, l’acteur récemment labélisé comme le plus bankable d’Hollywood admet que son parcours, ses films, son caractère et sa personnalité peuvent certainement inspirer des vocations.

Sarah Paulson, témoin de l’excitation globale post-twist à la fin de Split, qui serait alors le deuxième épisode d’une trilogie, a confié ne « pas avoir hésité une seule seconde » après avoir reçu l’invitation de M. Night Shyamalan pour le rôle du docteur Ellie Staple. Le réalisateur américain explique qu’il voulait quelqu’un capable qui sans son esprit, serait capable de contenir les personnalités des superhéros joués par Willis, McAvoy et Jackson. Pour lui, l’actrice d’American Horror Story incarnait cela parfaitement. Paulson décrit son personnage comme quelqu’un d’extrêmement pragmatique, pleine d’empathie pour ses patients.

Paulson, qui ne regarde jamais ses propres films, a reçu avec étonnement l’attention bienveillante qui a suivi sa performance dans The People v. O.J. Simpson. Elle y raconte l’expérience passionnante qu’elle a vécue, préférant que le souvenir de ses films ne soit pas altéré par un visionnage à l’écran. Interrogée sur Time’s Up, mouvement féministe lancé à la suite des scandales révélés d’Harvey il y a un peu plus d’un an, et subséquent au #MeToo, Paulson affirme constater du changement dans le milieu du cinéma. « Ma présence ici devant vous est éloquente, j’ai 44 ans, le fait que je joue un rôle significatif sans être forcément une grande star parle pour moi. » L’évolution de sa carrière accentue son impression que les choses s’améliorent pour les femmes d’Hollywood, elle qui se voit proposer de plus en plus de rôles au fur et à mesure que sa carrière avance quand l’âge limite d’une femme actrice « n’est jamais très souvent au-delà de 35 ans ».

Dernier volet de cette trilogie, Glass ressort comme la signature finale que Shyamalan avait imaginé, d’un film encouragé par le succès de Split, qui se présente comme un synonyme d’un regain d’amour pour M. Night Shyamalan, qui semble, après un succès précoce et une carrière tumultueuse, avoir retrouvé une crédibilité cinématographique mondiale.

Glass, réalisé par M. Night Shyamalan. Avec Sarah Paulson, James McAvoy, Samuel L. Jackson, Bruce Willis. 2h09

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