Conor McGregor affronte Khabib Nurmagomedov en main-event de l’UFC 229. La ceinture lightweight de l’organisation est en jeu.

Ce week-end, à la T-Mobile Arena, dans la ville de Las Vegas, aura lieu la rencontre de MMA la plus anticipée de ces dernières années ; en effet, dans la nuit du 6 au 7 octobre, l’enfant chéri de l’UFC, Conor McGregor, tentera de ravir le titre des poids légers au redoutable champion Khabib Nurmagodov. L’ampleur de l’évènement est à peine concevable tant il dépasse les frontières encore étroites du MMA. C’est que les deux acteurs principaux de cette rencontre ont, chacun de leur manière, su transcender le cadre strictement sportif pour s’adresser à un plus large auditoire : Conor, par ses provocations, son style de flambeur, ses frasques, son talent et sa soif de réussite ; Khabib par sa modestie, son sérieux, sa discipline, son stoïcisme et sa détermination implacable. Conor par son striking incisif et percutant ; Khabib par son grappling suffocant et infatigable. Conor par sa démesure ; Khabib par sa modération. En un sens, tout oppose ces deux gentlemen ; de leur style de combat, à leur personnalité, en passant par leur fanbase. À bien y réfléchir, le seul point commun de ces deux individus est le talent qu’ils présentent dans la science du combat.

Dès lors, considérant de telles prémices, il n’est pas surprenant que ce combat fasse saliver le plus blasé des afficionados de sports de combat, ce qui inclut évidemment, votre humble serviteur. 

Ce qu’il y a de magnifique dans le MMA, c’est que son évolution demeure résolument imprévisible. Si on m’avait dit, il y a quelques années, que le titre UFC des légers serait disputé entre un striker au sol limité et un grappler au stand-up rudimentaire, j’aurais probablement ri aux éclats devant l’incongruité d’une telle prédiction. Pourtant, nous voici à la veille de ce qui s’annonce comme le plus grand combat de l’histoire de l’UFC et qui consiste, une nouvelle fois, en une déclinaison de la traditionnelle opposition « percussion contre préhension ». Toutefois, le sport a évolué, et nous sommes aujourd’hui bien éloignés des rencontres du type « Royce Gracie/Gerard Gordeau ou Bas Rutten/Kévin Randleman ». Ainsi, on aurait tort de réduire Conor ou Khabib à des spécialistes monomaniaques de leur maîtrise respective (la boxe pour l’un, la lutte pour l’autre). En effet, Conor et Khabib connaissent le jeu dans son ensemble et, de ce fait, ont appris à imposer leur domaine à leurs adversaires tout en réduisant au minimum les occurrences où ces derniers pouvaient exprimer le leur. C’est pour cette raison que la collision de ces deux forces est proprement enrichissante pour le sport et ce malgré un schéma d’opposition a priori déjà vu. 

Afin que chacun puisse apprécier à sa juste valeur cet affrontement homérique, La Sueur vous propose, en sus de podcasts déjà diffusés, le guide technique de chacun des acteurs intéressés. Il s’agira ainsi de présenter brièvement le style des deux fighters, en mettant en avant leurs forces et faiblesses respectives, puis, de détailler les gameplans que ces derniers devraient, à mon sens, déployer pour l’emporter. À l’issue de ces développements, je révélerai mon pronostic (m’exposant ainsi par avance à une magnifique série de « je te l’avais dit » en cas d’erreur de ma part, et ça, c’est cadeau). 

Ceci étant posé, penchons-nous sans plus attendre sur les spécificités techniques de ces deux combattants. Et pour ce faire, la convention exige que nous fassions honneur au champion.

Le style et la stratégie déployée par Khabib Nurmagomedov

La route de Khabib vers le titre des légers de l’UFC fut longue, difficile et pavée d’obstacles inattendus prenant la forme de multiples blessures pouvant chacune mettre un terme à la carrière d’un individu normal. Mais Khabib n’est pas un individu normal. Ainsi, non seulement ce dernier a réussi à récupérer de ses blessures, mais il est également parvenu à décrocher la ceinture UFC dans sa catégorie la plus compétitive, et ce, en conservant un record immaculé de 26 victoires pour aucune défaite. Lorsque l’on ajoute dans l’équation le fait que Khabib présente la particularité d’être à la fois russe et musulman, l’obtention par ce dernier d’un combat pour le titre au sein d’une organisation aussi business oriented que l’UFC relève quasiment du miracle. C’est là que réside en réalité la qualité principale du Dagestanais : sa détermination implacable dans l’achèvement de ses objectifs.

Cette capacité incroyable à imposer sa volonté correspond d’ailleurs particulièrement au style de combat qu’il emploie, dans ses forces comme ses faiblesses.

L’idée générale

Mesurant presque 1 mètre 80, coupant probablement beaucoup de poids pour respecter les limites de la catégorie (en témoigne ses deux pesées ratées), Khabib fait partie des figures les imposantes des légers actuels. Au service de ce physique appréciable, le Daghestanais peut s’enorgueillir d’un passé brillant de Samboïstes (2 fois champion du monde de Sambo), de lutteur freestyle (appartenant un temps à l’équipe nationale) et de judoka émérite. La combinaison de ses attributs physiques et de son bagage martial résolument tourné vers la préhension a fait de lui probablement le meilleur lutteur/grappler de l’UFC.

Plus précisément, Khabib appartient à la catégorie relativement réduite des « chain-wrestler » (lutteur en enchaînement) en ce qu’il ne travaille pas par explosions, mais plutôt par constructions ou combinaisons dans ses amenés au sol. En effet, le Daghestanais cherche avant tout à établir un point d’accrochage (que ce soit via un body lock lorsque ses bras entourent le corps de l’adversaire, via un high crouch grab lorsqu’ils enferment le haut de sa jambe, ou encore un via un neck and arm clinch lorsqu’ils saisissent à la fois son bras et sa nuque) à partir duquel il va développer plusieurs variations de projections qui vont s’articuler entre elles pour un maximum d’efficacité. L’adversaire, peu habitué à cette approche aura bien souvent deux ou trois coups de retard ; par exemple, pensant réagir efficacement au body lock du Russe, il concédera une de ses jambes (le single leg takedown étant généralement plus dur à accomplir que le double leg) et tentera de pivoter pour sortir de la préhension, ceci sera néanmoins anticipé par Khabib qui pourra à loisir crocheter la jambe de pivot ou simplement pousser son adversaire dans le sens de sa fuite l’amenant ainsi au sol :

https://www.youtube.com/watch?v=mV-y2z07bXg&frags=pl%2Cwn

Illustration de la transition Hich crouch grab à Single leg takedown avec crochetage extérieur du pied de pivot pour compléter l’amené au sol, à 1 minute 17. Notez que cette succession d’actions se déroule en moins de 2 secondes. Absolument ahurissant… Même transition avec cette fois-ci un crochetage intérieur, à 1 minute 43

L’approche de Khabib est donc sensiblement la même d’un combat à un autre : Debout il cherche à établir l’accrochage en attaquant et en avançant constamment, dans le clinch il développe son jeu d’amené au sol en enchainement, et, une fois au sol, il administre un ground and pound dynamique à son malheureux adversaire, le forçant à choisir entre (i) lutter pour améliorer sa position mais en se découvrant ou (ii) à se défendre efficacement mais en demeurant au sol.

Plus le match avance, plus ces aspects du jeu s’emboîtent efficacement : l’adversaire fatigué devient de plus en plus facile à accrocher, les séquences de lutte sapent petit à petit sa résistance physique tandis que les phases au sol démolissent progressivement sa force morale. En ce sens, Khabib n’est pas un finisher, mais un maître de la guerre d’usure. À ce titre, il peut tout à fait se contenter de dominer totalement son vis-à-vis jusqu’à la décision. L’emploi d’une soumission par ce dernier ne se faisant généralement qu’une fois son opposant totalement vidé de son énergie et de sa volonté de combattre, elle apparaît bien souvent comme un geste de clémence de la part du jeune Daghestanais.

Grâce à cette stratégie efficace, sous-tendue par des qualités à la fois physiques et techniques, Khabib a pu vaincre l’ensemble de ses adversaires sans avoir à concéder un seul round (Gleison Tibau a probablement un avis assez différent sur la question). Néanmoins, bien que cette façon de faire présente d’indéniables qualités, elle laisse également transparaître des défauts qui n’attendent que d’être exploités.

Les points forts de Khabib

Il serait possible d’écrire des dizaines de pages sur les qualités déployées par le jeune Russe dans la domination de ses adversaires. Je vais toutefois me concentrer sur les trois principaux atouts de son jeu : sa maîtrise des amenés au sol (1), son ground and pound dynamique (2) et ses qualités athlétiques (3).

La lutte en enchainement

Comme je l’ai précédemment évoqué, Khabib est un maître de la lutte dite par enchaînement. En ce sens, son approche se réalise étape par étape, et non par le truchement d’une unique technique de projection accomplie au bon moment. En cela il se distingue des lutteurs du type George St Pierre, Kévin Lee ou encore Chad Mendes (ces derniers fonctionnant par explosion) et s’approche plus du style mis en œuvre par un Ben Askren ou un John Fitch. L’idée est la suivante ; en tentant une première technique de projection, Khabib va forcer l’adversaire à réagir pour conserver son équilibre (1er maillon de la chaine). Ce dernier va donc déplacer l’ensemble de son poids de corps pour contrebalancer la force exercée par le Russe (2ème maillon de la chaîne). A ce moment, Khabib effectuera une transition vers une nouvelle technique de projection allant dans le sens de l’effort déployé par son opposant pour maintenir sa position debout (3ème maillon de la chaîne). Généralement l’emploi de deux techniques de projection sera suffisant pour compléter l’amené au sol, toutefois, en cas de résistance, Khabib sera également capable d’allonger l’enchainement pour atteindre son objectif. En réalité, tant que l’accrochage sera maintenu par le Russe, ce dernier pourra à loisir allonger sa chaîne de projection.

Au service de cette science, Khabib déploie une variété de techniques de projection absolument effarante : single leg, hip toss, double leg, inside and outside trip, etc. Son passé de judoka et de lutteur professionnel lui ayant conféré un large arsenal dans ce domaine.

https://www.youtube.com/watch?v=u8yWF_eBviw&frags=pl%2Cwn

Petit aperçu de la gamme de projections employées par The Eagle.

Disposant d’un savoir-faire inégalé dans ce domaine et d’une force physique redoutable, Khabib peut, une fois le contact établi, mettre au sol virtuellement n’importe qui. En effet, ce style de lutte étant rarement employé, la plupart des combattants actuels ne sont pas préparés pour y faire face : ces derniers régissent au coup par coup et rentrent ainsi, sans le vouloir, dans le jeu du daghestanais. Quant au malheureux bougre qui essaierai d’imposer sa propre lutte en réponse à cette stratégie, il ferait à tous les coups les frais du savoir de judoka du jeune russe :

https://www.youtube.com/watch?v=ER5hXm_ZOp8&frags=pl%2Cwn

À 16 minute 01, sublime « O Soto Gari » de Khabib sur le légendaire Rafael Dos Anjos en réponse à sa tentative de double leg takedown. Ce qui compte n’est pas la chute mais l’atterrissage 

Le ground and pound dynamique

Une fois au sol, Khabib ne se contente pas de gagner du temps en conservant une position dominante le plus longtemps possible (El famoso « lay and pray » employé par de nombreux combattants pour le plus grand déplaisir des fans), et ne cherche pas non plus à soumettre son adversaire le plus rapidement possible. Encore une fois, Khabib fonctionne par étape afin d’effectuer une destruction lente et méthodique de son adversaire. Ainsi, dans un premier temps, Khabib va circonvenir la garde de son adversaire et le placer dans une situation désavantageuse (le plus souvent en verrouillant un triangle autour des jambes de son vis-à-vis, ou en se plaçant en side control tout conservant le contrôle d’une des mains dudit opposant). Opérant de cette manière, le jeune champion, dans un second temps, place son adversaire devant un dilemme :

  • Soit il doit lutter afin de rétablir sa garde ou se relever, s’exposant ainsi aux attaques de Khabib (ses mains étant occupées au rétablissement d’une position plus sûre) ;
  • Soit il accepte de conserver cette position désavantageuse et cherche uniquement à se défendre, laissant ainsi le champ libre à Khabib pour améliorer encore plus sa position (lui permettant de verrouiller un crucifix ou une position montée) et tenter de terminer le combat (via une soumission ou un ground and pound).

https://www.youtube.com/watch?v=i9dnvMw4mno&frags=pl%2Cwn

À 5 minute 20, Khabib verrouille un triangle autour des jambes de Barboza, l’obligeant à utiliser ses deux mains pour rétablir sa garde. Pendant que le Brésilien lutte pour se libérer du triangle, il s’expose au ground and pound de Khabib. Lorsque que Barboza commence enfin à se protéger, Khabib change alors de position et passe en garde montée. Le tout en moins de 20 secondes. Magnifique….

Aucune issue de ce dilemme n’est évidemment profitable pour l’adversaire de Khabib en ce sens qu’il est obligé de déployer des efforts considérables pour se rétablir et qu’il reçoit dans l’entretemps un nombre considérable d’attaques.

Chacune des amenés au sol du Russe occasionne donc des dommages à son adversaire qui voit sa résistance morale s’amenuiser à mesure qu’augmente sa fatigue physique. La perspective de recevoir une telle punition sur 3 ou 5 rounds est tellement terrifiante que l’adversaire est parfois tenté de céder la soumission à Khabib dans le but de mettre fin à son calvaire.

Les qualités athlétiques

Enfin, toute cette stratégie ne serait évidemment pas envisageable si Khabib ne présentait pas l’endurance et la résistance physique nécessitées par un tel style. En ce sens, le champion russe n’a pour le moment présenté aucun problème de cardio ou de menton. Il a ainsi pu, sans ralentir le rythme, appliquer cette stratégie contre Al Iaquinta sur 5 rounds (si l’on omet le moment étrange où il a décidé de boxer uniquement pendant un round entier). De même, il n’a jamais été visiblement heurté ou blessé lors d’un combat.

Dès lors, on peut conclure, en dehors de toute preuve contraire, que Khabib est capable d’appliquer son style pendant la durée totale d’un combat sans avoir à se soucier de son coût physique. 

Les faiblesses de Khabib

Bien que n’ayant jamais officiellement connu la défaite, Khabib a néanmoins fait preuve de nombreux défauts pouvant être un jour exploités contre lui. Les plus évidents de ceux-ci étant son absence totale de compréhension de la science des déplacements (1) et le niveau assez médiocre de son striking (2). Par ailleurs, plusieurs inconnues pouvant éventuellement constituer des faiblesses demeurent le concernant (3).

Le manque de science dans les déplacements

À mon sens, le défaut le plus visible du jeune champion et son approche frontale, pour ne pas dire « élémentaire », de ses déplacements. En effet, pour Khabib, se déplacer vers son adversaire se résume le plus souvent à foncer en ligne droite sur lui afin de couvrir de la manière la plus rapide possible la distance le séparant de ce dernier.

https://www.youtube.com/watch?v=i9dnvMw4mno&frags=pl%2Cwn

De 8 minutes 50 à 9 minutes 20, Khabib suit littéralement Barboza en ligne droite sans chercher à l’enfermer dos à la cage par ses déplacements. On appréciera également le petit jogging le long de la cage à 9 minute 09 ; on se déplaçant légèrement sur sa droite tout en se positionnant face à la cage, Khabib aurait pu efficacement couper la fuite de Barboza ; il se contenta de lui courir après… 

Ce défaut apparent l’a amené quelquefois à rentrer tête la première dans la cage lorsque son adversaire prenait la peine d’effectuer un pivot/désaxage convenable (À 2 minute 53 de la précédente vidéo par exemple). Jusqu’à présent, la crainte qu’il inspire à ses adversaires a suffi à les empêcher d’exploiter cette faiblesse évidente, mais elle est néanmoins restée présente dans l’ensemble de ces combats.

De même, lorsqu’il est agressé, Khabib tend à reculer en ligne droite sans véritablement connaître sa position dans l’octogone. Ainsi, alors qu’il est considéré par certains comme l’un des meilleurs pressure fighters actuels, le jeune daghestanais s’est bien souvent retrouvé dos à la cage à l’insu de sa volonté :

https://www.youtube.com/watch?v=go8ZRa30uj0&frags=pl%2Cwn

À 2 minute 30, Khabib ne prend visiblement conscience de sa position que lorsque son derrière touche la grille de l’octogone.

Là encore, la peur d’être amené au sol a, pour le moment, découragé ses adversaires d’employer une stratégie agressive de pression visant à le harceler contre la cage. Néanmoins, l’emploi de feintes régulières, visant à désamorcer sa lutte en réaction, et d’un jab efficace pourrait constituer une solution au style à première vue insurmontable du daghestanais (voir pour cela la performance sublime de Rory McDonald contre Tyron Woodley).

Le striking rudimentaire

Bien qu’il ait accompli des progrès importants dans ce domaine, le champion russe ne fait toujours pas montre d’une aisance ou d’une fluidité de mouvement dans ses attaques debout lui permettant d’être considéré comme un striker compétent. Bien sûr, étant un athlète particulièrement doué, Khabib a appris à frapper efficacement et est aujourd’hui capable d’heurter ses adversaires en striking. Néanmoins, comme beaucoup de lutteurs ayant étudié l’art du combat debout sur le tard, il présente des défauts importants dus à un manque de compréhension des principes fondamentaux gouvernant ledit art.

Pour résumer, Khabib tend à frapper au coup par coup. Par ailleurs, lorsqu’il attaque en combinaison, il ne bénéficie pas des appuis nécessaires pour faire mal sur les 3ème ou 4ème coup de son enchaînement. En outre, concernant ses techniques de kicks, il éprouve visiblement des difficultés à pivoter sur sa jambe d’appui pour concentrer efficacement son poids de corps dans l’impact.

Au-delà de ces erreurs fondamentales, Khabib n’est pas un stratège du striking, et utilise le plus souvent ses techniques debout pour créer un accrochage (afin de dérouler sa lutte) ou seulement en soi, ne cherchant pas à créer une réaction chez l’adversaire à exploiter. En ce sens, il ne varie que très rarement les zones de frappe et n’effectue presque jamais de technique en contre.

Enfin, et c’est probablement le plus grave, la défense de striking qu’il déploie est des plus parcellaire. En ce sens, lorsqu’il se déplace, il conserve sa garde trop haute, exposant ainsi l’ensemble de son abdomen à des attaques en ligne moyenne, et, lorsqu’il attaque, il ne protège presque jamais son visage (ses mains ayant tendance à revenir au niveau de son torse et son menton n’étant pas couvert par ses épaules).

Encore une fois, la peur d’être accroché par l’aigle russe et le stress de vouloir à tout prix placer le « knockout punch » ont empêché l’ensemble de ses adversaires d’exploiter efficacement ces failles évidentes. L’emploi d’une boxe en volume et variant habilement les zones de frappes serait toutefois des plus efficaces contre le champion, considérant ces défauts évidents.

Les inconnues

Ayant présenté les deux défauts majeurs de Khabib, il est temps de s’aventurer sur un terrain beaucoup plus hypothétique, à savoir la propension du champion à surmonter une situation difficile.

N’ayant jamais été mis en danger lors de ses précédents combats, la propension de Khabib à faire preuve de courage au cœur de la tourmente demeure, encore aujourd’hui, totalement inconnu. Il n’est en effet pas possible de savoir comment le champion russe réagira fasse à la frustration ressentie contre un adversaire déployant un mouvement l’empêchant d’appliquer sa stratégie de « lutte en enchainement » ou face au chaos crée par un knock-down subi en début de combat.

Peut-être que Khabib trouvera en lui les ressources nécessaires pour s’adapter à ce type de situation, ou peut-être, au contraire, qu’il s’écroulera comme de nombreux champions invaincus se sont écroulés avant lui (petit coucou à Ronda Rousey, ça fait toujours plaisir).

Le style et la stratégie déployé par Conor McGregor

De manière assez ironique, Conor McGregor semble être l’opposée totale du champion russe, tant dans son parcours que dans son style de combattant. En effet, là où Khabib eût toutes les peines du monde à faire accepter l’idée qu’il puisse un jour être champion de l’UFC, Conor a très rapidement bénéficié de l’aide et de la promotion de l’organisation dans sa conquête du titre. Par ailleurs, là où Khabib est devenu le maître de la « mort par 1000 blessures » Conor a développé un style fondé sur l’idée de la « frappe parfaite ».

En ce sens, le style percutant de l’Irlandais a constitué une innovation majeure dans le monde du MMA. Néanmoins, et l’histoire l’a prouvé, il a été possible de trouver des parades efficaces à ce style.

L’idée générale 

Conor, mesurant près d’1 mètre 75, et déployant une garde de fausse-patte (pied droit en avant), est un innovateur du MMA. Apportant une solution à l’énigme posée par José Aldo, l’Irlandais a en effet permis le développement d’un nouveau style, celui de « l’escrimeur ».

Se fondant sur une excellente anglaise offensive et contre-offensive, des qualités athlétiques indéniables et une grande intelligence de l’octogone, Conor a pu vaincre des adversaires au style pourtant bien plus complet (Aldo, Mendes, Alvarez) avec une facilité déconcertante. Il a de plus contribué à rendre obsolète le modèle du « kickboxeur anti-grappler » qui prédominait dans les petites catégories de l’UFC grâce à son style « d’escrimeur ». Le jeu de McGregor peut en effet se résumer à un métissage habile du Karaté Shotokan (la garde, les coups de pieds et les déplacements) et de la boxe Anglaise (la quasi-totalité de l’arsenal offensif et contre offensif) dans une recherche de l’estocade rappelant celle d’un épéiste. En effet, Conor ne boxe pas en volume et ne sait pas particulièrement bien varier les niveaux d’attaques comme un pugiliste conventionnel, néanmoins, il sait comment se retrouver dans une position où il est capable d’administrer une ou deux percussions précises et fatales. Que ce soit offensivement en cadrant son adversaire avec ses high-kicks et ses front-kicks ou contre-offensivement en invitant son adversaire à se découvrir grâce à ses déplacements en in and out et ses coups de pieds lignes basses.

https://www.youtube.com/watch?v=WNZfMTOcfdM&frags=pl%2Cwn

Notez l’évolution progressive de Conor, passant d’un brawler habile à un boxeur-puncher efficace en l’espace de quelques années

Tout comme Khabib, Conor applique sensiblement la même stratégie d’un combat à l’autre : il cherche ainsi à mettre en place tous les éléments lui permettant d’administrer le contre parfait. En effet, toute la différence entre l’irlandais et le reste des counter-punchers peut être résumée en une maxime ; « un bon tacticien sait saisir les bonnes opportunités, un grand tacticien sait les créer ». En effet, là où la plupart des combattants vont chercher à tirer parti d’ouvertures lorsqu’elles se présenteront au fil du combat, Conor McGregor, par un savant jeu de set-up et de pièges, va les créer.

https://www.youtube.com/watch?v=2mAIafzG_5I&frags=pl%2Cwn

Conor pousse ici José Aldo à essayer de casser la distance en le provoquant avec un side-kick en ligne basse. Aldo répond en explosant sur une série de crochet. Conor sort de la distance d’Aldo et le mouche d’un contre du bras arrière. Difficile de faire mieux face à une telle légende…

C’est donc en trois temps que le « Notorious » opère son entreprise de destruction : création d’ouverture (grâce aux kicks notamment) ; recherche de collision (via les déplacements) ; estocade finale (le plus souvent avec sa gauche légendaire). Si l’adversaire parvient à s’échapper de cette valse létale, la patience et l’intelligence de l’irlandais lui permettront de répéter le patern en en variant ses composantes afin de toujours surprendre.

Grâce à cette stratégie, Conor a pu ravir le titre de l’UFC dans deux divisions. Néanmoins, et malgré ses avantages évidents, ce style a également pu montrer des limites importantes.

Les points forts de McGregor 

Là encore, il s’agira de se concentrer sur les principaux atouts de Conor et non d’établir le catalogue de tout ce qu’il sait faire dans l’octogone. Par ailleurs, comme j’ai déjà pu détailler le style de l’irlandais dans de précédents articles, je serais ici plus bref que dans la partie correspondante attribuée à Khabib (je vous renvoie vers les previews Conor MCG/ Nate Diaz 1 et 2 pour plus de détails).

Principalement, Conor déploie un style de striking peu conventionnel présentant un haut taux de succès par finish (1). Par ailleurs, il maîtrise habilement sa position dans l’octogone (2) et bénéficie de qualités athlétiques appréciables (3).

Le striking « d’escrimeur »

Le jeu debout de Conor peut se décrire comme le point de rencontre entre la boxe anglaise concernant les techniques en ligne haute et le karaté shotokan pour la posture, les coups de pieds et, d’une certaines manières les déplacements. En effet, l’irlandais boxe à partir d’une position très large (la jambe avant légèrement fléchie vers l’intérieur et la jambe arrière pratiquement tendue) qui n’est pas sans rappeler le zenkutsu dachi des karatékas ou encore la position de fente des escrimeurs. Se déplaçant presque exclusivement sur la pointe des pieds par de subtils déplacements en in and out ou par de discrets pas rapprochés, Conor apparaît la plupart du temps très légers sur ses appuis. Néanmoins, lorsqu’il délivre ses percussions de poings, ses pieds sont solidement ancrés au sol ce qui lui permet de pivoter efficacement ses hanches et de transférer ainsi l’ensemble de son poids de corps dans les impacts qu’il délivre. Immédiatement après avoir frappé, Conor reprend instantanément son mouvement imperceptible en avant-arrière. Ce mouvement constant complique pour ses adversaires l’appréciation de la distance les séparant réellement de lui et, de ce fait, les pousse à déclencher leurs techniques en ligne haute de trop loin. En s’engageant ainsi depuis une trop grande distance, lesdits adversaires se découvrent dangereusement, ce qu’il exploite le plus souvent par des contres meurtriers du bras arrière.

Lorsque ses opposants rechignent à engager les hostilités, Conor vient les chercher à distance grâce à de nombreuses techniques de jambes visant soit à encadrer leur fuite, soit à les pousser à l’attaque. Par exemple, contre Chad Mendes, Conor fit une utilisation extensive des front snap kicks (ou front kicks percutant avec le bol du pieds) afin de lui saper ses réserves d’énergie et également de le pousser à l’offensive. De même, contre Diego Brandao, le Notorious usa avec efficience des coups de pied retournés et des high kicks de la jambe arrière pour empêcher le brésilien de le contourner par la droite ou par la gauche.

Une fois la position de son adversaire déterminée (sur le reculoir ou sur l’offensive), l’irlandais peut dérouler son jeu en Anglaise pour mettre fin au combat, que ce soit par le biais de son légendaire contre du bras arrière, ou par l’utilisation de techniques un peu plus exotiques telles que les bolo punch.

https://www.youtube.com/watch?v=LlR7_Pvn-Ak&frags=pl%2Cwn

À 2 minutes 58, Conor termine le combat par une combinaison bolo punch – check hook. Une belle façon de terminer son premier combat à l’UFC.

La conscience de l’octogone et des distances

L’une des plus grandes qualités présentées par l’ex Champ-Champ, et sa compréhension naturelle des distances et de sa position dans l’octogone. Cette qualité est d’ailleurs la plus difficile à définir exactement puisqu’elle ne s’observe en générale que de manière négative : lorsqu’un combattant gère mal sa position dans l’octogone, cela est facile à remarquer puisqu’il se retrouve souvent dans une position compromettante sans le vouloir (Junior Dos Santos et Edson Barboza constituent à ce titre de bons exemples).

Conor de son côté, lorsqu’il ne présente pas de faillite dans son cardio, se retrouve très rarement dans une position compliquée, et, conserve presque toujours un espace suffisant pour reculer et contrer en cas d’attaques de son adversaire. Cette capacité semble néanmoins intimement liée à sa confiance et son énergie en ce qu’elle décroît à mesure que le match s’allonge. Lors de son deuxième combat avec Nate Diaz, Conor fut ainsi capable d’habilement gérer sa position dans l’octogone lors des deux premiers rounds. En revanche, dès que son énergie commença à s’amenuiser, il se retrouva de plus en plus souvent dos à la cage. On peut dès lors déduire que cette qualité est largement acquise/apprise et non naturelle en ce qu’elle n’est déployée par Conor que lorsqu’il est suffisamment en facilité pour y réfléchir.

Par ailleurs, Conor semble avoir développé par l’expérience une reconnaissance presque surhumaine des distances le séparant de ses adversaires : en témoigne ses esquives au rasoir et ses frappes d’une précision chirurgicale. Par conséquent, contre un adversaire conventionnel et ne sachant se déplacer constamment, Conor ne rate presque jamais ses attaques :

https://www.youtube.com/watch?v=LFHSB38-4to&frags=pl%2Cwn

L’ensemble de son combat contre le pourtant dangereux journeyman Ivan Buchinger témoigne de sa compréhension pratiquement infaillible des distances. À 3 minute 41, peut être l’un des plus beaux contres de l’histoire moderne du MMA.

Les qualités physiques

Bien que moins grand que Khabib, Conor dispose d’une plus grande allonge et coupe probablement presque autant de poids que son vis-à-vis. De plus, s’il apparaît moins fort et endurant que l’actuel champion, il semble bénéficier sur lui d’un avantage en termes de vitesse et d’explosivité non négligeable.

De manière générale, Conor présente un bon menton bien que celui-ci ait déjà pu être ébranlé dans son combat avec Diaz et Floyd Mayweather.

En conclusion, Conor dispose de qualités athlétiques taillées pour son style de combat (rapidité et explosivité), c’est-à-dire pour la guerre éclaire. En revanche, il est également certain que ces qualités ne peuvent lui permettre de soutenir une rencontre prolongée à un rythme soutenu.

Les faiblesses de McGregor 

Au-delà des faiblesses connues de tous (manque évident de cardio, techniques au sol plutôt limitées et lutte offensive quasiment inexistante), Conor présente également un défaut régulièrement sous-estimé par ses adversaires, à savoir sa défense de striking plutôt poreuse (1). Par ailleurs, une des spécificités de son style pourrait éventuellement constituer un désavantage majeur dans sa rencontre avec Khabib (2).

La défense parcellaire du Notorious

Le problème avec le style de Conor est qu’il a besoin de garder son champ de vision dégagé le plus souvent possible, et ce, sûrement afin d’apprécier précisément les distances le séparant de son adversaire. Par ailleurs, afin de conserver un jeu offensif des plus imprévisibles, le Notorious a tendance à garder les mains assez basses (les attaques venant d’en bas étant plus difficile à esquiver/bloquer que celle venant de la ligne haute). Par conséquent, l’irlandais expose très souvent le haut de son corps, que ce soit lors de ses déplacements ou durant ses attaques. Concrètement, l’unique ligne de défense de l’ex-champion est constituée par ses déplacements en in and out.

Comme son appréciation des distances est excellente et que ses déplacements sont efficaces en début de combat, peu d’adversaires ont osé exploiter ce défaut évident de défense, craignant sûrement d’être violemment contré. Néanmoins, à mesure que le combat s’allonge, les déplacements de l’Irlandais se font moins vifs, et, sa défense se dégrade en conséquence.

Ce défaut fut violemment exposé par Nate Diaz lors de ses deux rencontres avec le Notorious. En effet, après avoir enduré les premiers moments d’explosivité de Conor, le résidant de Stockton put quasiment le frapper à loisir (l’irlandais n’ayant plus que ses capacités d’encaissement et éventuellement de joggeur à opposer au californien pour survivre).

Illustration du point développé, notez comment Nate Diaz touche presque systématiquement avec ses jabs et ses crochets du bras avant. A partir de 3 minutes 30, la vitesse de Conor commence à diminuer et Nate commence à toucher également du bras arrière.

 Les déplacements en ligne de Conor

Ce qui n’est pas réellement une faiblesse du jeu de l’Irlandais en général pourrait toutefois constituer son arrêt de mort dans la perspective d’un affrontement avec Khabib.

Comme nous l’avons précédemment révélé, Khabib ne fait pas réellement dans la subtilité lorsqu’il s’agit de casser la distance contre ses adversaires, se contentant la plupart du temps de foncer en ligne droite. Le problème que Conor pourrait rencontrer est que, à la différence de combattants tels qu’Eddy Alvarez, TJ Dillashaw ou encore Dominick Cruz, il ne désaxe ou pivote que très rarement. En effet, comme nous l’avons précisé, Conor a tendance à boxer en ligne à la manière d’un escrimeur. Cette spécificité, lorsqu’elle est confrontée avec la propension du lutteur daghestanais à forcer son passage en ligne droite, augure de mauvaises choses pour l’ex-champion. En effet, dans l’hypothèse d’un échange debout au cours duquel Conor ne parviendrait pas à mettre KO Khabib sur son contre, ce dernier pourrait, par la seule force de son élan, se retrouver en position d’accrochage et ainsi développer son jeu de lutte meurtrier.

Il est néanmoins à prévoir que les coachs de la Team McGregor ait étudié cette question en prévision de la rencontre et ait travailler à adapter le footwork de l’irlandais en conséquent.

Les gameplans envisageables

Il est inconcevable que les deux acteurs de cette rencontre aient cherché à combler les failles évidentes de leur jeu afin d’être à la hauteur des forces de leur adversaire. Pour le dire autrement, il est improbable que Khabib cherche à surpasser Conor en striking et, inversement, que Conor désire surprendre Khabib en grappling.

La stratégie déployée par chacun de ces gentlemen consistera donc à imposer sa distance de combat tout en réduisant à peau de chagrin les occurrences où ils subiront celle de leur vis-à-vis.

Dès lors, c’est principalement la maîtrise du footwork (déplacements) qui devrait permettre à l’un ou l’autre de prendre l’avantage.

Pour Khabib 

Il s’agira principalement de casser la distance et d’enfermer Conor contre la cage. Si Conor s’entête dans ses déplacements en ligne, il sera alors aisé pour le Daghestanais de le cadrer. En ce sens, le seul fait d’avancer sur Conor tout en se protégeant le menton et en cherchant à lui saisir la jambe avant devrait permettre à Khabib de créer l’accrochage nécessaire au développement de sa lutte en enchaînement (en gardant à l’esprit que l’obtention d’un single leg est particulièrement facilité dans le cas d’une opposition garde orthodoxe VS garde en fausse-patte).

Néanmoins, dans le cas plus prévisible où Conor chercherait fréquemment à désaxer ou à pivoter afin d’éviter la charge en ligne droite de Khabib, il sera nécessaire pour ce dernier de développer une approche plus raffinée : il pourrait à ce titre s’inspirer de stratégies mises au point par de meilleurs octogone-cutters que lui.

À titre d’exemple Chris Weidman, lorsqu’il rencontra le légendaire Machida (qui n’était pas encore tout à fait décrépi à l’époque), usa d’une méthode rusée pour cadrer son adversaire pourtant réputé pour ses déplacements évasifs. Ainsi, afin de cutter l’octogone, Weidman utilisa principalement ce qui semblait être de maladroits coups pied circulaires. Le Dragon, de son côté, se contenta la plupart d’esquiver ces attaques relativement lentes en reculant. Toutefois, pour chaque middle-kick raté, Weidman avançait de deux pas dans l’octogone, si bien que, sans même en avoir conscience, le karatéka brésilien se retrouvait régulièrement dos à la cage. A chaque fois que Lyoto Machida comprenait de sa situation, Chris Weidmann déclenchait ses attaques en lutte : il était alors trop tard pour s’évader. Ceci n’est qu’un exemple, parmi un très grand nombre, de cadrage et d’enfermement réussi dans l’octogone dont le daghestanais peut s’inspirer (autre exemple de cadrage réussi : Rafael Dos Anjos contre Anthony Pettis).

De manière générale, Khabib devra veiller à ne pas se précipiter en ligne droite tout en attaquant des deux mains comme il a l’habitude de le faire. En effet, une telle approche l’exposerait sans aucun doute aux contres meurtriers de Conor.

Enfin, il sera également capital d’éviter de ne chercher qu’à lutter contre Conor. En effet, et ce afin d’accroître la confusion dans l’esprit de l’irlandais, il pourrait être efficace de l’attaquer exclusivement en striking sur de courtes séquences (de préférence quand ce dernier commencera à montrer des signes de fatigue).

Pour Conor 

Le plus important sera de jouer les matadors le plus efficacement possible en multipliant les pivots et autres désaxages. En effet, il s’agira de sortir de manière régulière de la ligne de charge de Khabib.

En évitant de la sorte la collision, Conor empêchera l’actuel champion d’établir son point d’accrochage et tuera ainsi dans l’œuf tout son jeu de lutte en enchaînement.

De plus, après chaque charge avortée de l’aigle Russe, Conor devra prendre soin de la punir avec une anglaise variant les zones de frappes. En ce sens, cibler l’abdomen du daghestanais pourrait se révéler être un choix judicieux, surtout dans la perspective d’un combat en 5 rounds.

Là encore, les exemples de stratégies évasives fondées sur le footwork en réaction à des lutteurs grappleurs redoutables sont nombreux ; les plus intéressants étant à mon sens constitués par les matchs Holly Holm VS Ronda Rousey et Jay Hieron VS Ben Askren.

De manière générale, Conor aura intérêt à déployer un mouvement constant et devra éviter de vouloir absolument terminer le combat sur un seul coup. Il existe en effet un monde entre le one-punch KO et la guerre d’attrition fondée sur une boxe en volume, la vertu se trouvant ici, comme souvent, au milieu. Ainsi, plutôt que de chercher la frappe parfaite contre Khabib (et ainsi de prendre le risque de finir en clinch en cas d’échec), il serait peut-être plus judicieux pour Conor de privilégier plusieurs frappes engageant moins son poids de corps, ceci dans l’optique de rester constamment mobile.

Enfin, Conor devra faire attention à n’utiliser ses techniques de jambes qu’en ligne haute (high kicks) ou très basse (oblique kick), ceci afin d’éviter de donner trop facilement à Khabib un single leg à partir duquel il pourrait dérouler sa lutte. Les crescent kicks ou font snap kicks de la jambe arrière seront en revanche les bienvenus à condition de les masquer par le truchement de feintes ou de set-ups. 

Le pronostic

Malgré tous ces développements, il est quasiment impossible de déterminer avec certitude ce qu’il se passera ce week-end. En effet, au-delà de la complexité technique de cette rencontre telle que détaillée ici, de nombreuses inconnues viennent en accroître le caractère aléatoire :

  • Quel sera le niveau exact de Conor après ces deux années passées sans combattre en MMA ?
  • Comment Khabib réagira en cas de difficulté réelle ?
  • Les deux combattants seront-ils affectés de la même manière par leur weight-cuting ?
  • Quel gameplan sera effectivement déployé par chacun des combattants ?

Est bien malin celui qui pourrait répondre avec exactitude à ces questions. Pour ma part, j’ai tendance à penser que les défauts de l’actuel champion sont plus importants que ceux présentés par le challenger. Dans cette perspective, et dans le cas où Conor reviendrait au niveau qu’il avait atteint il y a deux ans, j’estime que sa victoire est l’issue la plus probable de cette rencontre.

Conor McGregor l’emporte par KO au 2ème round.

Tags UFC

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  1. abdenbi taouil

    très très brillante analyse
    de l’expertise ciselée et fine
    qui permet même d’ouvrir une divergence sur le pronostic

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    • Regarder McGregor-Khabib EN DIRECT

      Regarder McGregor-Khabib EN DIRECT: etvstreaming.site/boxing/

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    • chipsandco

      Ah bah c’est raté pour le prono. Comme quoi les analyses « ciselées » et « fines »…MDR

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  2. Sven

    Excellent article, bien écrit et riche en enseignements.
    Cimer Polypolydoommmsoo.

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  3. Zek'

    Et bien merci, j’y connais pas grand chose mais cet article à vachement éclairé ma lanterne et je regarderais ce combat en comprenant un peu mieux ce qu’il se passe!

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  4. Lozh

    Excellente analyse bien documentée ! Chacun aura son avis sur ce match imprévisible mais merci d’éclaircir les choses avec cet article.

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  5. Tatalia

    Monsieur votre analyse est extraordinaire, bon je vous avoue je n’ai pas tout compris, néanmoins ça m’a vraiment donné envie d’en apprendre plus.
    Merci beaucoup

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  6. UFC 229 Khabib vs. McGregor – la pesée, les horaires et la carte

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  7. Byakuren

    Excellente analyse, pour ma part, je pense que les come back sont rarement réussis. Khabib est sur une serie impressionnante, avec une hygienne de vie impeccable. Connor en deux ans a fait enormement d’excés, et ça il va le payer si le combat dépasse 2 rounds.
    Je vois khabib gagner par soumission au 4eme round, avec un Connor en mode survie à partir du 3eme.

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  9. Byakuren

    .Je postule comme pronostiqueur chez « lasueur ».

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    • grrrrr

      Moi aussi ! lol

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