Interview Romain Mabille, Président du Collectif Ultras Paris – « Peu importe le sport, nous supporterons toujours le PSG »

Samedi 19 mai. Le PSG se rend à Caen pour le dernier match de la saison. C’est également le dernier déplacement des membres du Collectif Ultras Paris. À cette occasion, j’ai eu l’opportunité de partir à la rencontre de Romain Mabille, le Président du collectif ainsi que de quelques membres.

Entre bilan de l’année écoulée et l’avenir du CUP, nous avons passé en revue de nombreux sujets, le tout dans une ambiance posée et organisée.

La Sueur : Quel bilan retiens-tu de la saison du PSG d’un point de vue sportif ?
Romain Mabille : C’est un bilan positif pour le club. On repart avec 4 titres donc on ne va pas non plus jouer les enfants gâtés. Mais il faut être honnête, on est frustré du parcours du club en Ligue des Champions notamment lors du match contre Madrid. On aurait aimé aller plus loin forcément. On espère que ce sera le cas l’année prochaine.

Et de celle du CUP ?
On est très satisfait. C’était bien parti la première année, après tu as toujours des doutes pour l’année d’après. Tu as peur que cela s’effondre ou de rencontrer davantage de problèmes. Au final, nous avons bien tenu la barre et les membres ont répondu présents lors des déplacements. (ce jour, 3 bus pleins partirent pour Caen).

Il y a aussi les tifos. Nous en avons fait une dizaine. Autant de gros tifos sur une tribune comme celle-là, tu n’en as pas beaucoup en France surtout après seulement 2 ans d’existence ! Nous restons humbles, mais que ce soit sur le Son Goku ou sur les autres, oui clairement, nous sommes fiers de notre travail.

Vos tifos sont financés en interne ?
Tout à fait. On ne veut pas que le club finance quoi que ce soit. On veut être indépendant et en même temps cela nous fait plaisir de faire ça pour l’équipe. Pour le Son Goku, par exemple, tout est cousu à la main. Idem pour la peinture avec des bandes qu’il a fallu peindre par terre 30 cm par 30 cm. En tout, trois semaines de travail on nécessaire pour le réaliser pour un coût total de 6000 euros environ.

C’est la même chose pour l’organisation des déplacements ?
Fab (Capo au sein du CUP) : Non du tout. Pour les déplacements, chaque membre du collectif participe financièrement pour le transport. Après, selon la distance, le montant est plus ou moins élevé. Tous les déplacements s’organisent environ 1 mois avant. 

Dans l’ensemble, tu es satisfait du lien qui s’est créé entre vous et les joueurs ?
Le rapprochement entre le collectif et les joueurs continuent sur la même lancée que la saison passée. Nous n’avons pas été là pendant 7 ans. Un vide s’est créé, c’est évident, mais petit à petit chacun se remet à sa place et des affinités se tissent tant avec les joueurs qu’avec le personnel du club donc c’est positif tant pour nous que pour le PSG.

Récemment, il y a eu le cas « Meunier » qui a liké un tifo de l’OM. Après une rencontre avec vous, la situation s’est réglée, mais qu’as-tu pensé de la gestion du cas Neymar ? Est-ce que, d’après toi, il n’aurait pas manqué son rendez-vous avec les supporters ?
Avant toute chose, il faut comprendre que Neymar est tout de même un joueur à part dans l’effectif. Il a du monde pour gérer sa communication, il a son propre service de sécurité qu’il ne gère pas et avec ses différents contrats publicitaires, il ne peut pas faire ce qu’il veut non plus. Tout était bien parti pourtant avec son accueil au Parc des Princes ou même lors de ses premiers matchs au Parc.

Même au niveau du club il y a un manque de communication le concernant. Tout a débuté avec le « penalty gate » entre Cavani et Neymar. Si le club avait tranché aussitôt, il n’y aurait pas eu cette situation de flottement où tout le monde s’est fait un avis et au final cela a plus créé de la confusion qu’autre chose.

D’un autre côté, Neymar est ce qu’il est, mais il ne faut pas non plus qu’il manque de respect au public. J’ai le sentiment qu’en ce moment, tout le monde l’a pris en grippe pour pas grand-chose au final. Il y a bien eu cette histoire du poker, mais qu’il joue aux cartes ou fasse autre chose durant le match qu’est-ce que cela peut bien changer ? Personnellement, cela ne m’a pas choqué.

D’après ce que je sais, Neymar se sent bien à Paris et veut rester, même s’il a le sentiment que le public ne l’aime pas. Il y a une véritable incompréhension au final. J’ai proposé à lui et à ses proches de le rencontrer pour mettre les choses à plat, car si on ne crève pas l’abcès, les choses ne pourront pas évoluer.

On a fait la même chose avec Meunier. Nous n’avons pas la prétention de dire que nous représentons tous les supportes du PSG, mais en tant que supporters actifs et étant en lien avec le club, nous avons estimé qu’il était préférable de voir cela avec lui directement pour lui expliquer certaines choses et pour éviter que cela se transforme en guerre inutile. Que ce soit pour Neymar ou Meunier, le principal c’est qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes sur le terrain et que l’on gagne des titres.

Le CUP ne se focalise pas uniquement sur l’équipe de foot masculine du PSG. Vous supportez également l’équipe féminine ainsi que le PSG Handball. Finalement les Ultras c’est multisports ?
Nous avons été absents durant 7 ans. De fait, nous nous sommes penchés sur les autres équipes jouant sous la bannière du PSG. Aujourd’hui nous sommes revenus au Parc, mais c’est important pour nous de continuer d’être présents pour eux et de ne pas les oublier, car ils ont été là quand nous étions au plus mal et donc c’est important de les remercier à notre façon en les soutenant encore et toujours, c’est une forme de respect. Peu importe le sport, nous supporterons toujours le PSG.

Le CUP c’est aussi la solidarité avec l’organisation de maraudes, de distributions de repas ou autre. Comment est-ce que vous parvenez à organiser tout cela ?
Cela nous tient à cœur de tout organiser nous-mêmes. Via notre page Facebook nous demandons aux gens s’ils peuvent faire quelques dons de nourriture ou tout simplement aider. Nous organisons plusieurs opérations durant l’année comme des distributions de repas, des collectes de jouets pour les enfants malades, etc.

Nous, nous sommes supporters du PSG et nous aimons notre ville. Alors certes, nous n’allons pas changer le monde, mais si l’on peut aider des Parisiens qui ont des difficultés alors nous le faisons avec plaisir.

Des rumeurs circulent de plus en plus sur la présence d’un collectif en tribune Boulogne. La tribune Boulogne renaîtra un jour d’après toi ?
Je pense oui. Pas nécessairement sous le nom « Boulogne » comme avant, mais dans l’autre virage ce sera amené à renaître c’est sûr. Le club est favorable à cela et nous aussi. Après, je ne pense pas que les pouvoirs publics veulent revoir tout de suite un autre collectif. Ils ont déjà assez peur rien que pour des fumigènes ou autre alors pour le reste…

Mais je pense qu’à l’avenir nous y arriverons. S’ils remarquent qu’au fil des ans nos déplacements se déroulent bien et qu’il n’y a pas d’incident, ils seront davantage réceptifs. Nous, ce que nous voulons, c’est qu’il y est de l’ambiance et que le stade vibre.

La saison 2017/2018 se clôture ce soir. Vous préparez déjà des animations pour l’année prochaine ?
Nous avons plein d’idées. Les 7 ans sans stade nous ont permis de faire un stock de projets (rires).

Cette année vous avez rencontré quelques déboires sur certains déplacements ou même à domicile, tu as bon espoir que les pouvoirs publics seront un peu plus souples l’année prochaine ?
(Réfléchi) Bon espoir je ne sais pas. Tout se joue au niveau national entre la Ligue et la DLNH (Division Nationale de la Lutte contre le Hooliganisme). Certes le dialogue a débuté, mais cela met du temps. On voit que les pays limitrophes à la France sont nettement plus ouverts au dialogue et aux tables rondes.

Nous ne sommes pas un pays de football populaire. Dès que les pouvoirs publics ont la moindre crainte sur quelque chose, ils interdisent systématiquement. Quand tu vois qu’en Allemagne, ils parviennent à déplacer 15 000 personnes et que nous on nous interdit de nous déplacer à 300, tu te poses des questions.

Comment veux-tu que nous organisions des compétitions de niveau international si nous ne sommes même pas capables de gérer 300 personnes lors d’un déplacement ?

Si la Ligue, les supporters, les clubs et les pouvoirs publics prenaient leur responsabilité, nous pourrions nous déplacer tranquillement.

Seb (membre du collectif) : Pour rebondir sur les pouvoirs publics, après tout dépend du contexte politique en place dans les villes. Pour Saint-Etienne, par exemple, ils nous ont remis le même arrêté que l’année dernière (300 places) alors que tout s’était bien passé la première fois, mais comme l’OL avait reçu l’AS Saint-Etienne et qu’il y avait eu des débordements, ils ont joué la carte du principe de précaution. Il y a aussi des préfectures avec qui nous pouvons davantage communiquer et où les choses se passent très bien.

Photo By: La Sueur

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