Souleymane Cissokho toujours dans l’ombre de Tony Yoka ?

La Sueur a pu assister au round 3 de « La Conquête » à la Seine Musicale. Parmi les différents affrontements, ceux des deux boxeurs français les plus connus du grand public : Souleymane Cissokho et Tony Yoka.

Les deux petits protégés de Virgil Hunter sont tous deux sortis vainqueurs de cette soirée, leur permettant d’accroître un peu plus leur notoriété pour se forger petit à petit un nom à l’international. Mais lorsque l’on évoque Souleymane Cissokho, il est rare de ne pas penser à Tony Yoka puisque les deux ont fait partie de la team Solide des Jeux Olympiques. Nous allons donc tenter aujourd’hui de répondre à une question persistante : Souleymane Cissokho est-il dans l’ombre de Tony Yoka ?

Commençons par un petit portrait de nos deux jeunes boxeurs.

Cissokho :

Capitaine de la Team Solide lors des Jeux Olympiques de 2016, on aurait pu penser que la vedette de la boxe française, ça allait être lui. Malheureusement notre ami remportera une médaille de bronze, tandis que des boxeurs comme Yoka ou Oumiha iront chercher l’or ou l’argent olympique.

Mais rassurez-vous, car paradoxalement, ce sont souvent les boxeurs médaillés de bronze ou d’argent qui réussissent le mieux leur carrière professionnelle : Mayweather, Golovkin, Holyfield… La liste est longue ! De plus, la catégorie des welters et super-welters actuellement, c’est du lourd, là où les plus grands guerriers se font face. Avant on avait les poids lourds pour le spectacle, maintenant ce sont les welters et super-welters.

Cissokho passera pro le 21 janvier 2017 et montrera son talent lors de ses 4 combats : que des ko, en moins de deux rounds pour certains. À tel point que pour son dernier combat, le public souhaitait que Souleymane fasse durer le plaisir pour que les spectateurs prennent conscience de ses atouts comme de ses défauts. Chose promise, chose due : le combat ira jusqu’à la septième reprise. C’est grâce à ce combat professionnel que nous pouvons enfin estimer plus précisément le potentiel comme les limites du petit.

Tony Yoka :

Champion de France Cadet, champion de France junior, vice-champion de monde junior, champion de France amateur… La liste du palmarès de Tony est longue comme le bras. Lui aussi participera aux JO de 2016 avec la Team Solide et remportera le Graal, l’or olympique. C’est alors que Canal + sautera sur l’occasion de passer un contrat d’exclusivité avec le champion olympique pour ses combats professionnels : la nouvelle poule aux œufs d’or (après Brahim Asloum) était toute trouvée.

Yoka passera alors pro un peu plus tard que Cissokho et combattra trois fois : trois victoires, dont deux, par arrêt de l’arbitre. Le champion olympique surfera alors sur la vague du succès et se permettra même quelques dérapages : imitation des pas de Muhammad Ali en plein combat, refus d’écouter l’arbitre pour aller dans son coin… Un comportement très américain me direz-vous. Et c’est tout à fait cela puisque désormais c’est aux États-Unis que Yoka passe la plupart de son temps d’entraînement.

Une surmédiatisation à l’origine du problème :

En boxe, le nerf de la guerre, c’est l’argent et l’égo. C’est bien connu et Floyd Mayweather en est la preuve vivante. En effet puisque la boxe est un business il est impératif de savoir faire parler de soi pour accroître sa notoriété.

Et comment faire parler de soi ? Il y a deux moyens :

Tout d’abord, par la force des poings. C’est le moyen le plus conventionnel, le talent pur et simple. Gagner par ses propres moyens, ne rien devoir à personne, faire parler les années d’entraînement sur un ring. C’est l’essence même du noble art.

Même si cette méthode commence sérieusement à être distancée par la seconde, il est encore possible d’en trouver quelques fervents défenseurs : Golovkin, Crawford, Mikey Garcia… Pour ces boxeurs, pas question d’user de paroles extravagantes ou de tour de passe-passe pour gravir les échelons, le talent et le génie de ses guerriers est là pour ça. Mais comme je vous l’ai dit, cette méthode n’est plus vraiment au goût du jour puisque l’argent a pris de pas sur l’aspect sportif. Les boxeurs s’en retournent alors à la seconde méthode.

Cette autre technique représente le côté obscur de la boxe : le business

Pour faire parler de soi, rien de plus facile : lâcher des phrases-chocs, avoir un comportement sur le ring de starlette, et surtout, être bien entouré. Pour illustrer notre exemple, prenons par exemple Adrien Broner : tenues extravagantes, danse sur le ring, ancien petit protégé de Floyd Mayweather, une assurance sans faille, un égo surdimensionné… La représentation physique du nouvel aspect immatériel de la boxe : la démesure. Pour en revenir à notre article, pas besoin de réfléchir longtemps pour deviner qui de Cissokho ou de Yoka appartient à la seconde catégorie.

La notoriété de Yoka est là, une surmédiatisation et un comportement digne d’un boxeur américain : tout ce qu’il faut pour que le boxing game soit intéressé. Ce qui est malheureux, c’est que des boxeurs d’un réel talent comme Cissokho, Oubaali, Vitu, Soro perdent en visibilité à cause de leur comportement exemplaire, paradoxal non ?

Cissokho réellement dans l’ombre de Yoka ?

Eh bien malheureusement pour Tony Yoka, nous sommes en France et non aux États-Unis. Dans notre beau pays, c’est la méritocratie qui prime sur le business, du moins dans l’estime du grand public. Cissokho n’a donc aucune inquiétude à se faire. Avec un talent comme le sien et un entraîneur comme Virgil Hunter, sa notoriété viendra tôt ou tard.

De plus, un de ses plus grands atouts : son partenariat avec Under Armour.

Nous avons pu en discuter avec lui et même ce dernier l’avoue : Under Armour a ce flair pour repérer les nouveaux talents (Gervonta Davis, Anthony Joshua, Canelo…) et Cissokho est le seul boxeur français sponsorisé comme la grande firme américaine. Une visibilité positive pour le français : avec une aide comme celle d’Under Armour, il n’aura pas grand mal à rapidement être connue dans le Boxing Game.

Parlons maintenant du talent du petit

Fighter très équilibré, Souleymane sait faire pas mal de choses pour un boxeur n’ayant de 4 combats pro à son actif. En effet, son travail avec Virgil Hunter sur son jab commence à se faire sentir, il est plus précis et utilisée d’une manière bien plus appropriée.

La vision de Virgil Hunter se prête de plus parfaitement à la boxe de Souleymane. Pour l’entraîneur du français, la patience est le maître mot d’un combat. Il ne faut pas se précipiter, toujours rester à l’affut d’un contre, rentrer puis sortir rapidement. Pour se faire le jeu de jambe est primordial : il faut être relativement léger sur ses appuis et être constamment en mouvement.

Et c’est précisément ce que nous a démontré Cissokho lors de son dernier combat : parfois contreur grâce notamment avec son uppercut gauche, et parfois attaquant avec des combinaisons de 3 ou 4 coups pour ensuite reculer et revenir sur ses appuis afin de ne prendre aucun risque.

Cette boxe variée a tout pour plaire au grand public et c’est aussi pour cela que Cissokho est si apprécié des spectateurs : son comportement toujours souriant et respectueux, sa boxe équilibrée, et le choix de ses adversaires en font un personnage respecté de tous.

En effet, au contraire de Tony Yoka, Cissokho grandit d’affrontements en affrontements en prenant le soin de choisir des adversaires toujours plus forts et résistants.

Aux antipodes de Souleymane, Tony Yoka

Un style de boxe encore brouillon, mais surtout des adversaires très discutables. De plus ce dernier a manifesté son refus de demander un combat pour un potentiel titre de champion de France ou même Européen, préférant directement taper le titre mondial. Des décisions pas vraiment compréhensibles ayant pour résultat une constante chute de sa popularité, alors qu’au contraire celle de Cissokho ne fait qu’augmenter.

Mais fort heureusement notre champion olympique a fait un choix judicieux en allant faire ses prochains combats aux États-Unis. Ce dernier ne sera pas le main event de la soirée et les Américains ignorent tous de Tony, il ne sera donc la cible d’aucun préjugé. Cette expérience lui permettra sans doute de lui faire prendre conscience que le monde de la boxe est vaste, sans pitié et que son chemin vers le titre mondial sera semé d’embûches.

Nous pouvons donc affirmer que Cissokho a de beaux jours devant lui s’il continue avec la même philosophie qui le caractérise, et n’a pas à s’inquiéter de l’ombre que pourrait lui faire Tony Yoka puisque les chemins des deux boxeurs se sont séparés dès la fin des Jeux Olympiques pour en définitive être aux antipodes l’un de l’autre.

Mais un défi de taille l’attend puisque la catégorie des super-welters est actuellement une des plus disputées, avec des boxeurs comme Jermell Charlo, Erislandy Lara ou nos frenchy Michel Soro et Cedric Vitu ! Se faire une place parmi les plus grands ne sera donc pas chose aisée.

À l’inverse la catégorie des poids lourds est bien plus éteinte puisque peu de boxeurs s’y démarquent (Joshua, Wilder, Fury ?), ce qui laisse une opportunité à Tony Yoka de marquer l’histoire de la boxe française plus facilement que son comparse.

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