Dustin Poirier UFC

Comme tous ces enfants qui naissent avec trois jambes ou un quart de cerveau, la vie n’a pas fait de cadeau à Dustin Poirier. Du jour de sa naissance à aujourd’hui, veille du plus grand défi de sa carrière, le destin de Dustin fût une série d’obstacles à franchir sur l’interminable route de la reconnaissance.

Un prénom qui sent fort la poussière, les arrière-cours de maisons en kit et l’antenne radio pirate de Stranger Things. Un nom d’ascendance française, honorable refuge d’un fruit auquel personne ne veut ressembler et qui lui aurait à coup sûr valu quelques railleries s’il avait grandi à Niort ou à Lans-en-Vercors.  La Providence n’avait certainement pas décidé de placer ses pions sur ce pauvre garçon natif d’un coin sinistré du Mississippi et l’aurait volontiers laissé croupir le reste de sa vie dans un mauvais dîner de banlieue à servir des burgers congelés. Sauf que Dustin a décidé d’enfoncer lui-même la porte de sa prison, à grands coups de poings et de triangles à la jugulaire.

UFC Khabib Nurmagomedov Dustin Poirier

Voici donc la singulière histoire du Diamant, l’homme qui s’apprêtait à rentrer dans une cage en slip et affronter un aigle à mains nues.

« Il faut, pour comprendre l’homme d’aujourd’hui, voir l’enfant qu’il était hier », déclarais-je à l’aube de l’ambitieuse entreprise que fût la rédaction du présent reportage. Lorsque je me penchais sérieusement sur la question, il me fut d’abord adressé une vive mise en garde :
Êtes-vous déjà aller à Lafayette, mon garçon ?
Non, monsieur.
Eh bien, persévérez ainsi, mon garçon. Vous risqueriez fort d’y perdre le goût pour la vie du moment où vous y mettez le pied jusqu’à en sortir.

Par chance ou par mégarde, Dustin naquit donc dans la singulière ville de Lafayette, Louisiane « I am from Lousiana, motherf***!”, un petit coin de béton sans âme, où il demeura à l’abri des mauvais jeux de mots de ses camarades, qui ignoraient probablement tout de la vie et de l’œuvre du marquis qui donna son blaze à leur ville et des mauvaises affaires de Napoléon, notre gars sûr à nous de ce côté de l’Atlantique.

Ayant le poil frileux et la constitution craintive, je me tenais alors loin de cette cité morbide gangrénée de fans de Phil Collins et décidais de ne me fier qu’aux récits dénichés çà et là ainsi qu’à ma grande et fidèle imagination.

Dustin ne fut donc point enfant à subir les quolibets de ses congénères pour ces lourdes tares qui enfantent invariablement les tragédies du pestiféré et du bouc émissaire. Non, Dustin fut un enfant moyen, banal, neutre, invisible, effacé. Aussi normal que possible, en somme, du moins d’après les standards locaux. Ni grand, ni petit, ni laid, ni vraiment beau, ni chétif, ni gros, ni drôle, ni ennuyeux. Ni skate-board ni survêt Sergio Tacchini. Loin d’être stupide, ce n’était pas une lumière pour autant. Assis sur sa chaise, nul doute que le discret Dustin ne transpirait pas la confiance lorsqu’on l’invitait à craquer une intégrale de Riemann au tableau. À l’évidence, la poire de Dustin ne devait pas beaucoup revenir à son professeur de mathématiques.

« Donnez-moi à voir le cœur du fighter et la faconde du Diamond »

Sans doute, la touchante fragilité qu’il affiche encore aujourd’hui dans l’expression -de l’esprit et du corps- prit-elle sa source dans ces traumatismes de salle de cours. Car il faut bien le dire : qu’il se trouve devant un parterre de journalistes ou un guichetier d’autoroute, Dustin semble toujours prêt à se noyer dans un verre d’eau plein de ses propres larmes. Dès que les projecteurs se braquent sur lui, les joues rougissent, le menton tremble et la voix déraille plus vite que les trains de Francisco Garzon. « Leave me alone, bit** ». Dustin, l’introverti, fuit les regards dès qu’il le peut et court se mettre à l’ombre dès qu’un soleil vient frapper son visage.

Sûrement puisa-t-il aussi au fond de cet épiderme chatouilleux la rage nécessaire pour aller en distribuer quelques-unes – de poires – au punching-ball de son gymnase de quartier. Petit à petit, il s’y révéla discipliné, doué, assidu, attentif, déterminé, fort puis carrément dangereux, alignant tour à tour tous les vaillants partenaires de danse qui osaient croiser les MMA gloves avec lui. « Il a de la foudre dans les mains, et du courage dans le cœur. C’est tout ce qu’il faut pour faire un champion à la sauce Dallas » déclara un jour son coach, le sage Mike Brown.

Savez-vous pourquoi Dustin a choisi « The Diamond » pour surnom ? Non ?
Et bien je l’ignore également, mais voici mon hypothèse :

Ainsi, la lumière qu’il ne prenait jamais dans la vie s’accrocha solidement à ses épaules chaque fois qu’il pénétra dans la cage. Dustin, docile jeune homme du fond de la Louisianne, devint le « Diamant », brillant joyau inaltérable. Sa cape d’invincibilité à lui, le protégeant du monde extérieur.

« I am gonna be a world champion” répétait-il le soir dans son lit tout tremblant à l’idée d’enfiler un jour cette ceinture qui jurerait certainement un peu avec sa ravissante chemisette rose et fleurie. Qu’importe, il décida qu’il vivrait pour être le meilleur combattant possible. Quelle heureuse et inspirante résolution ! Comme tant d’autres avant lui, il entama alors une questionnable mue, transformant bras et buste en œuvre d’art de tatoueur junkie, rasant tous les cheveux blonds d’un visage trop gentil à son goût, pour devenir l’archétype du médiocre skinhead qui inspire la pitié là où il désirait inspirer la crainte.

« Montrez-moi un homme qui réussit et donnez-moi sa femme » Sage proverbe Texan.

La détermination sans limites de Dustin eut raison des dernières résistances de la jeune, blonde, plantureuse, américaine, astucieusement prénommée « Jolie ». Jolie Poirier, sa fidèle compagne qui, suivant un modèle plusieurs fois séculaire, sacrifia toute ambition personnelle pour servir celles de Dustin.

Qu’on juge cette dévotion triste ou sublime, elle est, à n’en point douter, la principale architecte de l’ascension du combattant. Dustin et Jolie forment un couple, et désormais une famille, si incroyablement soudée qu’elle offre à Dustin tout le loisir de s’épanouir dans l’octogone.

Dustin Poirier UFC celebration

« Call me Sisyphe, Dana ! »

Le combattant au talent indéniable ne tarda pas à se faire une petite réputation de terreur entre Austin et Bâton-Rouge et cela lui ouvrit bientôt, avec un CV presque immaculé de 5 K.O et 3 armbar pour une défaite aux points, les portes du Nirvana. Dana White, le grand Bouddha de la place, lui offrit donc de combattre au fond du jardin de sa villa à Las Vegas et Dustin ne tarda pas à tapisser les octogones de l’UFC du sang de ses adversaires.

Rien ne semblait pouvoir arrêter ce jeune prospect aux dents longues. Mais très vite, le jeune premier dût se rendre à l’évidence : il serait condamné à rouler son diamant en haut de la montagne tous les trois ou quatre combats. Zombie, Conor, Johnson ont tour à tour appuyé sur le bouton « start again » de la tête du Poirier.  Dès lors, plus personne ne prête attention à cet avorton incapable de générer un quelconque enthousiasme parmi la foule.
« Dieu me punit-il donc pour mon offensant style de Hillbilly dégénéré ? » se dit-il en son for intérieur.

Et soudain, la résurrection. Dustin laisse enfin ses cheveux blonds refleurir sur sa tête, troque ses mauvais débardeurs Headrush pour de délicates chemises bigarrées et se remet à éclater du petit bois sur le crâne des anciennes et futures gloires de la catégorie Lightweight. Eddie Alvarez, Pettis, Gaethje, Holloway. Une bien belle brochette d’assassins, presque tous dégustés avant la limite. La ceinture intérimaire est sur ses épaules, la dernière marche est enfin en vue. Il faut, si vous en ignorez la teneur, aller voir les larmes et la rage qui éruptèrent du diamant ce soir-là car c’est un instant de pure grâce. De mémoire courte d’observateur, jamais il ne fut donné à voir plus belle et plus émouvante démonstration de joie.

Ce soir-là, pendant un fugitif instant, il a semblé que le monde était tombé amoureux de Dustin Poirier. Et puis le monde a oublié, lorsque Dustin est retourné dans la pénombre et a recommencé à bafouiller.

« Le monde va trembler Samedi ». C’est toi qui trembles, Dustin, nous le savons tous, et c’est cela qui te rend si beau, champion.

« Je ne suis pas Game of Thrones, trop compliqué. Je suis plutôt Breaking Bad » répondit-il un jour à un journaliste peu enclin à parler bagarre. Sûr que le Diamant prie pour que la Crystal Meth soit la Kryptonite de Super Khabib samedi soir…

5 Commentaires

  1. D’habitude j’adore vos articles un peu ironique mais là ça frôle l’irrespect, c’est dommage, la carrière de Poirier est vraiment intéressante, en totale opposition avec celle de Nurmagomedov, ce qui aurait pu donner lieu à une très bonne analyse

  2. Pas du tout d’accord avec toi « Un mec lambda »… Au contraire le monde des arts martiaux est tellement premier degré, je trouve que ça fait du bien d’avoir un article marrant et irrévérencieux ! Arrêtons de nous prendre tellement au sérieux ! Ça n’enlève rien au respect que force les combattants que de les vanner de temps en temps… Bravo à l’auteur de l’article, beau style !

    • Le combat c’est sérieux, les sacrifices c’est sérieux, les blessures, la sueur, les régimes c’est sérieux. La vie c’est sérieux (peut-être pas pour tout le monde). Perso, je n’aime pas ce genre d’articles trop romancés, j’aime aller à l’essentiel et venir chercher des infos rapidement.

  3. Magnifico.
    Mamma mia, che maestro !
    Mai un articolo mi ha trasportato tanto quanto questo. Mi sono visto nel Mississippi, affrontare Lafayette, sento ancora la polvere sulla mia lingua… Passiamo attraverso tutte le emozioni : la pena, la pietà, la gioia, l’orgoglio, la felicità… C’è solo un altro testo che mi ha regalato un’emozione altrettanto intensa : quello di « Sérieux », che mi ha riempito di tristezza. La vita non è seria fratello, la vita è un arcobaleno. Come diceva nonno mio, se hai torto, sta zitto !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here