What’s next – Francis Ngannou ou les vases communicants

Après la performance de Francis Ngannou contre Derrick Lewis à l’UFC 226, on s’interroge sur la suite. What’s next pour le Predator ?

Samedi dernier, Francis Ngannou (1er de la catégorie poids lourds) affrontait Derrick Lewis, classé cinquième. Alors que le Franco-Camerounais était attendu au tournant après sa bataille contre Stipe Miocic pour la ceinture lors de l’UFC 220, nous avons eu le droit à un “non-show”, une véritable farce sportive. Pendant 15 minutes les deux adversaires se sont regardés dans le blanc des yeux. Herb Dean, l’arbitre du combat, dut même intervenir pour remettre d’équerre ce joli petit monde.

Mais rien n’y a fait. Excepté Lewis qui fut plus entreprenant (quelques kicks et jabs), le reste fut horrible. Au terme d’un combat inexistant, Derrick Lewis ressort vainqueur sous les huées du public. Joe Rogan, aux commentaires, l’avoua lui-même “Ce fut le combat le plus ignoble que j’ai pu voir”. Lors de la conférence de presse, Dana White en a remis une couche en parlant de l’ego surdimensionné de Ngannou et d’un combat horrible.

Depuis que je suis le MMA, c’est bien la première fois que je vois un combat aussi vide, des commentateurs et même Dana White en qualifier un de mauvais, et envoyant des réflexions directement et ouvertement au combattant. Après un title fight manqué et un retour plus qu’à demi-teinte, What’s next pour Francis Ngannou ?

Un cas d’école 

Jouons l’avocat du Diable. Francis Ngannou a démarré de zéro. Je ne vais pas revenir sur son histoire personnelle, les Américains racontent cela mieux que moi le tout avec une petite pincée hollywoodienne. Force est de constater que Ngannou avait une autoroute en face de lui. La catégorie Heavyweight n’était pas très fournie et mise à part quelques têtes d’affiche, avec un bon gameplan et un bon training camp les portes allaient s’ouvrir comme par enchantement.

Le début de l’histoire se déroula comme du papier à musique. Des KO éclairs, un public en liesse, rien de mieux pour attirer l’œil de Dana White. Sa carrière est la métaphore même des vases communicants. Plus la hype montait, plus les KO s’enchaînaient au point d’atteindre des sommets que des combattants cherchent encore à atteindre aujourd’hui.

Un niveau qui monte crescendo et un nouveau KO sur Overeem auront fini de sceller le destin de Ngannou. Désormais, il sera embarqué dans la machine UFC où le marketing coule à flots et où la tête froide est de rigueur pour garder les pieds sur terre.

Forcément et c’est humain, les sollicitations médiatiques et autres vous mettent à un niveau que vous n’aurez jamais pensé atteindre qui plus est lorsque vous venez de nulle part. L’UFC vous met à disposition un panel d’outils pour vous créer une notoriété. À vous de l’entretenir tout en restant sur Terre. Mécanisme diabolique.

Lors de la conférence de presse, Dana White parle de l’ego de Francis dans des termes, je cite : “démesuré”. L’UFC n’a pas bien digéré son séjour en France juste avant de combattre pour la ceinture. J’avais justement abordé cela avec lui et avec Fernand Lopez lors d’une interview. Pour eux, il n’y avait aucun problème d’ajustement. Visiblement, l’UFC ne pensait pas la même chose… Son combat face à Stipe Miocic avait déjà fait couler de l’encre. Nous avions appris que Francis n’avait pas suivi le gameplan initialement prévu avec le résultat que nous connaissons aujourd’hui.

Après une forme de rédemption (usage classique de communication), nous avions la foi. Très sincèrement, des explications s’imposent. Comment peut-on prétendre être le contender numéro 1 et offrir une prestation pareille ? Excès de confiance ? Manque d’envie ? Une chose est certaine, il se trame quelque chose en arrière-boutique et cela ne sent pas bon du tout. Je me souviens encore de l’éviction de Taylor Lapilus qui avait été remercié de l’UFC malgré ses bonnes performances. Avec deux combats moyens, des critiques fusant de partout, le prochain combat de Ngannou sonnera comme le glas.

À moins que l’UFC décide de couper court à son contrat ce qui serait un sacré coup de massue. Dernière Breaking News, hier Francis présentait ses excuses pour sa performance. Le combat contre Stipe le suivrait comme une ombre et par peur de faillir, aurait joué la carte de l’attente. Stratégie fort peu payante. À noter le soutien de Jon Jones qui a répondu dans les commentaires.

Un training camp à revoir ?

Avec sa performance décevante, la question du training camp va nécessairement se poser à moment ou à un autre. Fernand Lopez est le head coach de Francis et ce depuis le début de l’aventure. Mais comment être proche de son poulain alors que nous sommes à des milliers de kilomètres de là ? Techniquement, on ne peut pas être présent uniquement lorsqu’il y a des combats. C’est jouable, mais mentalement cela est plus complexe.

De plus, avec la “pique” de Dana White sur le fameux séjour à Paris de Francis, je ne mettrais pas ma main à couper (ou presque) sur un éventuel remaniement de son entourage si Francis souhaite rester au sein de l’UFC.

De manière étrange, je ne vois pas Francis ailleurs qu’à l’UFC. Vu sa dernière performance, le Bellator ne risque pas de poser une option dessus ni une autre organisation d’ailleurs. Il ne faut pas oublier que le Bellator est un peu l’arrière-boutique de l’UFC, mais ils essaient quand même de se forger une vitrine de qualité avec des anciens champions ou des têtes d’affiche qui font vendre. Hélas pour Francis, il n’est pas encore possible de faire vendre un main-event de PPV rien qu’en vantant son prochain combat.

D’un autre côté, les relations avec l’UFC semblent se tendre et une sacrée remise en question dans le camp de Ngannou est plus que nécessaire. Francis, c’est l’histoire du self-made man, l’archétype même de l’homme qui a bravé vents et marées pour arriver là où il en est. Ne reste plus qu’à espérer que l’histoire ne se termine pas sur une fausse note.

Photo By: Fox Sports

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