Interview Cédric Doumbé – « J’ai fermé la division »

À un peu plus d’une semaine de son combat contre Yohan Lidon au Glory 47 à Lyon, Cédric Doumbé a répondu à nos questions (merci à Polydamas pour l’aide précieuse).

À 25 ans, Cédric Doumbé est l’un des plus féroces combattants du Glory. Au sein de la plus prestigieuse organisation de kickboxing au monde, le français a touché le Graal. Ainsi, DoumCed fut champion welterweight de l’organisation jusqu’à sa défaite controversée contre Murthel Groenhart. Avant cela, il avait notamment récupéré la ceinture des pieds-poings de Nieky Holzken. À ce jour, Doumbé est d’ailleurs le seul à avoir fait chuter Holzken au Glory.

Hello Cédric, pour commencer, comment se déroule ta préparation en amont de ta rencontre avec Yohan Lidon ?

Ça s’est bien passé. Elle est terminée à présent puisqu’ on est à une semaine avant le combat. Là je vais récupérer, perdre du poids. Il n’y a pas eu de préparation spéciale.

Au niveau de l’entraînement, à quoi ressemble une journée type pour toi ?

Le matin ça va plutôt être cardio. Aussi bien de la course que du fractionné sur piste. On ne va pas trop toucher les gants le matin. Ça va plutôt être de la condition physique. Le soir, ça va être boxe : tactique et technique. On a aussi beaucoup de renforcement musculaire et des étirements. Tout cela afin de préparer au mieux l’entraînement du lendemain.

Tu rencontres ce que l’on peut appeler un vétéran du kickboxing en la personne de Yohan, peux-tu nous dire, sans trahir ta stratégie si tu as préparé des choses en particulier contre lui ?

Pas spécialement, c’est un boxeur lambda. Il n’est pas exceptionnel, il a un style pauvre. Il a très peu de chance de trouver la solution face à moi. Je compte adopter mon style habituel : bouger, agresser et essayer de le mettre dans le rouge. Il a un style avec une technique limitée donc ça ne va pas être très difficile comme combat.

C’est un adversaire que tu connais bien, puisque tu l’as déjà affronté en 2014, peux-tu nous dire ce que tu en penses ?

Oui c’était en 2014, déjà à Lyon. C’était en finale d’un tournoi. C’était mes débuts en kickboxing, je faisais la transition avec le full-contact. J’étais jeune et ça avait été très serré. Je me suis incliné, mais je pense que c’était parce que j’étais à Lyon. Depuis j’ai beaucoup évolué, ma boxe a changé. J’ai remporté la ceinture du Glory à plusieurs reprises. Ce qu’aucun français n’a fait jusqu’à présent. J’ai prouvé que j’étais le meilleur au monde. Je ne suis plus tout dans la même catégorie que Yohan Lidon. Je suis très optimiste, car je sais que mon style est supérieur au sien. Aujourd’hui, on n’a plus rien à voir.

Pour revenir sur ton dernier combat, l’issue ayant été controversée, as-tu une idée de ce qui a fait pencher les juges en faveur de Murthel Groenhart ?

Je pense que c’est une erreur des juges. Le combat est clair. Ce n’est pas mon meilleur combat, car j’avais un adversaire très sale. Pour faire un beaucoup combat, il faut être deux. Comme le montrent les statistiques, j’étais largement au-dessus aux points. Sur un combat comme ça, il est inadmissible et hors de question d’enlever la ceinture à un champion. Pour devenir champion, il faut battre le champion nettement. C’est une erreur de juge, l’erreur est humaine. C’est à moi de récupérer ma ceinture pour laver l’affront.

En cas de victoire contre Lidon voudrais-tu directement faire la belle avec Murthel Groenhart ou préférerais-tu faire face à quelqu’un d’autre?

Comme tout le monde l’a vu, la décision a causé une grande polémique. Le combat je ne l’ai pas perdu. C’est une grosse erreur des juges et de l’organisation. C’est mon avis, similaire à celui de l’opinion publique. Je suis un combattant, j’essaye de faire abstraction de tout ce qu’il y a autour. Mais je compte bien récupérer ma ceinture. Après Lidon, l’objectif est d’aller chercher Groenhart directement. Je pense que c’est ce que le Glory veut et ce que le public veut.

Quelle est ton impression sur le niveau actuel de la division welterweight au Glory ?

Je pense que c’est ça qui a trompé les juges. Le fait que j’arrive et que je prenne la ceinture à Nieky Holzken, implanté depuis 6 années… Il était invaincu dans l’organisation. Il n’a que deux défaites, contre moi. J’ai fermé la division. J’ai battu Nieky deux fois, j’ai battu Murthel, j’ai battu Kongolo. Les meilleurs de la catégorie ont été battus par moi. Personne d’autre ne peut espérer chercher la ceinture. C’est ça qui a troublé la vision des juges. Le combat étant sale, ils ont opté pour Murthel. Ils avaient peut-être soif de changement… Je suis confiant. Je sais que je vais récupérer cette ceinture très vite après Yohan Lidon. Je ferai le travail nécessaire pour éviter de laisser la décision aux juges. Je dois être le seul juge en battant l’adversaire par KO, la seule décision indiscutable.

Y a-t-il d’autres adversaires hors de l’organisation auquel tu aimerais te mesurer ?

Il y a un adversaire potentiel que j’aime beaucoup, dont le style me plaît. Il s’appelle Artur Kyshenko. Il vit aujourd’hui en Espagne et boxe en Chine. Il est dans ma catégorie, mais n’est pas au Glory. J’estime que pour être champion du monde, il faut battre tous les meilleurs. Ce serait un petit regret si je ne le boxe pas.

D’un point de vue stylistique, tu es un des rares kickboxer a porter une emphase particulière sur le footwork (ce qui, à mon sens t’a permis de belles victoires sur Nieky et Murthel), est-ce que c’est quelque chose que tu as particulièrement travaillé ? Ou est-ce que c’est naturel chez toi?

J’ai adopté ce style dès mes débuts en boxe. C’est un style que j’ai apprivoisé, qui me plaît. Je ne me suis pas posé la question. Je n’ai pas appris, c’est presque inné. Il n’y a pas de réflexion ni de travail sur ça. Au contraire, je travaille pour adopter un autre style, celui de Mike Tyson. Je veux faire le rouleau compresseur. J’ai les atouts pour. J’ai la carrure, j’ai le physique. On travaille là-dessus pour que je puisse troubler mes adversaires à chaque round.

Interview Cédric Doumbé - "J’ai fermé la division"

De même, ton anglaise semble supérieure à celle de tes adversaires, t’entraînes-tu spécifiquement sur cet aspect (un peu comme le faisait Masato) ?

Quand j’ai commencé les sports de combat, mon Anglaise était plus développée que mon jeu de jambes. Ça a toujours été mon point fort. Je travaille pour l’améliorer. Je dirai que c’est un don du ciel.

Avec ton Anglaise, ta gestion du ring et des déplacements et ton athlétisme, envisages-tu de faire une transition vers le MMA un jour ? Ces qualités pouvant permettre à mon sens une transition plus facile que pour le kickboxeur plus classique.

Bien sûr, j’y pense tous les jours au MMA. J’ai un style qui s’en rapproche. On m’a souvent comparé à McGregor et on a souvent comparé McGregor à moi. J’adore le MMA, j’adore le jiu-jitsu brésilien. Une transition est éventuellement possible. Pour l’instant, j’essaye d’être le porte-drapeau du kickboxing français dans le monde. Je veux pousser cette discipline vers le haut. Je veux être le Conor McGregor du Glory. Si ça avance bien, je continue au Glory sinon je fais la transition dans le MMA. Il y a plus d’argent et plus de médias.

Pour revenir à ton entraînement, tu t’entraînes à présent au Meijiro Gym, que peux tu nous dire de cette expérience?

Ça a été un tremplin pour moi. J’étais en Charente, j’étais avec mon premier entraîneur. On faisait ça avec les moyens du bord. J’ai décidé de prendre mon sac et d’aller voir les meilleurs kickboxeurs. Si je veux être un grand champion, il faut que j’aille voir les grands champions. Je suis allé là-bas dans le club du Mejiro Gym. J’ai beaucoup appris. Je me suis imprégné de ce style hollandais, de cette langue et du kickboxing. C’est ce qui m’a permis de m’ouvrir et de comprendre le kickboxing. J’ai vraiment décollé, ensuite je suis parti en Belgique.

Y a-t-il eu un combat déclic que tu aurais vu et qui t’aurait convaincu de commencer ton entraînement?

Non pas vraiment, à la base ma passion c’est le théâtre, le cinéma, l’humour. Je me suis découvert un talent dans les sports de combat. Pourquoi le kickboxing ? Parce que c’était la discipline médiatique du moment. Je suis bon donc je continue. En parallèle, j’essaye de percer dans la comédie et le cinéma.

Quels sont tes combattants favoris (tous sports confondus) ?

Actuellement, celui qui m’inspire est Floyd Mayweather du fait de son histoire. Je parle de la personne et pas du personnage. Il a une histoire très lourde, similaire à celle de Mike Tyson. Leurs histoires sont un peu près similaires à la mienne. Je n’ai pas connu une vie aussi dure que la leur. Je pense qu’on a tous une destinée. Ma destinée c’est de finir comme eux, je l’espère.

Merci Cédric et bon courage pour ton combat du samedi 28 octobre au Glory 47 à Lyon !

Photo By: Glory Kickboxing
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