Les fantômes de Sparte – combattants professionnels et soldats d’élites

Si le combat libre est considéré comme l’un des sports les plus brutaux et impitoyables qui existent c’est d’abord parce que les enjeux sont d’une importance vitale ; c’est tout simplement le bon fonctionnement neurologique, physique et psychologique des combattants qui est ici mis en jeu à chaque événement pour le divertissement de chacun. Dire que les combattants risquent leur vie n’est pas une exagération dans le sens où, à chaque affrontement, à chaque sparring un peu rugueux, les pugilistes brulent peu à peu le crédit dont ils disposent au niveau cérébral et physique. Gary Goodridge est aujourd’hui atteint de démence, Mohamed Ali voit la fin de sa vie dévastée par la maladie de Parkinson, le corps entier de Minotauro Nogueira est à l’état de ruine… Tout cela dépasse le cadre du sport.

Certains combattants parmi les superstars se refusent même à utiliser le terme de « sport » comme les légendaires frères Diaz; pour eux ça va au delà puisque la mort ou de graves séquelles physiques attendent les fighters à chaque coin de cage: un malheureux zig au lieu du zag répété à l’entrainement et c’est la commotion cérébrale. Une tentative désespérée de se sortir d’une clé de bras alors que l’adversaire décide de mettre un dernier coup de levier pour vous forcer à l’abandon, et votre bras est endommagé à jamais. Georges St Pierre résuma sa pensée en une formule: « on peut dire qu’on va jouer au foot, qu’on va jouer au basket, au hockey… Mais on ne peut pas dire « je vais jouer à me battre ». ça n’est pas un jeu. »

Si on considère le fait que le mot « sport » lui même vient de l’ancien français « desport » qui signifie l’amusement, et qu’il décrit toute activité visant à améliorer sa condition physique, alors l’argument est plus que valide: on est bien au delà.

Qu’est ce qui pousse dans ces conditions un être humain à se forcer à entrer dans une cage avec le but avoué d’abîmer physiquement au maximum de nos possibilités notre frère ou soeur en humanité de l’autre côté de la cage?

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Une des explications pourrait être qu’en temps qu’Homme, 3 traits de caractères inscrits dans notre ADN, que réfuter reviendrait à chasser le naturel, nous caractérisent : on aime être en position de pouvoir, on aime se dire qu’on est unique et on aime se développer physiquement et intellectuellement dans certains domaines au point d’y acquérir un expertise. Or les combattants ne sont rien de plus que des femmes et des hommes tombés amoureux de la science du combat à mains nues au point de décider d’y consacrer leur existence (je parle ici des professionnels, pas du crétin imbibé qui se la met tous les samedis en sortie de nightclub pour se prouver qu’il existe). Et aucun d’entre eux ne vous dira qu’il n’apprécie pas du même coup la popularité qui suit l’éventuel succès comme passer à la télé, être reconnu dans la rue ou être une source d’inspiration, se dire qu’on aura eu un impact positif sur la vie des gens: bref jouir de son aura.

Pour la partie domination je crois qu’il n’y a pas besoin d’explications, si vous avez bien bossé à la maison vous allez physiquement prendre le dessus sur un autre être humain et implicitement devenir le mâle ou la femelle dominant(e), c’est l’expression la plus viscérale et primale de notre besoin de  pouvoir qui est satisfaite.

Mener une vie de combattant c’est sortir de la banalité, se dire qu’on accomplit quelque chose loin, très loin du commun des mortels. C’est sortir de l’ordinaire…

Je ne peux évidemment pas parler pour qui que ce soit du monde du combat ou des forces spéciales mais disons simplement qu’après tout ce qu’on vient de dire je ne trouve pas le moins du monde surprenant de voir des soldats d’élite devenir combattants professionnels. Si la nature du travail est radicalement différente pour moi le type de personne requis se chauffe du même bois et les buts recherchés ne sont finalement pas si éloignés.

Voilà pour vôtre dose de philosophie de comptoir du jour!

Ce qui est sûr, pour repartir plus léger au moment de vous présenter les 2 bipèdes qui vont suivre, c’est que dans ces deux professions, vous ne rencontrerez pas des hommes et des femmes tout à fait ordinaires. La discipline et la force mentale nécessaire pour endurer ce qu’ils endurent quotidiennement n’étant clairement pas à la portée du pisseux lambda, quoi qu’il arrive en bout de chaîne ça fait du street lourd. Voici Les deux premières oeuvres en exposition exclusive dans la Gallerie des Glaces de LA Sueur :

Mirko Filipovic

Il est Croate.

Je vous laisse déjà le temps de digérer cette information.

Brendan Schaub, qui l’a combattu à l’UFC il y a de ça quelques années a confié récemment que Mirko était l’homme possédant la force la plus invraisemblable qu’il ait jamais ressenti. Qu’essayer de faire bouger ce mec c’était comme tenter de déplacer un mégalithe… Mais si je vous dis qu’à 10 ans le gosse se confectionnait déjà des haltères en faisant sécher du béton aux bouts d’une barre en fonte, qu’il allait tout seul courir 5 km par jour dans une couche de neige haute comme ses genoux et qu’il se musclait avec des bouts de rails de chemins de fer, le mystère est rapidement éclairci: c’est tout simplement une Force de la Nature.

Quand son père meurt à 19 ans, il rejoint l’armée Croate et devient membre opérationnel de l’unité Alpha du corps d’élite anti-terroriste de la police Croate : « ATJ Lučko » stationnée près de Zagreb. C’est ce qui lui vaudra le surnom de “Crocop” (Croatian Cop).

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Parallèlement il poursuit, pendant l’âge d’or du kickboxing, une carrière de combattant professionel et rencontre les pires prédateurs pieds-poings de tous les temps, de Ernest Hoost à Andy Hug en passant par notre Jérôme leBanner national. Il passera ensuite au MMA en allant titiller encore une fois les sommets, louant ses services au Pride (il en remportera même le tournoi Openweight en 2006) et à l’UFC, s’établissant à jamais comme une légende vivante, un mythe, un monument des sports de combats. Sa rencontre avec Fedor, gravée pour l’éternité dans les mémoires fait aujourd’hui encore figure de référence au moment de sortir les « plus grandes rencontres de l’histoire du MMA ».

Il est au Panthéon du combat libre, et si sa puissance légendaire, son caractère, ses vannes et son rire (parce que bordel de dieu il faut l’entendre pour le croire) ont fait de lui un « fan favorite », ce sont ses kicks qui l’ont véritablement fait rentrer dans l’Histoire. Au Pride il était arrivé un moment ou ses high-kicks étaient devenus de telles armes de destruction massive que les commentateurs avaient fini par résumer les skills du bonhomme par : « jambe droite hôpital, jambe gauche cimetière ».

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Un nombre pour vous résumer l’efficacité du personnage : 36, c’est le nombre d’assassins à mains nues surentrainés qui ont perdu connaissance ou abandonné sous les coups de la déneigeuse Croate.

Ça vous fera peut-être reconsidérer ce sentiment d’euphorie et de puissance qui vous envahira quand vous soumettrez votre cousin de 15 piges à la prochaine réunion de famille.

Prenons maintenant l’avion pour voyager de l’autre côté de l’atlantique. Et offrons nous un taxi jusqu’au Quartier Général du BOPE.

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Paulo Thiago

Le BOPE ça ne vous rappelle rien? Mis à l’honneur dans l’hallucinant « Tropa d’Elite », c’est l’unité spéciale de la police militaire de l’état de Rio de Janeiro spécialisée dans la guérilla urbaine avec une expérience unique dans les espaces restreints et confinés, autrement dit à Rio : les favelas.

Paulo Thiago, Mr Paulo Thiago est aujourd’hui encore un membre opérationnel du BOPE en même temps qu’il tente d’aller imposer sa volonté dans la cage face aux gladiateurs les plus affamés de la planète.

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Homme de peu de mots dont le vécu se transmet par le regard, il est si fier de son appartenance aux « têtes de mort » qu’il fait ses entrées à l’UFC au son de « tropa de elite » de Tihuana. Ce qui ne manque jamais de provoquer de bonnes rafales de frissons dans l’audience.

Après avoir fait partie des top prospects et refroidi Josh Koscheck, énorme nom à l’époque, par KO il s’est constitué un bon petit palmarès de 11 victoires pour 0 défaites, il n’a malheureusement jamais su confirmer et a laissé filer une bonne poignée de victoires quand placé en face aux tout meilleurs de la catégorie welterweight. Il n’empêche, Ladies and Gentlefuckers que si vous aviez dans l’idée de démarrer un empire de la drogue à Brasilia dans les prochains mois, gardez quand même à l’esprit que c’est peut-être ce mec là qui viendra vous dépoussiérer les 4 coins de la gueule après avoir « pacifié » votre quartier avec ses copains tellement armés qu’ils trimballent 2 fois leur poids en ferraille.

La semaine prochaine: un sniper des « green berets » ayant fait ses armes en Irak et en Afghanistan et ayant combattu 2 fois pour le titre au Strikeforce, ainsi qu’un commando parachutiste Sibérien devenu la crème de la crème des strikers poids lourds.

Oui, ici à La Sueur on prend soin de vous.

Rust

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