Retour sur le « Maratona di Roma » : le musée à ciel ouvert

Le 8 avril dernier, je m’élançais pour mon 3e marathon, à Rome. Retour sur une expérience à part au Maratona di Roma.

Quitte à faire un marathon à l’étranger, autant profiter des lieux. Colisée, Vatican, fontaine de Trévi et j’en passe. La ville est merveilleuse, un vrai musée à ciel ouvert. La gastronomie ne gâche rien, et le temps parfait n’enlève rien à la fête. Comme toujours la prépa est physiquement longue (pas exemplaire toutefois), usante, et psychologiquement éprouvante. Mais le jeu en vaut la chandelle : nous sommes dans la ville éternelle. Rome !

Après la visite de la ville et le stress qui monte, voici enfin le jour de la course. Une nuit traditionnellement courte, à ressasser les moindres détails pouvant être ennuyeux sur la course, un réveil avec des traits tendus, mais sous lesquels piaffent l’impatience d’en découdre. La fête s’annonce très belle. Le temps est parfait, quoique chaud. Nous sommes début avril et depuis des semaines, c’est la pluie qui m’a accompagné pour la préparation. Les 22 degrés prévus me paraissent rudes à supporter en pleine ville, sans réelle zone d’ombre. Mais cela fera partie de la course.

Départ de la course devant le Colisée. Aujourd’hui nous serons des gladiateurs prêts à verser notre sueur pour gagner un pacte conclu entre nous et … nous-mêmes. 8h30, départ des élites. 8h42 départ de notre sas. C’est bon, c’est parti pour 42,195 kms de bonheur… ou pas.

D’un point de vue personnel, la course se passe magnifiquement bien. Comme je le disais, le temps est top, il y a évidemment beaucoup de gens, mais les rues étant très larges, cela suffit à gérer le flux. Les jambes vont bien, la dernière semaine à ne manger que des pâtes pour faire le plein de sucres lents se révèle efficace. Et le paysage est magique : imaginez les rues de Rome fermées à la circulation, juste pour vos yeux et vos jambes. Un pur régal.

Mon compagnon de course commence à ressentir des difficultés assez rapidement, la chaleur casse beaucoup de monde. Déjà au 17e kilomètre, il m’indique avoir les jambes lourdes. C’est le moment où l’on passe au Vatican, la messe en préparation. Au-delà de la vision sur la basilique Saint-Pierre, j’espère un miracle. Malheureusement le miracle n’a pas lieu pour mon ami. Je l’emmène difficilement du 25 au 30e kilomètre de la course, où il finit par s’arrêter au ravito et me dit de continuer seul.

Me voilà donc seul (d’accord, autour de quelques milliers de paires de jambes) pour conclure les 12 kilomètres me séparant de la ligne d’arrivée. Tout va vraiment bien jusqu’au 34e où je sens mes jambes faiblir fortement. Plus d’essence, pourtant je me suis bien alimenté tout le long du marathon. Obligé de freiner fortement, voire de marcher à certains endroits. Le mental est dans le dur.

En regardant autour de moi, je vois que je ne suis pas le seul : des gens marchent, sont arrêtés sur le côté, et je vois même pire. Piazza Navona (magnifique) je vois devant moi un marathonien s’écroulant sous la fatigue et le poids du soleil. Il ne tient plus sur ses jambes, essaie de se relever à 2 reprises, mais est arrêté par les secours présents sur le bord de la place. Il était temps. Cet épisode me rappelle à quel point la distance marathon est difficile à gérer pour le corps humain. Il nous apprend aussi à ne pas trop en demander : si la course devient trop dure, il ne sert à rien de se mettre davantage en difficulté. Franchir une ligne d’arrivée vaut-elle la peine de se mettre en danger ?

Bref, voyant ce spectacle, je réalise aussi que je ne suis vraiment pas au mieux. Toutefois la course continue, le paysage m’aide (chiesa del Gesu, piazza di Spagna, piazza Venezia…), je pense aux amis et aux proches qui m’envoient plein d’ondes positives… Mais les longues lignes droites plein soleil sont tellement compliquées à appréhender ; Quoi qu’il arrive je continue, avec comme leitmotiv à chaque ravito de m’arroser d’eau abondamment. Je crois que j’aurais pris au moins 6 douches sur le parcours avec toute l’eau que je me suis mise sur la tête !

Le tracé du parcours nous fait passer par un tunnel à quelques centaines de mètres de l’arrivée. Moment d’épuisement profond, mais je retrouve quelques visages connus qui me font me sentir mieux. Merci à eux ! Je repars, déterminé à finir, à puiser au fond, tout au fond de moi pour conclure ce si beau marathon.

Me voilà enfin dans l’axe du Colisée, enfin je vois l’arche signifiant le bout de la course. Je claque la main d’un légionnaire romain présent juste avant la ligne de fin, j’exulte, je remercie ciel et terre. Enfin, je la passe, cette ligne matérialisée par une marque au sol, cette limite marquant le bout des 42,195 kilomètres, cette barrière signifiant l’arrêt de la course et le début d’autre chose.

Je souris et je pleure. Plusieurs fois. Je récupère la médaille, une bouteille d’eau, je m’assoie (non sans mal) et je regarde dans le vague tous ces gens qui arrivent, souvent le visage durci par la douleur.

Un marathon ce n’est pas simplement une course mythique. Ce n’est pas simplement boucler 42 kms et des cacahuètes. C’est bien plus. C’est une préparation longue en amont pour préparer son corps. C’est une préparation psychologique pour affronter un effort hors du commun. C’est un combat, un défi, une lutte contre soi-même, dans ses tripes, avec son cerveau, ses muscles, sa volonté. C’est une expérience de vie. Un retour sur soi, ses choix (on a choisi d’avaler ces kilomètres, et même payé !), ses envies proches et futures. C’est éprouvant et si réconfortant.

A la fin de ce marathon, je peux dire que je suis fier, que je suis allé voir ce dont j’étais fait. Mes pleurs étaient faits de douleur, mais aussi de joie. De la fierté d’avoir accompli cet exploit. Soyons fiers de nous, nous sommes des marathoniens.

Et si, vous qui lisez, vous demandez pourquoi on fait ça ? Pourquoi on aime se faire mal ? Je ne vous dirais qu’une seule chose : courrez, et venez découvrir toutes les émotions que procure un marathon. Votre vie en sera changée.

Photo By: @maratonadiroma/facebook
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