MMA Tchétchène – Vol au-dessus de Grozny de coucou

Voyage à l’Est, enquête au coeur du MMA Tchétchène

Nous sommes nés le soir lorsque le loup est né

Au matin, face au rugissement retentissant du lion

Il n’y a d’autre Dieu qu’Allah

Dans les nids des aigles, nos mères nous ont nourris

Nous pères nous  ont enseigné d’apprivoiser le taureau

Il n’y a d’autre Dieu qu’Allah

(Premiers vers de l’Hymne Tchétchène)

Depuis le 18e siècle quand Pierre le Grand décida de se frayer un passage au milieu du Caucase pour aller voir si y avait pas un petit accès à la Mer Noire en scred, les Tchétchènes n’auront cessé de se battre pour leur liberté et leur indépendance. En 1944, Staline poussera même le vice jusqu’à inventer purement et simplement le mensonge d’une collaboration avec les nazis pour déporter sans trop se creuser le chou plus de 600 000 tchétchènes en Sibérie et au Kazakhstan. 200 000 mourront.

Quand on prend connaissance de tout ça, même sans avoir fait St Cyr on comprend beaucoup plus clairement le fort nationalisme qui anime le peuple Tchétchène, ainsi que toutes les autres républiques du Nord Caucase.

C’est donc entre la Mer Noire et la Caspienne, sous l’autorité de l’Union Soviétique et en constante résistance que sont nés les guerriers parmi les guerriers avec lesquels on va faire connaissance. Taillez bien votre collier de barbe, lissez bien votre mèche de cheveux noire de geai et reposez le coran le temps de l’article, on est parti.

MMA Tchétchène – Vol au-dessus de Grozny de coucou

Mamed Khalidov

Porte-drapeau du MMA Tchétchène, Mamed est le champion incontesté en Middleweight, et l’ancien en Light-Heavyweight du KSW, l’organisation Polonaise à la grosse réputation Européenne. La seule raison pour laquelle il n’est pas en ce moment à l’UFC à tenter de se frayer un chemin vers le titre, c’est parce qu’il est traité au KSW comme le Président de Pluton et qu’il gagne sans doute 4 fois plus par combat que ce qu’il récolterait aux States. Alors je vous le demande, pourquoi s’emmerder à aller mettre des bouts de ficelles bout à bout quand on a la possibilité de naviguer en 3 mâts.. Invaincu depuis 6 ans, il est vrai néanmoins qu’on ne lui offre pas du calibre « A+ » comme il en trouverait à l’UFC, on lui jette souvent en pâture des vétérans du circuit ayant fait leurs preuves, mais sans jamais briller véritablement. On notera quand même qu’il a soumis Melvin Manhoef, Matt Lindland et James Irvin en 2 minutes ou moins, ce qui est déjà une performance en soi.

MMA Tchétchène – Vol au-dessus de Grozny de coucou

à l’aise

 

Là où ça se corse, c’est au moment de vous donner ses points forts, le mec n’a littéralement que ça : ceinture noire de karaté Kyokushin et de Taekwondo, il est théoriquement un peu plus prenable au sol puisqu’il n’a « que » une ceinture violette de J.J.B (bleu < violet < marron < noir), mais c’est sans compter le fait que « Cannibal » est (aussi) un expert en Sambo. D’ailleurs si on regarde un peu plus en détail ses finish on s’aperçoit qu’il a gagné plus de la moitié de ses combats par soumissions et l’autre par KO (pour 2 pauvres décisions sur 31 combats, qui viennent misérablement demander quelques piécettes en fin de décompte). Efficace et ULTRA-spectaculaire dans tous les domaines, il restera probablement inconnu du plus grand nombre pour ne pas avoir franchi l’Atlantique. A bientôt 36 ans et une retraite qui va se faire de plus en plus pressante, ne passez pas à côté des dernières apparitions d’un des plus grands combattants tchétchènes de tous les temps.

Adlan Amagov

Dit « Borz » ou « le Loup ». Nous sommes ici en présence du chasseur ultime, après avoir après avoir fui les bombardements dans son village natal de Sernovodsk il fut biberonné au « combat sambo » par les frères Emelianenko (leur simple nom devrait déjà vous faire frémir) à Moscou. Il aura combattu l’élite de l’élite au Strikeforce et à l’UFC, croisant même le fer avec le motoculteur Américain Robbie Lawler (rencontre qui tournera court : Lawler terminera le combat en 2 minutes sur coup de genou sauté… Mais bon, ça, c’est Robbie, c’est encore une autre histoire…). En le découvrant pour la première fois, on pourrait quasiment penser que le mec ne sait rien faire d’autre que des kicks tout droit sortis de Matrix, hook-kicks, crescent-kicks, spinning back-kicks, chaque apparition du phénomène tchétchène était une véritable boîte de chocolat du style. Mais ça n’est pas que pour le pimp, c’est aussi et surtout sacrément puissant ! Il était parfaitement imprévisible et il n’y a rien de PIRE que d’appréhender la provenance du prochain coup en sachant que non content de sortir de nulle part, il va faire MAL.

bien sûr le mec en face a une tête de commissaire priseur donc ça partait mal, mais tout de même, personne ne mérite un coup de hachoir pareil nom d’un Buffet Louis XVI !

Perspicaces, vous aurez sûrement remarqué l’utilisation de l’imparfait… C’est pour la triste raison qu’à 27 ans (en 2013), Adlan décida qu’il préférait s’occuper de ses enfants et les voir grandir, quitte à délaisser définitivement le MMA. Il cita également les « weight-cuts », qui finissaient par lui pourrir la vie.  Le fait qu’il était à l’UFC et que son salaire était probablement dérisoire aura-t-il eu une quelconque influence sur son choix de se retirer ? Nous ne le saurons jamais. Ce qui est sûr c’est qu’il était l’un des prospects les plus prometteurs toutes catégories confondues à l’UFC, en plus d’en avoir été l’un des strikers les plus redoutés.

 Mairbek Taisumov

Bon on arrête les conneries, lui toujours en activité et pour encore longtemps. Ses 4 derniers combats à l’UFC ? 4 victoires, les 4 par KO, autant vous dire que le mec n’est pas venu pour vendre des sorbets. À 27 printemps il a déjà 31 combats à son actif pour 26 victoires. Comme tous les combattants tchétchènes, Mairbek a un peu touché à toutes les disciplines étant jeune, il n’a donc aucun complexe au sol bien que le stand-up soit son domaine de prédilection. Sans pouvoir encore se prononcer sur ses limites dans la catégorie Lightweight puisqu’il n’a pas encore rencontré ses premiers gros poissons, on peut d’ores et déjà affirmer qu’il a l’arsenal pour tenir tout en haut de l’échelle.

 MMA Tchétchène – Vol au-dessus de Grozny de coucou

Absolument létal debout, la lourdeur de ses frappes au sol est tellement débilitante que vous prierez pour ne pas vous retrouver sur le dos. Et si c’est le cas, alors il ne vous reste qu’à espérer avoir déjà perdu connaissance.

Il est terrifiant de réalisme comme disait Larqué, UNE droite qui passe proprement et c’est la fin : il présente en effet cette caractéristique tout à fait spéciale qu’est le « one punch knockout power » (littéralement  le « j’te touche, tu t’couches »), entre don du ciel et malédiction. Mais la différence sacrément intéressante par rapport aux autres détenteurs dudit talent, c’est que lui ne délaisse pas pour autant toutes les autres armes qu’il a à disposition, les kicks, les genoux et les takedowns. On brûle d’envie de le voir contre un gros bonnet dans les mois qui arrivent ! Peut-être au « UFC : Dagestan » dont les rumeurs commencent à courir sur le net ?

Un « Genkidama » de toute la population Tchétchène dans chaque poing

Khusein Khaliev

Se définissant lui-même comme peureux et couard étant enfant, son attitude changea radicalement quand sa famille fut forcée de fuir son village lors des raids russes de 1999. Obligé de survivre dans la misère des camps de réfugiés, il dira : « je n’ai jamais aimé me battre avant, mais la rudesse de la guerre m’a changé. Quand tu déambules affamé, le courage et l’agression viennent très vite. Tu perds ta peur. »

Lui et son frère se débrouillèrent alors pour trouver des boîtes de conserve pleines, qu’ils échangèrent contre des cours de taekwondo. « La débrouillardise développée à cette époque a changé ma vie » confiera-t-il.

Aujourd’hui entraîné au redoutable K-dojo (un centre d’entraînement avec grosso modo que des tueurs de l’Europe de l’Est, à déconseiller aux petits branleurs) il a compilé un palmarès de 14 victoires pour 1 défaite, et a récemment fait son premier combat sur la scène Américaine, en soumettant Yoshihiro Koyama au WSOF. Il est pressenti à l’UFC, mais honnêtement, ne passons pas la charrue avant les gros bœufs, ce serait pas mal de le laisser se faire les dents sur de la petite friture d’abord avant de le lancer dans le grand bain.

Le petit Bonus Track maison : Lechi Kurbanov et Buvaisar Saitiev

Tout simplement parce qu’on ne peut pas clore un article citant des combattants Tchétchènes sans parler de ces deux légendes vivantes : Lechi Kurbanov est un kyokushinkai et kickboxer de légende. Il est surtout reconnu pour son œuvre dans le monde du kyokushin, ainsi que ses « Ushiro Mawashi Geri », en gros un truc qui tourne et à la fin tu prends le talon pleine balle et tu deviens paraplégique. A 38 ans il a récemment débuté au MMA contre le sur-sur-sur-sur-vétéran (314 combats pros, franchement je ne sais même pas comment on appelle un énergumène pareil..) Travis Fulton, et comme convenu il lui a arraché les jambes via low-kicks et l’a forcé à arrêter à la fin du 1er round. Il n’ira probablement pas beaucoup plus loin dans ce sport au vu de son âge et de tout le chemin qu’il aurait à parcourir, mais malgré tout ça cimente encore un peu plus sa réputation de pur bûcheron qui joue physiquement avec des adultes comme si c’était des gosses.

Et enfin Buvaisar Saitiev, né au Dagestan mais d’origine Tchétchène. Pour pas vous tenir la jambe plus longtemps : un des meilleurs lutteurs freestyle de tous les temps. 3 titres olympiques, 6 championnats du monde, 6 championnats d’Europe. C’est clair, c’est beau, c’est concis, c’est intestable. On ne pouvait tout simplement pas se quitter sans lui passer un petit bonjour !

le mec pue la solidité et les os bien lourds

Et voilà, un article de plus en moins ! Je peux vous dire que tavernier du FightGame, c’est pas une sinécure.

Rust

Photo By: bloodyelbow.com

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