Roy Jones Jr. – Portrait du boxeur le plus talentueux de tous les temps

Roy Jones Jr., on le connaît en tant que rappeur avec son fameux « Can’t be touched », mais il mérite de l’être en tant que boxeur puisqu’il est un des tous meilleurs de l’histoire. En plus d’être un des plus grands showmen de la boxe moderne, il est sans aucune hésitation le boxeur le plus doué et talentueux de l’histoire.

On le sait tous, la boxe est un art, mais aussi un spectacle. Et depuis l’avènement du grand Muhammad Ali, le spectacle est parfois assuré par une nouvelle catégorie de boxeur, les showmen. De Prince Naseem en passant par Floyd Mayweather, chaque génération a vu naître une personne qui a su tirer la boxe vers le haut en la faisant connaître au plus grand nombre, que ce soit par leurs déclarations-chocs, leurs comportements extravertis au sein du ring… Mais quand on parle de show, une personne nous vient directement à l’esprit : Roy Jones Jr.

Son enfance a pas mal été décrite au sein de ses chansons. D’un côté, une mère bienveillante et compréhensive, d’un autre un père violent et autoritaire, vétéran de la guerre du Vietnam. Tous les jours et ce pendant 20 minutes, le petit Jones se faisait littéralement tabasser par son père dans le but de « le renforcer », développant par la suite une peur cauchemardesque du paternel. Mais en contrepartie de ces violences, Roy Jones avouera « j’ai toujours vécu dans la cage de mon père, mais grâce à ça personne ne peut me faire face. Il n’y aura jamais quelqu’un de plus fort et dur que moi ».

Pour que Jones devienne « un homme », son père l’envoya très rapidement dans une salle de boxe. Avec un entraînement dur, Roy Jones grimpera les échelons avec une vitesse hallucinante, devenant champion des USA en 1984 et champion olympique junior en 1986. En 88, il participera aux JO de Séoul. Il reviendra avec une médaille d’argent. Ce dernier ne perdra pas un seul round jusqu’à la grande finale où il se fera totalement voler par les juges sud-coréens. Cette mascarade sera tellement énorme que les juges seront par la suite tous trois démis de leur fonction.

Suite à cela notre ami se lancera chez les professionnels, monde qu’il a déjà plus ou moins côtoyé puisqu’il a été le sparring partner du légendaire Sugar Ray Léonard. Bilan de ses débuts : 15 victoires pour 15 ko et aucune défaite. Il roule sur ses adversaires pourtant bien plus expérimentés que lui (ses adversaires ayant tous plus de 20 matchs à leur actif).

Pour son 18e combat Jones fera face au futur champion du monde Jorge Castro (70-3), signant pour l’occasion le premier combat allant jusqu’à la cloche. Jones remportera tout de même le combat par décision unanime. 4 combats plus tard, première chance d’accrocher une ceinture de champion du monde autour de sa taille. Pour cela il devra défaire le grand Bernard Hopkins alors champion IBF Middleweight. Malgré une main cassée, il parviendra à arracher une victoire par décision unanime : Jones est désormais champion du monde ! Il défendra sa ceinture à 4 reprises en envoyant tous ses adversaires voir les étoiles.

Il se décidera alors à grimper chez les Super-Middleweight et de faire face à la terreur James Toney alors champion du monde IBF (44-0) et boxeur numéro 1 toutes catégories confondues. Pour la première fois de sa carrière, notre ami est donné perdant. Mais c’était sans compter sur son génie extraordinaire qui lui permettra d’aller chercher une victoire à la décision. C’est à partir de cet instant que le monde entier réalisera que Roy Jones Jr est un véritable monstre, un homme touché par la grâce puisque Toney ne gagnera pas un seul round. Suite à cela, le magazine The Ring qualifiera la performance de Jones comme la plus grosse domination de ces 20 dernières années.

Il défendra ensuite sa ceinture à maintes reprises et notamment contre le champion du monde de trois catégories différentes, Vinny Pazienza (40-5), bien déterminé à infliger la première défaite à l’américain. Mais le résultat sera tout autre. Jones ridiculisera Pazienza en l’envoyant trois fois au tapis et en décrochant la victoire au 6e round. Ce match est inscrit dans l’histoire : durant la 4e reprise, Jones ne se fera toucher aucune fois, performance jamais réalisée jusqu’à lors dans un combat de boxe.

Junior défiera ensuite Eric Lucas (19-2), futur champion du monde et contender numéro 1 pour la ceinture. Pourtant, il disputera le matin du grand événement, un match de basket à l’occasion d’un événement sportif ; ne l’empêchant pas de martyriser le soir même Lucas. Cette performance sera une nouvelle fois historique puisque jamais un athlète n’aura participé à deux événements sportifs dans la même journée.

Sa domination chez les Super-middleweight étant claire, c’est maintenant chez les Light-heavyweight que Jones ira chercher ses victimes. C’est le vétéran de 40 ans Mike McCallum (49-3) alors champion de trois catégories de poids différentes qu’il ira défier pour la ceinture WBC. Une fois de plus Junior dominera son adversaire et s’assurera une victoire par décision unanime.

Et là, c’est le drame. Pour sa première défense de titre, Jones doit affronter Montell Griffin, entraîné par le grand Eddie Futch. Ce dernier appris à Griffin comment prendre avantage du seul défaut de Roy Jones, son manque de fondamentaux (c’est ça quand on est un artiste).

Pour la première fois de sa carrière, Jones sera légèrement en difficulté et un juge le verra derrière aux points. Mais lors du round 9, Jones renversera Griffin en lui décochant deux crochets alors que ce dernier était déjà presque inconscient dans les cordes. Junior sera alors disqualifié et perdra son titre WBC, signant par la même sa première défaite.

La revanche sera immédiatement conclue et notre ami corrigera cette erreur en infligeant une véritable correction à Griffin en moins de deux minutes. Prochaine victime, Virgil Hill (43-2) futur champion du monde, que Jones détruira en 4 rounds avec une droite monumentale qui brisera même une côte de Hill. L’unification des titres WBC et WBA aura ensuite lieu avec le combat Jones-Lou Del Valle. Pour la première fois de sa carrière, Jones ira au tapis dans le 8e round, mais gagnera le combat par décision unanime.

Junior unifiera par la suite les titres WBC WBA et IBF, une première depuis près de 15 ans. Il écrasera tous ses adversaires sans concéder la moindre défaite. A partir de 2001, tout en continuant de rouler sur la concurrence, il sortira son premier album de rap. Beaucoup de ses entrées sur le ring se feront désormais sur le son de ses musiques. Après avoir défait tous ses principaux contenders, une occasion se profile : défier le champion WBA Heavyweight John Ruiz, lui qui a défait le légendaire Evander Holyfield. Chose promise chose, chose due, Jones dominera Ruiz et remportera le match par décision unanime. Jones devient alors l’homme de tous les records. Il est en effet le premier boxeur de l’histoire à devenir champion des poids moyens jusqu’aux poids lourds.

Mais il redescendra vite de catégorie pour défier Antonio Tarver (21-2) chez les Light-heavyweights. Cependant, Junior apparaît fortement diminué de sa montée chez les lourds, il n’est plus du tout aussi efficace qu’avant et a perdu beaucoup de muscle. Il parvient quand même à s’assurer une victoire par décision. Mais c’est lors du rematch que l’impensable va se produire. Tarver produira la surprise et mettra KO Jones en seulement deux rounds. C’est la première véritable défaite de Junior en 51 combats.

La descente aux enfers commence alors. Jones enchaînera deux défaites de plus. Il décidera alors de devenir analyste chez HBO pendant quelque temps avant de revenir sur les rings. Mais parmi ce cauchemar, deux fights sortent du lot : celles contre deux légendes, Felix Trinidad, et Joe Calzaghe. Pour sa dernière bataille de son immense carrière, Trinidad se fera malmener et finira par concéder une défaite par décision unanime. En revanche Joe Calzaghe dominera Jones de bout en bout et infligera à Junior une nouvelle défaite.

Après nombres de combats, notre ami mettra un terme à sa carrière en cette année 2018, ayant pourtant débuté son premier combat professionnel en 1989 ! Une longévité hors du commun, mais qui malheureusement s’est soldé par divers échecs. Bilan : 66 victoires pour 9 défaites. Mais ce bilan ne reflète pas le talent de notre homme : quasiment l’ensemble de ses défaites sont dues à son âge et son manque d’activité.

Passons maintenant au plus intéressant, son style de boxe :

Il n’y a pas vraiment de termes adéquats pour décrire ne serait-ce que le quart du talent de Roy Jones. Cet homme a été béni à la naissance par une vitesse de bras hors du commun, la plus rapide jamais vue. Ses jabs sont les plus rapides de l’histoire, ce gars possède deux fusées à chaque bras, impossible de les anticiper. Et que dire de son crochet gauche, principale arme de destruction massive de Junior ? C’est un véritable boulet de canon.

Couplez cela à des réflexes surhumains et un physique hors-norme et vous avez le parfait cocktail pour avoir une véritable légende. À son apogée Jones était tout simplement imbattable. Personne n’aurait pu l’inquiéter, il avait « la puissance d’un poids lourd et la vitesse d’un poids moyen ».

Ses combinaisons de coups sont dignes de jeux vidéo, elles sont tout bonnement impossibles à reproduire pour un humain normalement constitué. Mais Roy Jones est plus un alien qu’un humain. Ses gestes provocateurs, ses bras le long du corps contribuent à frustrer l’adversaire et le poussent à commettre des erreurs. Et avec Jones, une erreur égale bien souvent un ko. Son style a totalement révolutionné le boxing game. C’est un véritable showman adoré par le public, capable de trouver des angles jamais vus. C’est un magicien des rings, et avec lui le terme de boxe prend tout son sens.

Ses mouvements sont tellement illisibles qu’ils sont impossibles à prévoir, à la manière d’un prince Naseem. Ses jambes virevoltent dans tous les sens, un coup à gauche, un coup à droite et ses poings en font de même. La seule issue possible, c’est le retrait ou encaisser. Et pour ceux qui s’essayent à la seconde solution, c’est le ko inévitable grâce à la vitesse de bras hallucinante de Jones. Un seul boxeur a été capable de reproduire ce qu’a fait Jones, mais dans une moindre mesure, c’est bien Prince Naseem (néanmoins Barrera lui remettra les pieds sur terre en l’annihilant complètement).

Mais ce gars est aussi un génie de l’esquive et du contre, capable de contrer un mec tout en reculant vers les cordes. Sa vitesse d’exécution lui permet tout, des retraits de bustes aux esquives en reculant. Peu importe la position de son corps, il saura remiser un boulet de canon. Ses bras ballants démontrent aussi que les corrections habituelles de son père lui ont servi à quelque chose et que comme il l’affirme « il n’a peur de personne ». Son assurance sur un ring est presque effrayante.

Enfin, sa précision chirurgicale joue aussi un grand rôle dans son style. Jones est capable de casser n’importe quel rythme en restant immobile ou en dansant, attendant que son adversaire se rue sur lui. Impossible de lui instaurer sa boxe, c’est Jones qui l’impose à chacun de ses adversaires. Et quand l’adversaire reste immobile, c’est là que Jones frappe avec des combinaisons d’une précision hallucinante. C’est bien simple, à chaque combat son ratio coups tentés/coups donnés est quasiment supérieur à 50%, statistique assez invraisemblable.

Son grand défaut que Griffin a su exploiter est son manque de fondamentaux. Ses poings sont bien souvent descendus et en position d’attaque son bras avant est très éloigné de sa face.

Second et dernier léger défaut, son manque de combativité. En général quand on est un génie comme lui, il n’y a pas de victoire éclatante puisque l’on domine de bout en bout l’adversaire. Mais que se passe-t-il quand les choses se compliquent ? Eh bien Jones nous a prouvé qu’il n’était pas l’homme le plus combatif du monde, même si cela est compréhensible tant il n’a jamais eu à puiser dans ses réserves.

De plus, pour faire briller une légende, il lui faut une opposition adéquate. Et même si Jones n’est pas né à l’époque du Big Four, des grands champions il en a affronté : Trinidad, Hopkins, Toney, Griffin, Hill…

Tous ces mecs ont été champions de plus de 2 catégories différentes, ce sont des tueurs (en particulier Hopkins et Toney à qui Jones a infligé un bon gros 12 rounds à 0).

Même Panienza, alors champions de trois catégories différentes s’est pris la plus grande leçon de sa vie, à tel point qu’il ne put toucher une seule fois Jones durant le 4e round. Jones est un surhomme, le boxeur le plus gâté par la nature de l’histoire.

Mais est-il le plus grand boxeur de tous les temps ?

Attention, car boxeur le plus talentueux ne veut pas forcément dire meilleur boxeur de tous les temps. Jones peut facilement figurer dans le top 10 P4P, mais ne peut être considéré comme le plus grand P4P de l’histoire, cette place revenant sans conteste à la légende Sugar Ray Robinson. Jones n’a pas eu de grande rivalité, pourtant symbole des grandes légendes : Robinson- LaMotta ; Ali-Frazier ; Holyfield-Bowe… Avec un véritable rival, il aurait sans doute pu prétendre à une meilleure place dans la légende.

En effet, si l’on regarde bien, les gens regardent plus des bet off de Roy Jones qu’un match en particulier, et c’est tout à fait normal puisque notre ami n’a pas vraiment eu de matchs de légendes qui ont su le sublimer. Ses deux seuls énormes fights étaient contre Toney et Hopkins qui étaient tous deux au sommet de leur art, mais cela est insuffisant tant Jones leur a infligé une leçon pugilistique.

C’est donc un face à face avec l’adversité, la vrai, que Jones a manqué pour pouvoir être considéré comme le meilleur boxeur de l’histoire.

Photo By: Heavy Bag Boxing
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