Interview CHROMEO – de plus en plus haut


Parcourant le monde pour le tour associé à l’album Head over Heels, le groupe canadien Chromeo a répondu à nos questions.
Alors que le duo canadien continue la promotion de son dernier
projet Head Over Heels à travers le monde, nous avons eu l’occasion
de nous entretenir avec eux lors d’un échange privilégié. Dans une
humilité remarquable, les deux Canadiens nous livreront une leçon
de funk dont on se souviendra. Débrief d’un entretien riche en
enseignements.
Il y a des collaborations très variées tant au niveau
des guests (French Montana, Stefflon Don, The-Dream) que de
la production (Raphael Saadiq, Darkchild, Jesse
Johnson…) ; c’était important pour vous
d’avoir une telle diversité musicale sur ce
projet ?
Au 5e album, ça nous a semblé comme le bon truc à
faire. Tu sais, on a fait 4 albums tout seuls, ou avec très peu de
guests. Après pour nous, on voulait rentrer dans un délire presque
plus polyphonique, faire participer d’autres voix.
On a mis toutes nos influences, tu vois genre Darkchild, c’est le R&B des années 90, French Montana c’est presque un côté genre marocain (…) et après genre Raphael Saadiq, on kiffait ça quand on était au lycée. Nous en fait, on a découvert la funk quand IAM a sorti « Je danse le Mia » parce que nous on connaissait pas, on était trop jeunes. En fait, on a découvert ça à travers le rap. Et en même temps, les années 90, on écoutait du R&B et aujourd’hui on écoute des trucs comme The Dream, et donc on voulait faire intervenir toutes nos influences sur cet album puis créer un discours polyphonique.
Sur l’artwork de l’album, on retrouve les fameuses
jambes, signature visuelle de vos précédents projets (Fancy
Footwork), mais on voit cette fois-ci vos visages. Pourquoi ce
choix ?
On avait envie que ce soit plus
moderne, une image plus moderne et plus assumée, disons.
Vous avez donc découvert la funk dans le début des années 90 avec
IAM, mais pourtant quand on écoute certains sons de l’album, on a
l’impression d’écouter des morceaux de Shalamar, Melba Moore, etc…
J’imagine que quand vous avez fait cet album, vous vous êtes nourri
de plusieurs influences différentes ?
Complètement. Tu sais les mecs d’IAM écoutaient aussi du Melba
Moore, tu vois ce que je veux dire ? En fait, nous on
est revenus en arrière et après on s’est dit tu sais quoi, quand on
a commencé Chromeo, cette musique des années 80, y a pas assez de
gens qui lui rendent hommage et surtout pas assez de gens en
électronique. C’est aussi un sentiment qui manque aujourd’hui, je
crois qu’il y a toujours de la place pour le funk et on voulait
donner une continuité au funk.
Quand on écoute quelques extraits de l’album, on sent
que plusieurs thèmes reviennent, du style le gars qui veut
conquérir une fille à tout prix, mais qui est aussi hors de sa
portée, ou la fille qui sait être belle et qui en profite un peu.
Ce sont des thèmes qui vous inspirent ?
Bah
nous on a toujours voulu faire un truc un peu antihéros, genre le
mec qui a pas nécessairement tout le succès. Mais en fait, même si
on parle de mec et de meuf, ce sont des thèmes qui peuvent
s’appliquer à tous, ce sont juste des histoires d’amour qui sont un
peu atypiques. Et il y a certains morceaux (…), c’est des mecs qui
ont réussi, et nous on parle du mec qui ne réussit pas, 90% de la
population (rires…)
Sur One Track Mind : « I just got fixated on
somebody. I been called you on private numbers », on sent le
gars qui insiste….
Ouais, One Track Mind, c’est le
relou assumé mais qui s’en rend compte et qui fait une chanson de
ça. C’est important d’avoir ces thèmes-là pour nous parce que c’est
humain.
Est-ce que vous avez une petite anecdote à nous livrer
sur un moment de la conception de l’album ou un live?
The Dream a écrit tout son morceau en 10 minutes. Il a
improvisé, genre le mec a freestylé tout le morceau. Nous on était
wow, et après t’as son ingé qui nettoie et il a fini (…) On
lui a joué les idées et ok cool (…).
Vous avez fait Coachella cette année, c’est
comment ?
C’est très cool, c’est énorme mais
c’est angoissant. Et maintenant c’est devenu hyper-people (…),
c’est encore plus angoissant parce que tout le monde te regarde,
toute la planète… c’est cool mais c’est angoissant.
On vous sait proche de certains artistes de France,
notamment ceux d’Ed Banger (Pedro Winter, Dj Mehdi à l’époque
etc…). Comment vous voyez la scène électro française aujourd’hui
?
Pour nous, en tout cas, on n’est pas français,
on a quand même un regard de fan (…) Quand j’écoute la house de
Tchami, moi j’entends quand même Bangalter derrière tu vois ?
Pour nous encore une fois, c’est la continuité du funk, et il y a
un énorme quota de funk là-dedans.
Donc ça évolue dans le bons sens en fait ?
On est mal placés pour en parler, ça c’est une vraie question
pour Pedro parce que Pedro il a tout vu, c’est genre un peu le papa
du truc (…). Nous, on apprécie, après on est fans tu sais. Puis
après, il y a les trucs de rap aussi, pour nous de l’autre côté de
l’Atlantique, quand on a découvert PNL, on a fait wow (…) MHD c’est
pareil (…)
En France, il y a presque une tradition, Madeon, Surkin, ils ont tous commencé très jeune (…) nous ce qu’on admire en fait c’est ça, il y a une vraie culture.


















