Cristobal Huet – la grande muraille de France

A la veille d’un TQO décisif pour l’équipe de France en Norvège, portrait du gardien Cristobal Huet, légende vivante du hockey sur glace.

 En handball il y a Thierry Omeyer, en foot Fabien Barthez et en hockey il y a Cristobal Huet. Surnommé Cristowall, le gardien de l’équipe de France est le seul français à avoir remporté la Coupe Stanley en NHL. À la veille d’un TQO décisif pour les bleus, portrait de la légende vivante du hockey sur glace français.

De Grenoble à L.A

Sans doute le plus connu de tous parmi les hockeyeurs français (avec Antoine Roussel), Cristobal Huet aura eu une carrière exceptionnelle qui est loin d’être finie. Originaire de Grenoble, Huet fait partie de ses rares joueurs qui sont nés avec un talent au bout des mains. Des capacités hors-normes qui lui promettent un grand avenir dans ce sport. À 20 ans à peine, Cristo garda déjà les buts des Brûleurs de Loups de Grenoble, mais aussi ceux de la sélection nationale. En 1998, il connaîtra ses premiers JO à Nagano, Huet participera t à 2 matchs. Une petite mise en bouche de ce qu’il va l’attendre pour les deux décennies à venir, à savoir défier les meilleurs attaquants du monde.

La Ligue française étant trop petite pour exprimer son talent, Cristobal Huet prend rapidement la direction de la Suisse nettement supérieure. C’est à Lugano dans le Tessin que Cristo va voir les portes de la NHL s’ouvrir en grand. 4 saisons, 1 titre de champion de suisse et 2 titres de meilleur gardien de la LNA plus tard, le français se fera drafté à 26 ans par le Los Angeles Kings.

Malgré un âge avancé pour un rookie, Huet va avoir tout le temps pour s’imposer. Il commencera logiquement sa carrière nord-américaine en AHL (ligue mineure) avec les Manchester Monarchs. Rapidement, Cristo va être appelé à l’étage au-dessus et va ainsi pouvoir faire ses grands débuts en NHL. Il est le deuxième français (né en France) dans l’Histoire à fouler une patinoire de la Ligue Nationale. Au cours de la saison 2002-2003, le français obtiendra 12 départs avec les Kings. Une bonne mise en jambes pour la suite.

La saison suivante sera celle de la confirmation pour le portier français. Grâce en partie à la blessure de Roman Cechmanek, Huet va avoir la possibilité de jouer 41 rencontres avec Los Angeles. Une progression rapide qui sera malheureusement stoppée dès 2005 par le lock-out. La NHL et l’association des joueurs n’arrivant pas à trouver un terrain d’entente, la saison fut annulée. Retour en Europe pour Cristo, dans le championnat allemand cette fois-ci avec l’Alder Mannheim. Une saison qui va mal se terminer à cause d’une blessure assez grave au genou.

Huet is the new Patrick Roy

À l’automne 2005 retour de la NHL. Pour le grenoblois changement de décor, les Kings viennent de  l’échanger aux Montréal Canadiens, franchise déjà bien dotée niveau portiers avec notamment José Théodore (MVP NHL 2002). Toujours blessé, Huet arrive au Québec par la petite porte, il ne sera même pas présenté lors de la traditionnelle soirée inaugurale du Canadien au Centre Bell. C’est donc un retour en ligue mineure pour le français chez les Hamilton Buldogs. Heureusement, cela ne va durer que 4 matchs, le temps que Théodore fasse quelques mauvaises performances. Excellent aux débuts des années 2000, José Théodore est en 2005 sur une bien mauvaise pente. Frappé par des soucis familiaux, mais aussi amateur de soirées chez Paris Hilton, le québécois n’est quasiment plus que l’ombre de lui-même.

Nouvelle chance donc pour le gardien français. En revêtant le chandail du tricolore, Huet est conscient du poids qu’il a sur les épaules. Le poste de goal à Montréal est très particulier et il apporte pas mal de pressions. Ceci à cause d’un certain Patrick Roy qui dans les 90’s avait tuer toute concurrence, notamment grâce à la fameuse Coupe Stanley remportée en 1993 (dernier en date dans l’histoire du CH).

Mais au final, il n’y aura pas plus de soucis que cela, car Cristobal Huet va tout simplement s’imposer comme le meilleur gardien de la Ligue en cette saison 2005/2006. En 36 matchs il va devenir la star de Montréal notamment grâce à des performances remarquables. Cette année, il finira avec une moyenne 92,9 % d’arrêts, soit le meilleur taux de la NHL et recevra le trophée Roger Crozier. Dans les travées du Centre Bell c’est la folie. Lors de chaque parade du français, c’est la Marseillaise qui est chantée en son honneur. Le numéro 39 des Canadiens est en train de se faire un nom grâce à cette saison magistrale qui se conclura par une participation inespérée du club de la Sainte-Flanelle en playoffs.

All-Star

Les années se suivent et se ressemblent pour le portier français. Lors de la saison suivante, Cristobal Huet va avoir la chance d’être sélectionné pour le All-Star-Game. Reconnu par ses pairs, le frenchie terminera meilleur gardien du match des étoiles. Une saison encore exceptionnelle, mais malheureusement marquée par une nouvelle blessure. Il ne reviendra que pour le tout dernier match de saison régulière décisif en vue des playoffs. Montréal, Huet et les siens tomberont face à Toronto l’éternel rival qui va les priver de séries.

Lors de la saison suivante, le règne à Montréal du portier français va toucher à sa fin. En effet, un certain Carey Price va pointer le bout de son nez. Drafté en première position en 2005, le canadien est fin prêt pour la NHL. Avec Jaroslav Halak qui réalise également de solides performances, il n’y a plus de places pour 3 gardiens de renoms. Bob Gainey, le General Manager de l’époque décide d’échanger le français aux Washington Capitals.

Le français va donc débarquer dans la franchise de D.C avec comme coéquipier un certain Alexander Ovechkin. Mal en point en vue de se qualifier en playoffs, l’arrivée de Cristowall va nettement changer la donne. En deux mois, Huet va redresser la barre et sera l’un des grands artisans de la folle remontée des Caps. Direction donc les séries, mais qui se termineront rapidement par une élimination face aux Philadelphia Flyers.

Agent libre en cette année 2008, Cristobal Huet va pouvoir enfin faire péter la banque, lui qui n gagnait que des clopinettes avec le CH. Bien qu’il eut la possibilité de prolonger à D.C, le grenoblois va préférer signer un juteux contrat avec les Chicago Blackhawks. Résultat : une entente de 4 ans et 22,5 millions de $ dans sa poche.

Cirage de banc et Stanley Cup

Mais pas de chance pour lui, l’aventure à Chicago ne va pas se passer aussi bien que prévue. En concurrence avec le russe Nikolaï Khabibulin, Huet ne parviendra pas à s’imposer comme numéro 1. Résultat seulement 41 matchs en 2008/2009 pour lui et une position de numéro 2 en playoffs, même s’il sortira l’un des rencontre de sa vie lors du game 5 contre Détroit en finale de conférence (défaite 2-1).

L’année suivante, Khabibulin n’est plus là, mais c’est Antti Niemi qui va venir bousculer le français. Peu constant dans ses performances, Huet semble de moins en moins dans les petits papiers du coach Joël Quenneville. Lors du début d’année 2010, le portier finlandais prend définitivement la place de numéro 1. Une saison qui s’achèvera en apothéose pour les Hawks avec le titre de champion NHL. Malgré son poste de backup, Cristobal Huet est le premier français (et le seul) a remporté la mythique Coupe Stanley. Un très beau cadeau en guise d’adieu.

Car un titre, ça coûte cher, Chicago sera obligé de dégraisser s’il veut offrir des contrats en or aux stars en devenir de l’équipe (Patrick Kane et Jonathan Toews). L’organisation décide donc d’envoyer le gardien français en Europe pour un prêt au club de Fribourg-Gottéron. Malgré encore 2 ans de contrat, Huet ne reverra plus jamais la NHL.

Le King de Lausanne

Après une saison à Fribourg plus que correcte, Cristo décide de signer au Lausanne Hockey Club (LHC)… club de deuxième division. Mais ne vous en faites pas pour lui avec un contrat juteux, Huet va rapidement retrouver l’élite du hockey suisse. Arrivant à un âge avancé, le portier français a désormais d’autres préoccupations comme s’occuper de ses deux garçons.

Ceci ne va pas lui empêcher en 2014/2015 à 39 ans de terminer meilleur gardien de la LNA suisse. Une ligue qui s’est largement renforcée depuis son départ vers la NHL en 2002.

Le sauveur des bleus

Depuis le retour de la France dans l’élite mondiale, Huet enchaîne les super performances sous le maillot bleu à chaque compétition. On se souvient notamment en 2014, de cette parade sortie de nulle part contre le Canada lors du premier match de poule (victoire de la France 3-2 aux TAB).

La sélection c’est le second foyer de Cristo, l’endroit où il retrouve tous ses potes avec qui il a joué en junior. Car même à l’époque où il était une star en NHL, Huet n’a jamais lâché la France comme un certain Tony Parker en basket. Au final Huet aura participé à 13 mondiaux et deux olympiades (en 1998 et 2002).

A bientôt 41 ans (il les aura le 13 septembre prochain), Cristobal Huet est à l’aube de sa dernière saison en carrière. Une campagne ô combien importante puisqu’il disputera avec la France le TQO en Norvège dès demain et surtout le mondial au printemps 2017 qui se tiendra à Paris. L’occasion de finir en beauté pour ce futur hall of famer. Et qui sait si les bleus parviennent à se qualifier pour les JO 2018 de Pyeongchang, peut-être que Cristowall fera une année de rab. Histoire de conclure par le plus bel événement sportif qui soit.

Pierre-Andrea

Pierre-Andrea

Journaliste chez La Sueur
Ecrit sur la NHL, le surf, le running et la culture
Pierre-Andrea
Photo By: AFP
2 Discussions on
“Cristobal Huet – la grande muraille de France”

Leave A Comment

Your email address will not be published.