Junior Dos Santos : une ballade Tzigane

Portrait de Junior Dos Santos : le casse-tête briseur de crâne sorti tout droit du Brésil

De nombreuses choses peuvent, et doivent être dites, sur Junior Dos Santos, cet individu au parcours hors norme, tant sur son histoire, que sur son style et que sur son récent combat. Je tiens d’ailleurs à clarifier les choses sur un point, qui devrait apparaître assez rapidement au lecteur attentif de cette brève : je ne prétends aucunement à l’impartialité ici. Pour ne pas me perdre dans les méandres d’un babillage autocentré sur mon petit nombril (c’est pas le genre de la maison), disons simplement que je suis un fan inconditionnel, et de la premier heure, du combattant objet de mon actuel propos. Si par moment la rédaction vous paraît trop laudative, voire panégyrique (mot compte triple), je vous en demande par avance pardon. En effet, il est toujours délicat de traiter objectivement de ses modèles.

Le parcours de Junior Dos Santos est remarquable à maints égards. Dans ses succès, dans ses échecs, de la manière dont il est passé des ombres à la lumière, le panache, le style et la volonté ont toujours été présent, pour le meilleur comme pour le pire.

Homme providentiel dans un premier temps, destiné à faire briller une catégorie pour le moins sclérosée de l’UFC (I), héros tragique dans un second temps, incapable de reconnaître ses défaites et ses erreurs et s’accrochant, au détriment de sa propre intégrité physique, à l’espoir d’une victoire impossible (II). Junior Dos Santos a toujours dangereusement oscillé entre triomphe et drame, gloire et désespoir, génie et jusqu’au-boutisme préjudiciable.

Le parcours de Dos Santos n’est pas un film Hollywoodien commençant mal pour se terminer bien, récompensant les efforts par le succès et sanctionnant positivement la détermination du héros dans la recherche de ses rêves. Le parcours de Dos Santos est plus humain, il alterne succès, défaites, joie, tristesse avec une brutale et absurde fluidité. Le parcours de Dos Santos n’est pas une histoire américaine, mais une ballade Tzigane.

I/ De l’ombre à la lumière, l’ascension flamboyante de Cigano :

Dans les premiers temps de sa carrière (2006-2012), Junior Dos Santos a connu une ascension fulgurante, quasiment parfaite (à l’exception d’une petite défaite en tout début de parcours) qui le mena au titre des poids lourds de l’UFC(A).

Pour de nombreuses personnes à ce moment-là, Junior Dos Santos ainsi que sa Némésis de toujours, Cain Velasquez, représentaient la relève, voire la sauvegarde d’une catégorie moribonde (B).

Ce succès était alors le résultat de la combinaison de capacités physiques hors normes, d’une confiance en soi incontestable et d’un style peu commun parmi les poids lourds. À cette époque, JDS posait les questions, et personne ne savait y répondre (C).

À/ De Salvador au Brésil à Anaheim en Californie

Dans mon introduction, et par volonté de faire un effet de manche stylistique (un début de déformation professionnelle sans doute) j’ai énoncé que le parcours deJunior Dos Santos n’était pas une success-story à l’américaine, mais plutôt un conte dramatique tzigane. En ce qui concerne le début de sa carrière, rien n’est toutefois moins vrai. En effet, l’ascension sociale et sportive de Cigano a de quoi faire pleurer un Sylvester Stallone sous tranxène.

Élevé par sa seule mère dans des conditions qui ferait passer Gavroche pour un gosse de riche, JDS ne baigna pas, à la différence de nombreux autres combattants, dans un environnement martial. En fait, on peut dire que d’une certaine manière, JDS apprit à lutter (au sens métaphorique du terme) avant d’apprendre à combattre. Pas de cours de judo ou de boxe après l’école, mais plutôt un travail dès ses dix ans pour aider sa famille à subvenir à ses besoins. Paradoxalement, Junior Dos Santos fit donc l’apprentissage du mental martial avant les techniques (parcours inverse à la norme). On peut, sans vouloir jouer les Freud de comptoir, déceler dans cette enfance pénible, une préfiguration de ce qui caractérisera JDS en tant que fighter : un mental, une détermination et une ténacité hors norme.

Découvrant le Jiu Jitsu sur le tard (à ses 21 ans), JDS ne perdit pas de temps et compensa assez rapidement son retard grâce à un talent et d’incroyables capacités physiques. Après 6 mois d’entraînement seulement, le jeune Cigano (surnom que lui donneront plus tard ses partenaires d’entraînement, du fait de sa chevelure, à l’époque, abondante) remportait ses premières compétitions de jiu-jitsu brésilien.

Junior Dos Santos visage

Oui, je sais, on est plus proche d’un métissage entre Monsieur Propre, Hitman et Pablo Escobar, mais à l’époque, ses longs cheveux attachés en queue de cheval lui valurent son actuel et inchangé surnom.

La même année, JDS fit la rencontre de l’entraîneur et mentor qui l’aida à façonner son style et, par le même coup, contribua à forger son incroyable destiné : Luis Dorea (ex-combattant de MMA ayant entraîné à diverses étapes de leur carrière, les frères Nogueira, Anderson Silva, Vitor Belfort, Lyoto Machida et consorts, autrement dit du très très lourd).

C’est durant cette même période, et après seulement un an d’entraînement martial (oui la nature est injuste) que JDS commença sa carrière professionnelle.

Après 7 combats plutôt courts (six victoires et une défaite, toutes obtenues en moins d’un round),Junior Dos Santos, alors âgé de seulement de 23 ans se vit offrir un ticket d’entrée pour la Mecque du MMA : l’UFC.

Ne nous y trompons pas, si l’opportunité était exceptionnelle, ce combat avait en revanche tout d’un traquenard. En effet, le jeune Dos Santos, à l’époque totalement inconnu du circuit, était offert en tant que victime expiatoire au déjà bien rodé Fabricio Werdum. Si le Werdum de cette époque était moitié moins dangereux que le Werdum actuel, il n’en restait pas moins un grand favori pour ce combat. En effet, vainqueur de l’ADCC et multiple champion du monde de jiu-jitsu brésilien, Fabricio avait aussi beaucoup plus d’expérience que le jeune Dos Santos, ayant notamment combattu au Pride et à l’UFC contre les meilleurs de la catégorie.

Ce combat était, ce qu’on appelle dans le jargon, un « build up fight » destiné à faire de Werdum un contender sérieux pour le titre (un build up fight est un combat que l’on offre à un fighter pour améliorer son record en vue d’un titre, pratique très courante dans le monde de la boxe s’étant naturellement transmise au MMA).

Comme dans les meilleures/pires films américains du genre, Junior Dos Santos partait donc avec très peu de chances pour ce combat. Ce qui se déroula le 25 octobre 2008 à Rosemont Illinois fait aujourd’hui partie de l’histoire du sport.

Excusez l’ignoble format de la vidéo, mais bon qu’importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse disait le SDF alcoolique ayant élu domicile en bas de chez moi. Pour revenir au combat, je vous laisse apprécier le magnifique KO de Dos Santos par uppercut sur le pourtant favori Werdum.

La victoire en moins de 2 minutes de JDS envoya un message très clair à la catégorie des poids lourds ce soir-là : Cigano ne venait pas pour jouer, mais pour conquérir, et gare à l’imprudent qui se mettrait sur sa route.

À la suite de cette victoire, Junior connu une succession de 8 victoires (dont 6 avant la limite) qui lui permirent de décrocher le titre aux mains de l’autre star montante de la catégorie, Cain Velasquez (le 12 novembre 2011 à Anaheim Californie, soit seulement 5 ans après avoir commencé les arts martiaux). Cette victoire sur l’américain d’origine mexicaine annonça d’ailleurs le début d’une rivalité qui s’avéra désastreuse et destructrice pour les deux combattants (si si, les deux, j’y tiens) et indirectement pour la catégorie des lourds à l’UFC.

L’over right hand qui fit de JDS un champion, signant aussi le début d’une rivalité entre les deux espoirs de la catégorie des lourds.

Après cette victoire, Junior Dos Santos était perçu comme véritablement invincible. Personne en Heavyweight n’avait accompli une telle série de victoires (9 victoires consécutives, record pour le moment inégalé dans la catégorie des lourds à l’UFC). Par ailleurs, la façon éclatante dont ses victoires furent obtenues laisser présager un avenir brillant pour le Brésilien. L’UFC tenait peut-être enfin son champion poids lourd dominant, dont le destin aurait été de rendre ses lettres de noblesse à une catégorie pour le moins mal-aimée.

B/ JDS et Velasquez, les espoirs d’une catégorie en perdition :

Lorsque l’on revient sur la carrière de JDS, on ne peut pas ne pas évoquer Cain Velasquez. En effet, le destin de ces deux combattant est tellement lié, que parler de l’un revient à parler de l’autre. Pendant un long moment, ces deux gentlemen étaient perçus, pour de multiples raisons comme les espoirs, voire les sauveurs de la catégorie des lourds.

Pour comprendre cela, il faut revenir sur la faiblesse historique de cette catégorie au sein de l’UFC. En effet, si la catégorie Heavyweight fut pendant longtemps la plus spectaculaire, elle fut aussi la plus pauvre techniquement. On peut trouver plusieurs raisons à cela. L’une d’elles, davantage lié au monde du MMA est la pré éminence du Pride lors des débuts de l’UFC, qui ne lui permit pas de développer une pool de combattant poids lourds équivalent à celui du Pride (là ou la sainte trinité Fedor/Nogueira/Filipovic se disputait la couronne de l’organisation japonaise, des combattants, certes honorables, mais pas du tout du même calibre, comme Couture, Silvia ou Arlovski jouaient aux chaises musicales à l’UFC).

L’UFC n’a en fait pu développer cette catégorie qu’avec le décès de sa rivale japonaise, récupérant ainsi ses fighters légendaires (à l’exception de quelques irréductibles Slaves). Le problème est que le Pride mourut trop tard, et lorsque l’UFC mit enfin la main sur les Cro Cop ou Nogueira, ces derniers n’étaient déjà plus que l’ombre de ce qu’ils avaient été. Par ailleurs, la malchance s’invita dans ce triste décor, se chargeant de couler les quelques potentielles stars de cette catégorie (Brock Lesnar et Shane Carwin développant des maladies à répétitions, les empêchant finalement de combattre, Allistair Overeem forçant sur la viande de cheval, et se voyant ainsi exclure pendant une certaine durée). Au milieu de ce marasme sportif, deux étoiles montantes brillèrent néanmoins : Velasquez et Junior Dos Santos.

Symboliquement, ces deux fighters représentaient beaucoup. Issues chacun des plus grandes nations de ce sport (Brésil USA), jeunes, indéniablement talentueux et enfin dotés chacun d’un charisme puissant, ils étaient susceptibles de porter enfin la catégorie des lourds sur le devant médiatique.

Par ailleurs, ces deux combattants ne provenaient pas d’organisations rivales, et pouvait alors être labélisés pur produit UFC par une organisation souffrant à l’époque de la comparaison à son ancienne ennemie Nippone (de façon amusante d’ailleurs, les deux combattants abattront de manière tonitruante d’anciennes légendes du Pride sur le chemin qui les menèrent au titre : ainsi JDS détruisit Cro Cop et Velasquez massacra Nogueira, un peu comme si l’UFC se devait de tuer le père pour briller enfin).

L’UFC ne cachait toutefois pas sa préférence pour le combattant américano mexicain (et pour ceux qui soupçonne une paranoïa partiale de ma part à ce propos, je vous recommande de comparer les parcours des deux combattants vers le titre : 7 combats pour Dos Santos contre des tueurs de la trempe de Carwin, Werdum, Gonzaga et Nelson, 6 combats pour Velasquez, mais contre des fighters beaucoup moins dangereux, avec tout le respect que j’ai pour notre Kongo national évidemment) susceptible pour eux de toucher un auditoire particulier et d’ainsi faire exploser leurs chiffres de vente à chaque Pay Per View ( une habitude de l’UFC de stariser ses combattants en fonction de leur potentiel impact sur le marché. Hein, comment ça ? Qui a dit McGregor ?). La défaite du champion américano-mexicain aux mains du jeune

JDS préfigura alors une rivalité mortelle pour les deux stars en devenir (et de manière objective cette fois, beaucoup plus préjudiciable à Dos Santos), mais nous y reviendrons. Lorsqu’il devint champion néanmoins, personne ne pouvait réellement prédire la chute prochaine de Junior Dos Santos. Ses victoires étaient tellement écrasantes que l’on pouvait légitimement s’attendre à un long règne de la part du Brésilien. Ce succès était alors dû à une maîtrise pugilistique particulière, sur laquelle il convient évidemment de se pencher.

C/ Cigano’s style :

À l’inverse de son grand rival, JDS ne brilla jamais par une maîtrise complète du MMA. En fait, et contrairement à ce que l’on a coutume de dire aujourd’hui à propos du MMA, JDS était la preuve vivante qu’un combattant ultra spécialisé pouvait devenir champion.

En effet, en simplifiant un peu, il est aujourd’hui admis qu’un combattant de MMA se doit de maîtriser les divers aspects du jeu (striking/wrestling/grappling) et les transitions s’il désire réussir.

Junior Dos Santos démontra toutefois, dans la première partie de sa carrière, que l’important n’était pas de connaître toutes les facettes du sport pour dominer, et qu’un spécialiste, tant qu’il dictait le rythme du combat, pouvait imposer sa spécialité et vaincre.

En effet, la maîtrise de JDS reposait sur un arsenal limité, mais diablement efficace faisant intervenir une boxe en set up, une takedown defense impénétrable, et des contres mortels.

Junior Dos Santos appartenait alors à un type particulier de combattant ; les combattants posant des questions à leur adversaire.

En effet certains combattants ont développé par la force des choses un style si atypique, qu’ils ne vont pas chercher à s’adapter réellement à leur adversaire. Ils se contentent simplement de venir et d’imposer leur technique à leur vis-à-vis qui devra trouver une solution à la dangereuse énigme posée. La grande force de ce type de fighter, est que, tant que personne n’a apporté la réponse à leur style, une aura d’invincibilité, justifiée ou non d’ailleurs, les entourent (Machida, JDS, McGregor pour ne citer que les plus connus) leur conférant un avantage psychologique incroyable. Le grand défaut de ce type de fighter, est que, une fois la réponse trouvée (la fameuse blue print), il leur est très difficile de faire évoluer leur style et deviennent dès lors, beaucoup moins dangereux. Junior Dos Santos ne fait malheureusement pas exception à la règle. Néanmoins dans un premier temps, personne ne semblait capable d’apporter la réponse au casse-tête (dans les deux sens du terme) qu’il offrait.

1) Une maîtrise de la boxe en set up :

Assez rapidement, JDS s’est fait remarquer par son expertise de la boxe anglaise. Objectivement néanmoins, on ne peut pas dire que Junior Dos Santos soit un excellent boxeur (il faut arrêter avec cette prétention propre au MMA qui vaudrait faire croire que des bons boxeurs en MMA sont de bons boxeurs, ou que de bon striker en MMA sont de bons Kickboxeur : ce sont des sports différents, et le succès dans l’octogone ne se traduit probablement pas dans un ring) toutefois on ne peut pas nier qu’il maîtrise au moins un aspect de la boxe anglaise qui lui à permit de connaître rapidement le succès.

En ce sens, si JDS n’est pas un remarquable boxeur défensif (on peut même dire sans honte le contraire) et ne brille pas par sa compréhension des déplacements il est toutefois un agresseur redoutablement intelligent.

En effet, la technique du Brésilien s’articule principalement autour de set up constitué par son fulgurant jab (directe du poing avant) servant de bases à de courtes, mais efficaces combinaisons.

Un set up, et une amorce servant à préparer un autre coup, soit en fixant l’adversaire, soit en détournant sa garde, soit en évaluant les distances. Les set up sont indispensables en boxe anglaise et en kickboxing, car la probabilité de toucher un adversaire spécialisé dans les échanges debout en une seule attaque est proche de zéro. Toutefois en MMA, et à plus forte raison dans la catégorie Heavyweight (où la maîtrise technique est la plus faible), peu de combattants maîtrisent réellement ce concept (la grande majorité des combattants ayant appris le pied poing sur le tard ont cette fâcheuse tendance à agir au coup par coup, ou en combinaisons peu pertinentes). Junior Dos Santos pour sa part, en a fait sa véritable spécialité, notamment grâce à une technique cruellement sous-utilisée en MMA, le Jab au corps.

Le jab au corps est une technique négligée, car considérée comme assez inutile. En effet, le jab au corps seul n’est d’aucune utilité : il n’est pas assez puissant pour causer des dommages à l’adversaire et de plus il expose le visage de celui qui le réalise à un contre en crochet (le bras avant visant le corps de l’adversaire, découvrant le visage du boxeur).

Néanmoins, une fois maîtrisé, le jab au corps peut, pour plusieurs raisons constituer un très précieux outil. Tout d’abord il s’agit d’une attaque très rapide est difficilement prévisible qui aura toutes les chances, si l’utilisateur est rôdé, de toucher (la plupart des combattants protégeant davantage leur visage que leur corps). Par ailleurs, si le jab au corps ne cause pas de dégâts majeurs, il n’en est pas moins véritablement irritant. En effet, en frappant continuellement un adversaire dans la ceinture abdominale, en l’empêche de reprendre son souffle, on le gêne dans son rythme et on sape petit à petit son endurance. Et c’est là qu’intervient la véritable qualité du body jab : à force de recevoir des coups dans l’abdomen, même le plus discipliné des combattants cherchera à réagir et à se protéger de ces ennuyeuses piqûres en abaissant son bras avant pour bloquer le coup, créant ainsi une ouverture beaucoup plus dangereuse dans sa garde. L’utilisateur du body jab pourra alors enchaîner jab au corps et techniques au visage à présent découvert, ou pourra feinter à loisir pour désorganiser la défense de son adversaire. Ainsi, à l’aide d’une technique aussi anodine, on pousse l’adversaire à commettre des erreurs qu’il ne ferait pas en temps normal et à s’exposer ainsi dangereusement.

C’est notamment avec cette technique que le légendaire Sugar Ray Robinson domina le monde de la boxe et devint l’un des plus grands, si ce n’est le plus grand boxeur de tous les temps.

Petit Highlight de Sugar Ray Robinson pour les cancres que ne le connaîtraient pas déjà. Bon, on ne voit pas vraiment le body jab ici, mais la vidéo est quand même bien sympa.

Junior Dos Santos quant à lui, est l’un des rares (avec Gustafson, qui d’ailleurs troubla très sérieusement le légendaire Jon Jones avec cette technique) combattants de MMA à avoir incorporé efficacement cette technique dans son arsenal. S’aidant de ses capacités athlétiques et de son punch naturel, JDS utilise merveilleusement bien cette attaque. Se tenant quasiment de profil, et laissant son bras avant assez bas, Junior explose le plus souvent en in and out commençant par body jab et se poursuivant soit sur une over right hand létale, ou sur un crochet du même bras destiné à punir l’adversaire désirant le contrer.

À 00min56, Feinte de body jab et over right hand cataclysmique, contre le pourtant très légitime Mark Hunt. À 1min 36, la même combinaison passant à trois cheveux de la tête du super samoan.

Contre Frank Mir, Jab en direction du sternum, et cross pour un aller simple au pays des merveilles.

Une fois son adversaire habitué au body jab, JDS sème la confusion en alternant jab et crochet du poing avant. Utilisant d’ailleurs à l’occasion des combinaisons très fluides de crochet du bras avant et uppercut du bras arrière.

À 2min 16, crochet avant, uppercut arrière.

Cette maîtrise des set up grâce notamment à l’utilisation intelligente et peu commune du body jab permit à Dos Santos de dominer une catégorie en faisant preuve pourtant d’un arsenal assez limité. Cette capacité à dicter le combat n’était toutefois possible que grâce à une takedown défense impeccable le mettant à l’abri des lutteurs, ainsi que des contres décourageant ses adversaires de prendre l’initiative.

2) Une takedown défense impeccable :

Il n’y a pas grand-chose à dire sur ce point si ce n’est que le style de Junior Dos Santos, aidé par ses capacités physiques, le met assez efficacement à l’abri des takedowns (mises au sol) adverses.

Pour commencer, Junior se tient quasiment de profil (un peu à la manière d’un escrimeur) ce qui l’expose certes aux techniques de jambes en lignes basses (stratégie d’ailleurs étrangement peu exploitée par ses adversaires), mais qui rend les techniques de double leg (plaquage au sol par la saisie des deux jambes) beaucoup moins aisée que sur un adversaire se présentant de face ou de trois quarts face (comme la majorité des combattants, influencés par le style traditionnel de kickboxing).

Par ailleurs, perpétuellement en in and out, Junior Dos Santos sait comment fausser les distances et induire une tentative de takedown chez son adversaire qui sera déclenchée souvent trop tôt, lui permettant de simplement reculer pour éviter la mise au sol (le combat contre Frank Mir est à ce propos assez édifiant).

Enfin, contre la cage, Junior est un adepte de la technique consistant à donner volontairement une jambe pour sortir d’une situation complexe (en effet, un single leg, plaquage par la saisie d’une jambe est beaucoup plus difficile à exécuter qu’un double leg ; ainsi, en sacrifiant une jambe à son adversaire, Junior évite souvent la saisie des deux jambes qui solderait sa mise au sol).

Ce sont là des techniques assez classiques de défense contre les lutteurs dont certains combattants sont réellement passés maîtres (José Aldo notamment). La force physique et l’explosivité de Dos Santos, alliées à la maîtrise de ces techniques font qu’il est très compliqué pour son adversaire de mener le combat en phase au sol.

3) Des contres mortels :

Les contres de Junior Dos Santos lui permirent pendant un certain temps de cacher son véritable défaut, à savoir ses lacunes défensives. Pendant toute la première partie de sa carrière, ce défaut ne fut pas exposé, car Junior Dos Santos, par l’utilisation habile de crochet du bras avant savait dissuader son vis-à-vis de prendre l’initiative. Peu de gens pouvaient alors deviner que cette apparente qualité (timing et puissance ajoutée à cela) masquait la véritable faiblesse du jeu brésilien.

Il faudra attendre le match revanche contre Velasquez pour voir que ces contres, apparemment dévastateurs, n’étaient que la mince muraille exposée par JDS sur sa plus terrible lacune.

Ouais, enfin, n’est pas Velasquez qui veut. Il faut admettre que le contre en crochet du bras avant du brésilien était à l’époque assez terrifiant.

II/ La chute de Junior Dos Santos

Le 29 décembre 2012 à Las Vegas Nevada, la success-story de JDS pris brutalement fin aux mains de l’autre fils prodige de la catégorie Heavyweight, le susmentionné Cain Velasquez.

Le match JDS/Velasquez II est probablement l’un des combats pour le titre le plus brutalement déséquilibré de ces dernières années, Velasquez ayant percé à jour l’énigme posée par le Brésilien et l’ayant démontré pendant 25 minutes de la plus brutale des manières.

Ce soir-là, Cain Velasquez mit en lumière les deux principaux défauts du Brésilien. Premièrement, JDS ne savait visiblement pas gérer sa position dans l’octogone finissant généralement dos contre la cage à chaque fois que Cain avançait sur lui. En effet, passé le premier contre, Junior Dos Santos avait tendance à reculer en ligne droite son prendre le soin de désaxer ou de pivoter et, par conséquent s’enfermait la plupart du temps dans une situation très peu avantageuse.

Deuxièmement, Cigano avait tendance à baisser dangereusement les bras lorsqu’il reculait, l’exposant alors aux attaques de son adversaire.

Cain sut exploiter ces défauts grâce à son sang-froid, sa technique et son incroyable cardio, et martyrisa JDS pendant 5 rounds de la plus horrible des manières (la détermination et le mental de guerrier du Brésilien ne faisant qu’aggraver la situation, prolongeant inutilement un combat qui s’approchait plus d’une mise à mort que d’un duel équilibré).

Passé ce combat décisif, Junior Dos Santos ne retrouva jamais la superbe de l’époque. Comme dit précédemment, sa supériorité reposait sur le fait qu’aucun de ses adversaires ne savait quel gameplan appliquer pour venir à bout de son style. Une fois la solution montrée, JDS n’était plus la force invincible des débuts. Ainsi, les combats qui se suivirent virent Dos Santos alterner les victoires chèrement acquises (Mark Hunt, Stipe Miocic) aux défaites désastreuses (le troisième combat contre Cain, la défaite par KO contre Overeem).

Parallèlement au fait que ses faiblesses avaient été exposées, il semblait indéniable que JDS avait de plus perdu en confiance, en rapidité et en explosivité. Son style reposant principalement sur ces facteurs physiques et psychologiques, son déclin était d’autant plus compréhensible.

Parallèlement, bien qu’étant sorti indéniablement comme le vainqueur de la trilogie de combats contre Junior Dos Santos, Velasquez perdit aussi de sa superbe. Officiellement, les blessures à répétitions, le manque de combats réguliers et l’impréparation furent la cause de sa défaite contre Werdum. Officieusement (en fait c’est ma version), Cain sortit probablement éreinté mentalement se cette rivalité avec Dos Santos et n’avait probablement plus la même faim que dans les débuts (ayant prouvé sa supériorité sur le seul adversaire lui ayant jamais opposé une véritable résistance, quel intérêt avait-il à revenir combattre ?).

La chute de Dos Santos s’accompagna donc étonnamment, et pour des raisons différentes, de la chute de Velasquez, comme si le destin des deux fighters était lié à la fois dans le succès et l’échec.

La perte des deux fils prodiges de l’UFC entraîna un retour, à ce que j’appellerai, « l’âge sombre » de la catégorie Heavyweight (un top 10 où les vétérans usés côtoient des jeunes athlètes inexpérimentés et où peu de fighters sortent réellement du lot).

III/ Un combat encourageant contre Ben Rothwell ?

Il y a quelques mois, le JDS sur le déclin exposé précédemment rencontrait l’une des rares figures montantes de la catégorie Heavyweight (Ben Rothwell, surnommé affectueusement la « créature de Rothwell » par RUST).

De manière étrangement similaire à ses débuts, JDS était envoyé ici en pâture à un combattant qui avait réussi, semble-t-il, à s’améliorer sur le tard pour devenir un redoutable adversaire et un contender légitime pour le titre.

De façon assez surprenante, Junior Dos Santos sût appliquer son jeu et obtint la victoire sur un Ben Rothwell pourtant déterminé (porté par une série de 4 victoires consécutives avant ce combat) en 5 rounds de domination incontestable.

Revenant à ce qui avait fait le succès de ces débuts, JDS multiplia les body shot, travailla en feinte et en combinaison pour martyriser le colosse américain du début à la fin du combat. C’était un JDS confiant, comme on ne l’avait pas vu depuis plusieurs années, qui officiait ce soir-là au sein de l’octogone.

Est-ce à dire que Junior Dos Santos a corrigé ses erreurs et est potentiellement en route pour le titre ?

Il serait véritablement partial d’affirmer une telle chose, et même un fan comme moi doit admettre que les énormes défauts du Brésilien étaient encore présents ce soir-là (Ben ne sut toutefois pas les exploiter).

Mais, il serait aussi stupide de ne pas noter les améliorations de Cigano à cet égard. Ainsi on a pu observait de nombreux désaxages pendant le combat, et le Brésilien fut ainsi beaucoup moins souvent dos contre la cage que par le passé. De plus, si la défense de JDS fut loin d’être imperméable, il semble qu’il ait néanmoins travaillé ses mouvements de tête puisqu’il put esquiver assez facilement nombreuses attaques de son adversaire.

En résumé, j’aimerais sauter de joie et vous prophétiser un retour sur le devant de la scène du boxeur brésilien, néanmoins ma conscience d’analyste m’empêche de verser dans de tels épanchements. Toutefois, et sans m’avancer cette fois, Junior Dos Santos a montré qu’il avait enfin reconnu ses erreurs et commencé à travailler en vue d’y remédier. Si tel est le cas, JDS pourrait nous faire rêver à nouveau et apporter un second souffle à une catégorie ayant grand besoin d’un champion aussi charismatique que lui (avec tout le respect que je dois à Miocic).

Modulant tour à tour entre joie, tristesse, triomphe, échec, surprise et déception, le destin de Junior Dos Santos ne semble pas fixé. Il ne s’agit pas d’une success-story américaine, ni d’un drame Shakespearien, mais d’une ballade Tzigane. By Polydamas

Photo By: foxsports.com, mmasucka.com