Les fils du Vent – Cruz vs Dillashaw

On aurait tout aussi bien pu appeler cette tribune « les Aventuriers du Shift Perdu » tellement ces deux larrons ont fait de ce move leur fond de commerce. Le Shifting c’est l’art de changer de garde pendant une combinaison pieds-poings, tout simplement en faisant un pas (avec une infinité de variations possible). Ca à l’air un peu concon hein? Et pourtant personne ne le fait, c’est une science qui a été un peu oubliée et nom d’une tringle quelle tragédie; ça permet de créer un nombre faramineux d’angles de frappe et de positionnements à partir desquels piquer en toute sûreté. Avec TJ et Cruz à la manoeuvre, cette technique est élevée au rang d’Art puisqu’ils l’utilisent tout au long du combat. Ce sont les seuls au plus haut niveau à en avoir fait leur style. Honnêtement pour trouver le dernier mec un peu street à avoir eu les pieds aussi légers faut remonter à Hermès – le messager des dieux et ses pompes en casque d’Astérix.

Hermes aka le SMS avant l'heure

Hermes aka le SMS avant l’heure

Vous commencez à comprendre pourquoi ici à La Sueur on a rendu notre goûter d’excitation à l’annonce du choc.

Dominic Cruz est l’ancien champion Bantamweight. Sa particularité : il n’a jamais perdu son titre mais a été forcé de l’abandonner pour cause d’inactivité… Si vous avez ricané devant la #fragilité de Samuel L. Jackson dans « Incassable », vous allez sérieusement vous fendre la poire avec Dominic; constamment blessé, il n’a combattu qu’une fois en 4 ans et sa dernière défense de titre remonte à octobre 2011. Il paraît qu’en coulisses on l’appelle le biscuit sec.

Dans le « sport à la croissance a plus rapide au monde » 4 ans est une éternité, sans parler de la carrière de Cruz. Statistique cruelle, la dernière fois qu’il a défendu son titre, TJ Dillashaw n’avait même pas commencé sa carrière à l’UFC! Il a depuis enchainé 10 combats, grimpant les échelons, décrochant le titre et le défendant 2 fois.

Comment il réussit à se péter un cubitus à chaque sortie ça c’est une autre histoire, disons simplement qu’il a autant de chance que les héros de Prison Break, les pirates d’Astérix et Obélix et la Team Rocket réunis.

Là où ça devient passionnant c’est que lorsque le mec revient, il surdose la concurrence en offrant aux fans des masterclass, comme sa dernière en date contre l’insouciant Takeya Myzugaki, pourtant dur au mal et bien rôdé :

Il feinte, léger sur ses appuis, change de garde, change d’approche pour chaque offensive, insaisissable sur le reculoir, et garde un coup d’avance à chaque échange, ce qui lui a permis ici d’obtenir le takedown sans effort, simplement en variant les niveaux et en amorçant le takedown alors que Mizugaki commence tout juste à essayer de contrer. Une fois au sol, c’est un récital, fluide, rapide et précis dans ses transitions, il est un redoutable finisseur. Regarder Cruz à l’oeuvre est aussi hypnotique qu’une chorégraphie signée Yuen Woo-Ping (Tigre et Dragon, Kill Bill, le Maitre d’Armes…).

De l’autre côté TJ Dillashaw. Ne vous fiez pas à sa dégaine type « les Anges des Princes de Secret Story presque parfait », cet homme est un broyeur. Du statut de « prometteur » fin 2012 il est passé à champion incontesté, et ça en grande partie grâce à sa collaboration avec le savant fou du striking : Duane « Bang » Ludwig. Il suffit d’écouter Duane parler de la science du pied-poing pour se rendre compte que le mec, qui a même créé son propre sytème de combat, est complètement possédé, il pense-mange-respire-se paluche striking. Alors avec un élève aussi athlétique et à l’écoute que TJ, ça ne pouvait que faire du grabuge et c’est bien ce qui s’est passé. Il est devenu innarêtable, à part le blockbuster contre Assunçao, il a mis KO cinq de ses sept derniers adversaires sans même leur laisser les miettes, des performances réglées comme du papier à musique, des combinaisons dévastatrices, une vitesse d’exécution terrifiante, une percussion qui n’a d’égale que la diversité de ses attaques, ce qu’on a entre les mains c’est un proto-Dominic Cruz en beaucoup, beaucoup plus aggressif. Quand Dominic showboat sans prendre de risque, simplement pour montrer qu’il est au plafond quand on le cherche sous les meubles, TJ est là pour décimer. Avec son armada du turfu en bandoulière, il a, par deux fois sulfaté « Dracula » Renan Barao et rien que pour ça on devrait tous s’agenouiller ici et maintenant.

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Avant sa rencontre avec le Van Helsing blond, Barao était sur une série de 22 victoires d’affilée. Vous avez bien lu. Il avait pour lui une aura d’invincibilité, personne n’était arrivé à le faire ne serait-ce que douter et TJ l’a fait passer pour un combattant de quatrième zone.

Il va trop vite, trop fort et il est partout et nulle part, si il a tendance à prendre plus de coups que Cruz parce qu’il est plus actif dans les débats, que ses combinaisons sont plus longues que la moyenne et que sa distance de prédilection est plus rapprochée de l’adversaire que celle de Dominic, sa science du mouvement lui permet néanmoins d’amocher ses adversaire de façon beaucoup plus significative avec un déchet technique quasi inexistant. C’est en toute franchise un privilège d’être témoin d’une telle maestria.

Si Ludwig produit des symphonies, TJ est son orchestre.

Alors dimanche matin plutôt que de maltraiter le bouton snooze de votre réveil, allez rendre une petite visite à « fightvideomma.com » et soyez témoin d’un art d’un tout nouveau genre: La Poésie en Mouvement.

(Et si vous le faites, jetez un oeil au combat Pettis vs Alvarez, ça va être absolument magnifique.. .Vous vous souvenez du type qui court contre la cage pour donner un coup de pied? C’est Anthony « Showtime » Pettis, et grâce à son style ultra efficace et spectaculaire qu’il était encore il y a pas si longtemps champion de lightweights. Son règne a brutalement pris fin quand il a rencontré Rafael Dos Anjos, le prochain adversaire de Conor McGregor. Comme dirait Eli Wallach dans le Bon, la Brute et le Truand « Eh oui le monde est petit, et il est également mauvais! »)

Allez, kenavo à toutes et à tous!

Rust

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Photo By: ufc.com

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