Ronda Rousey – un faceplant aux portes de l’Olympe

Jamais dans son histoire l’UFC n’avait dépensé autant d’argent et de moyens pour assurer la promotion d’un combattant. « Rowdy » était absolument partout ; sur la couverture du magazine « Rings », sur twitter avec les « #RouseyRevolution », sur youtube à partir de 2 semaines avant l’UFC 193 vous ne pouviez, ou que vous étiez, pas scroller d’un quart d’écran sans que 45 articles vous pop’ à la gueule pour vous expliquer qui est Ronda Rousey, comment elle s’habille, son opinion sur tous les sujets, sa vie sexuelle, ce qu’elle bouffe avant de se coucher, quelle partie de la cuisse gauche elle se gratte en matant Martin Mystère au réveil… Elle avait, grâce à un incroyable travail de publicité de la part de ses managers et des responsables marketing de l’UFC, atteint un statut de superstar à un niveau jamais atteint auparavant par qui que ce soit dans le monde des sports de combats.

Et elle le mérite ! Médaillée de bronze en judo aux Jeux Olympiques, elle a réussi une transition météoritique au mma : après 3 combats amateurs gagné par clé de bras en moins de 60 secondes, elle lance en 2011 sa carrière pro et remporte ses 9  premières rencontres par clé de bras, dont 8 en moins d’un round. Commence alors à se former une brume mystique autour de la « arm collector ». Elle enchaine en mode troupeau de gnous : elle atomise, en moins de 2 minutes et 50 secondes en temps CUMULÉ les 4 postulantes suivantes, 3 KOs et une soumission. Les cadavres s’empilaient comme des légos.

Vous vous rappelez dans « Astérix et le combat des chefs » le gallo-romain qui s’entraine en éclatant à la chaine des pauvres légionnaires romains qui grimpent dans le ring à la queue leu-leu ? On en était là.

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Le samedi 15 novembre 2015, à Melbourne, le Gallo-Romain s’est fait écorcher le crâne par Abraracourcix.

Son adversaire du jour, envoyée en pâture à la championne comme un bout de viande jeté dans la fosse aux lions, était sensée mettre en valeur Ronda Rousey. Il fallait un nom, un corps, une ombre pour permettre à Ronda de briller. Une ombre pour permettre à Ronda de cimenter pour de bon son statut de Méga-star mondiale. Le problème c’est que cette ombre c’est Holly Holm, multiple championne du monde de boxe anglaise, championne du monde de kickboxing et s’entrainant depuis son plus jeune âge dans un des meilleurs camps d’entrainements au monde (Jackson-Winkeljohn).

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Durant la pesée, on a pu voir une Ronda Rousey énervée, surmotivée, mais il faut le dire aussi arrogante, insultante et hautaine (elle a posté quelques minutes après la pesée qu’elle « voyait clair dans le jeu de cette pute à l’humilité simulée » … Le genre de déclaration qui, maladroitement placé dans une conversation, PEUT être mal pris) . Holly a laissé passer l’orage, et a exposé Rousey 24 heures plus tard de la plus éclatante des manières, traumatisant le monde du sport et du showbizz.

Dominée de la première à la dernière seconde, humiliée dans le stand-up, incapable de maintenir ou de mettre Holm par terre, mise elle même au sol, elle était complètement dépassée. Holm, plus rapide, plus intelligente dans ses déplacements, plus variée et précise dans ses attaques, a laissé Rousey sans aucune solution, tétanisée, désespérée. Entre les round on a alors pu assister a une scène surréaliste ; le coach de Ronda, Edmond Taverdyan, répétant à sa protégée pendant quasiment toute la minute de pause que « tu fais un travail magnifique, c’est très bon, continue comme ça » ajouté à des conseils concrets qui à ce niveau pourraient être qualifiés au mieux de tâtonnants, au pire de complètement aux fraises…

Reprise du combat, 60 secondes plus tard Ronda gisait inconsciente au sol. Elle vient de prendre un tibia à pleine puissance dans la nuque.

Bien malin qui aurait, après la domination écrasante de Ronda pendant toute sa carrière, pu prédire ce qui allait arriver. Les experts se sont tous viandés dans leurs prédictions de façon magistrale. C’est une des plus grosses surprise de l’histoire du mma, tout en haut avec Matt Serra retapant la façade de Georges St Pierre et Werdum boa-constrictorisant Fedor. Mais même ces légendaires combats n’avaient pas, et de loin, la même ampleur culturelle et médiatique.

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Matt Serra en plein ponçage sur du Georges St Pierre

Ce qui arrive maintenant va être encore plus fascinant que le combat en lui même, et notre curiosité malsaine va en avoir pour son appétit.

Comment une athlète dressée au rang d’icône de son sport rebondit d’une pareille déculottée après avoir été le centre d’un tel tsunami médiatique l’annonçant comme la « Tyson version féminine » ou encore la « femme la plus dominante de l’histoire des Sports » ?

Est ce que son gameplan, de ne pas avoir cherché la mise au sol immédiate en grindant et en restant le plus possible au contact, mais plutôt à essayer de boxer avec une violeuse de mâchoire professionnelle est montré comme la cause de la débandade ? Quels seraient alors les points à améliorer et comment se reconstruire un arsenal cohérent maintenant qu’elle a pris conscience de son retard technique ?

Mais plus important est-ce qu’elle se sépare de son entourage sportif, qui semble être en grande partie composé de « yes men » et d’entraineurs pas forcément adaptés pour une combattante de mma (Edmond Taverdyan, qui gère ses camps d’entrainements est en réalité presque exclusivement un entraineur de boxe anglaise, sans réellement d’expérience dans le combat libre de très haut niveau) ? Est-ce qu’elle change ses méthodes d’entrainement ? Est-ce qu’elle va se relever psychologiquement d’un tel choc après s’être convaincue de sa propre invincibilité et s’être littéralement gargarisée, avec une bonne dose d’arrogance à chacune de ses interventions, d’être à des années lumières de ses poursuivantes ?

Comme le disait Tyson ; « Ils ont tous un gameplan, jusqu’à ce qu’ils commencent à se manger des droites ».

Ronda Rousey est tombée, Holly Holm est championne du monde, le monde du sport va pouvoir redescendre sur terre, la vie continue.

By Rust

Photo By: Esther Lin, media.ufc.tv

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