Récit d’une soirée réussie au sein du Palais des Sports de Paris diffusée sur les antennes de Canal + dans laquelle les deux Français, Tony Yoka & Souleymane Cissokho se sont illustrés. Retour en détails sur leurs prestations respectives.

Avant l’arrivée sur le ring du super-welter Souleymane Cissokho, les sièges réservés aux invités du show-business étaient majoritairement tous vides. Dommage pour eux qui ont manqué le plus beau combat de la soirée mené par Nordine Oubaali ; ce qui n’était pas pour déplaire aux fans de boxe qui ont pu suivre ce combat sans tous les flashs qui suivirent leurs arrivées.

22h20 : Souleymane Cissokho (25ans, 1-0, 1 K.O) vs Giorgi Kerdikoshvili (19ans, 7-14-5, 2 K.-O).

On va boire des coups pour fêter le master, tu viens Souley ? Non je vais plutôt en distribuer pour mon deuxième combat pro. Boxeur et étudiant en maîtrise de droit du sport à la Sorbonne, retour sur le combat de Souleymane Cissokho face au géorgien Giorgi Kerdikoshvili.

À l’annonce de l’entrée du capitaine de la « Team Solide » des Jeux Olympiques de Rio médaillé de bronze et passé professionnel le 21 janvier dernier au Palais des Sports Marcel Cerdan de Levallois, son nom était scandé dans tout le Palais des Sports de Paris.

On serait tenté de le surnommer « Le chevalier blanc » après sa marche vers le ring, tout de blanc vêtu, scintillant de mille feux. Avec le public en poche et précédé par son frère d’arme de Bagnolet, Nordine Oubaali, qui a défendu dans la soirée son titre WBC Silver contre un guerrier mexicain, transformé véritablement en sac de frappe et stoppé à la onzième reprise par l’arbitre, tout était aligné pour que Cissokho aille chercher la victoire. Surtout quand on sait que tous ses adversaires s’étaient désistés lors de son premier combat, ce qui l’avait contraint à boxer un adversaire de troisième zone en moins de 90 secondes.  C’est un fait, Souleymane Cissokho est redouté du fait de sa palette technique et de sa puissance de frappe, et plus encore aujourd’hui, suite à son passage aux États-Unis où il s’est entraîné avec le coach de Tony Yoka, Virgil Hunter. Il porte le noble art dans cœur à savoir celui de toucher (et dans son cas de manière chirurgicale tant sa frappe est précise) sans se faire toucher.

Grâce à un très beau travail du bras avant en guise de préparation d’attaque, Cissokho a su poser sa boxe intelligemment en fin tacticien qu’il est. Face à lui, son adversaire avait opté pour une garde à la Mike Tyson, la fameuse « peek-a-boo » (consistant à avoir les gants tournés et serrés vers soi même au niveau du visage) afin de se protéger au maximum d’un Cissokho tout aussi dangereux que précis.

Le géorgien a réussi à passer la première reprise dans la douleur suite à un lourd crochet gauche en fin de round. Il est même parvenu à surprendre le français suite à des esquives du buste pour aller le toucher bras avant en début de seconde reprise. Comme l’a dit un célèbre rappeur dans son morceau « Noir » (avis aux connaisseurs) « on n’endort pas l’anesthésiste », et c’est exactement ce qui s’est passé : Cissokho a très bien réagi tout au long de la seconde reprise pour finir sur une belle accélération.

Le géorgien n’a pas choisi de faire du hors-piste en restant au centre du ring, mais pourtant, une avalanche de coups tous aussi puissants et précis les uns que les autres  est venue le mettre en grand danger. Toujours debout à la stupéfaction générale, le géorgien a pu semer le doute  dans la tête de Cissokho, mais ce doute s’est vite dissipé par un travail intense, épuisant véritablement son adversaire.

Comparons ce qui est comparable, mais après ce travail chirurgical et sans temps mort qui a contraint le géorgien a abandonné lui-même d’un geste de la main à la troisième reprise, cela nous a rappelé le « No Mas » (Assez) prononcé par Roberto Duran après avoir été désabusé par la prestation de Sugar Ray Leonard durant sept rounds le 25 novembre 1980 devant 35.000 personnes au Super Dôme de la Nouvelle-Orléans. Puristes réactionnaires, ne montez pas sur vos grands chevaux : c’est juste un parallèle à prendre avec légèreté et puis un peu d’histoire ne fait de mal à personne !

Toujours aussi plaisant en dehors que sur le ring, nous souhaitons à Souleymane Cissokho le meilleur pour la suite de sa carrière professionnelle !


22h53 : Tony Yoka vs Travis Clark (38ans, 12-0, 8 K.-O).

« La trajectoire mondiale se fait étape par étape » a déclaré Tony Yoka. Première étape validée, on attend la suite avec impatience en octobre prochain à l’occasion de la « Conquête II ».

Dans une ambiance survoltée suite à la prestation de Souleymane Cissokho et à son discours en fin de combat, Tony Yoka est rentré dans une salle où la chaleur a pris immédiatement le pas sur la fraîcheur qu’il dégageait dans sa tenue blanc et or floquée d’un trident. Celui que Canal + a surnommé « La Conquête » s’est dirigé vers son destin qui portait le nom de Travis Clark et qui l’attendait de pied ferme après avoir été copieusement sifflé par la foule. Avis aux connaisseurs, on a relevé la présence des boxeurs britanniques Amir Khan et David Haye. LET’S GET READY TO RUMBLE !

Après dix longs mois d’absence sur les rings, Tony Yoka a paru quelque peu décontenancé par le style non académique de Travis Clark, même s’il avait été prévenu et s’était entraîné en conséquence. Les forains ont trouvé leur VRP idéal pour vendre l’expression bien connue « la patate de forain ». Effectivement, en fonçant tête baissée et par de larges crochets, l’américain n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. En vrai toréador, Yoka s’est contenté de le maintenir à distance à l’aide d’un bras avant solide, mais n’a pas pu placer sa droite dévastatrice ni son crochet court pour l’achever d’entrée de jeu.

Il a remédié à ce problème lors de la deuxième reprise en plaçant une première droite, qui même dans les gants, a fait reculer très fortement son adversaire pesé sept kilos de moins la veille. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, son crochet bras avant est passé tout en puissance. Après avoir bien préparé le terrain, l’uppercut bras avant a atteint logiquement sa cible qui s’est retrouvée sur les talons.

Le travail de cadrage et la réitération des lourds crochets bras arrière de Yoka ont contraint Travis Clark à se recroqueviller dans son coin en mettant un genou à terre à la suite d’un premier knock-down. Il s’est relevé à l’avant-dernière seconde du temps maximum autorisé (10 secondes), mais sans réelle envie d’y repartir et à moitié KO, un regard vers l’arbitre a suffi pour que ce dernier comprenne et l’arrête.

Victoire logique de Tony Yoka face à un adversaire à sa portée, mais dangereux du fait de sa boxe non conventionnelle. À ceux qui le critiquent pour avoir choisi ce boxeur, vous vous attendiez à quoi ? Un match pour le titre mondial d’entrée de jeu contre Anthony Joshua ?  « Step by step » comme a dit son coach. Et pour les plus sceptiques, allez avoir contre qui Anthony Joshua a combattu lors de ses débuts chez les professionnels après son sacre à Londres en 2012.


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  1. Cyril Benzaquen - le gentleman de retour au Triumph Fighting Tour 2

    […] 2 juin 2017, le boxeur français Tony Yoka effectuait au Dôme de Paris ses débuts chez les professionnels le […]

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