On a parlé rap, Équipe de France et Zenit Kazan avec Earvin Ngapeth

À la fois connu pour être un joueur de volleyball fantastique et pour sa personnalité plus controversée, on a beaucoup entendu parler d’Earvin Ngapeth ces dernières années, à l’aube d’un exil sportif qui l’emmènera jusqu’en Russie, à Kazan, on a voulu discuter de volley, de la vie et des futurs projets avec l’une des plus fortes personnalités de l’univers sportif français.

Joueur pilier de l’Équipe de France de volley depuis ses débuts en 2010, il a disputé plus de 160 matchs avec la sélection, il s’apprête avec ses treize autres coéquipiers à affronter les meilleures nations mondiales à partir de ce mercredi à Lille pour le Final Six, finales de la Ligue des Nations, remporté à deux reprises par la France en 2015 et en 2017, Ngapeth gagnant dans les deux éditions le titre de MVP.

L’objectif clair pour Earvin Ngapeth et ses coéquipiers cette semaine est de « conserver leur titre ». Évoluant à l’étranger depuis 2011, Ngapeth nous précisait l’importance de cette compétition à domicile, lui qui n’a plus forcément l’habitude de performer sur ses terres. Les succès populaires du handball, du tennis ou encore du basket à Lille rendent ces finales regroupant les meilleurs joueurs du monde encore un peu plus excitantes.

Sur l’aspect plus personnel, Ngapeth arrive à un tournant clé de sa carrière de volleyeur. Après quatre années passées à Modène en Italie, il se prépare pour un « gros challenge » en rejoignant la saison prochaine le Zenit Kazan, équipe victorieuse des quatre dernières Ligues des Champions :

« C’est l’équipe qui a tout gagné ces dernières années, presque toute l’équipe nationale russe joue là-bas. Ça va être une nouvelle expérience et c’est la meilleure chose qui pouvait m’arriver en partant d’un grand club comme Modène. »

Connaissant déjà très bien l’univers d’un grand club professionnel de volley, son transfert à Kazan lui permettra d’entrer dans une nouvelle dimension, surtout lorsqu’on compare les structures russes à celles qu’il a pu connaître en France :

« Pour donner un exemple, l’équipe de Kazan possède son propre jet privé pour les déplacements. Parfois pour voyager il fallait changer trois fois d’avion. Dans un club comme le Zenit Kazan, ces problèmes n’existent pas, et c’est un gros avantage pour la préparation et la récupération. On est dans des conditions optimales pour performer. »

Cette nouvelle étape confirme également des ambitions très élevées : « L’objectif est clairement de gagner la Ligue des Champions, et de gagner dans le championnat russe qui est un très gros championnat. »

Reconnu comme l’un des meilleurs joueurs du monde et certainement le meilleur à son poste, l’échec des Jeux Olympiques lui a laissé un goût d’inachevé, et cette défaite prématurée (la France avait terminé 5ème de sa poule, ne se qualifiant pas pour les quarts de finale) motive encore plus son désir de gagner des titres. Si la Ligue des Champions sera dans sa ligne de mire dès la saison prochaine, Earvin Ngapeth garde les yeux tournés vers les JO de Tokyo en 2020 : « En 2016, on est complètement passé à côté, et j’ai vraiment envie d’aller à Tokyo avec cette Équipe de France pour monter sur le podium. »

Si le volleyeur Earvin Ngapeth est admiré par ses pairs et par les fans de volleyball, l’homme a ces dernières années été plus controversé. Concerné par des poursuites judiciaires dont la dernière datant de 2015 a rendu son verdict il y a un peu plus d’un mois (une année de prison avec sursis), il assure désormais avoir laissé tous ces problèmes derrière lui, et regrette la réputation qu’il peut avoir dans son pays et l’impact que cela a pu avoir sur sa famille. « Cela a été une période assez compliquée, surtout pour ma famille. Mes parents, ils regardent ce qui se dit sur moi. Ce sont eux qui ont été le plus touchés, et le fait que ce soit fini est une bonne chose, et ça me permet d’avancer plus sereinement. »

En opposition à l’image négative qui peut transparaître à l’évocation de son nom, Earvin Ngapeth est également à l’origine d’initiatives admirables, comme le tournoi de beach-volley qu’il a organisera les 11 et 12 juillet prochains sur la plage de Saint-Jean de Monts. Motivé par la présence de nombreux tournois de beach-volley 3v3, il a naturellement décidé d’organiser le sien, lui permettant de s’amuser et de partager autour de jeunes et de moins jeunes. La réussite de Ngapeth quant à l’organisation de ce tournoi concerne surtout la coopération de certaines stars du volley, qui seront également présentes à Saint Jean de Monts. Profitant des quelques jours de vacances qu’il a pour organiser un événement comme celui-là, il se félicite de la venue de volleyeurs internationaux venant de Serbie, d’Italie, des Pays-Bas ou même du Brésil, comme le champion olympique Bruno Rezende. Marqué par le succès de sa première année, Earvin Ngapeth voit en ce tournoi « une manière de remercier les gens », lui qui, évoluant à l’étranger n’a pas beaucoup l’occasion de rencontrer les personnes qui le supporte.

En parallèle de sa carrière de volleyeur international et de ses projets dans ce sport, Earvin passe beaucoup de temps à travailler pour une autre de ses passions : la musique. « Avant même de faire du volley, je faisais du rap. Et récemment j’ai rencontré des gens qui me permettent de faire ça plus sérieusement, et malgré le peu de temps que j’ai à cause du sport, le but est de sortir entre 5 et 8 sons dans l’été. » Décrivant la musique et le rap comme sa deuxième passion, Ngapeth écoute énormément de rap français, de musiques africaines ou de reggaeton. Mais sa principale inspiration reste son vécu, et les événements personnels qu’il a pu traverser. Celui qui signe sobrement ses titres par son prénom « Earvin » tient à nous préciser qu’il ne se considère pas comme un artiste, et qu’il fait cette activité surtout pour s’amuser, et « de penser à autre que le sport ». Fan de NBA, de LeBron, Curry et Harden, celui qui s’appelle Earvin en hommage à la légende des Lakers Magic Johnson passe quelques moments de son temps libre à regarder la ligue américaine, entre ses « entraînements et ses siestes ».

Earvin Ngapeth est un joueur aussi passionnant que polarisant. Conscient de ses erreurs et de l’image qu’il a pu renvoyer, il reste vrai, et cette sincérité lui a parfois causé beaucoup de tort. Faisant partie de ces sportifs à la fois discrets et médiatiques, le nom Ngapeth a souvent été évoqué sans qu’il ne s’exprime personnellement. Et lorsque Earvin Ngapeth s’exprime, il mérite d’être écouté.

Merci à Benjamin et à Earvin de leur disponibilité pour cette interview. Retrouvez toutes les informations sur le tournoi organisé par Earvin Ngapeth sur ce lien.

Photo By: Equipes de France de Volley-Ball / Facebook

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