La Fille de Brest – Emmanuelle Bercot nous livre un Erin Brockovich français

Nouveau film d’Emmanuelle Bercot, La Fille de Brest retrace le combat d’Irène Frachon dans l’affaire du Mediator. Passionnant.

Réalisé par Emmanuelle Bercot, La Fille de Brest retrace le combat d’Irène Frachon, médecin qui a révélé au grand jour le scandale du Mediator. Un thriller sur un sujet d’actualité très efficace.

The Danish Girl

Deux ans après La Tête Haute drame social sur un gamin en perdition incarné par le touchant Rod Paradot (César du meilleur espoir masculin), Emmanuelle Bercot signe un nouveau long-métrage en cette fin d’année. Réaliser La Fille de Brest ne fut pas son idée à la base, mais une commande de ses productrices. Scandale sanitaire majeur depuis celui du sang contaminé, l’affaire du Mediator aura été fait la une des JT pendant plusieurs mois en 2010. Médicament servant au départ à soigner le diabète, le Mediator a aussi été prescrit pour faciliter la perte de poids. Il va au final provoqué la mort de plus de 1300 personnes. Celle qui a révélé ce crime de grande masse, c’est Irène Frachon, pneumologue du CHU de Brest qui a pendant des années étudié l’effet de ce produit des Laboratoires Servier. Présentée comme une lanceuse d’alerte à la manière d’Edward Snowden, son livre Mediator 250 mg, combien de morts ?  aura créé la sensation.

C’est cette affaire que la cinéaste a tenté de retranscrire à l’écran. Pour incarner Irène Frachon, Bercot a eu énormément de difficultés à trouver une actrice. Elle s’est donc tournée vers le Danemark pour trouver Sidse Babett Knudsen, héroïne de la série Borgen, vue récemment dans L’Hermine avec Fabrice Luchini. L’actrice scandinave apporte une énergie folle à son personnage dans ce combat contre l’industrie pharmaceutique qui ressemble à celui de David contre Goliath. Au casting, on retrouve également Benoit Magimel (César du meilleur second rôle pour La Tête Haute) où il joue Antoine Le Bihan, chercheur breton « 100 % pur beurre » qui aidera Frachon dans son enquête.

Spotlight

Pour mettre en scène cette affaire passionnante et encore brulante, Emmanuelle Bercot a choisi l’angle du thriller au rythme soutenu comme le font si bien les américains. Début 2016, Spotilght Oscar du meilleur film racontait l’enquête d’une équipe de journalistes sur les affaires pédophiles de l’Église de Boston. La Fille de Brest se calque donc sur le même tempo que le film de Tom McCarthy ou d’autres du genre comme Erin Brockovich. Tension, marche rapide dans les couloirs, aller-retour entre Brest et Paris et dialogues électriques sont les ingrédients de cette adaptation. Si ce choix peut être discutable tant cette affaire est suffisamment intéressante et récente pour ne pas surenchérir dans la mise en scène, elle permet de nous garder dans l’histoire de bout en bout (malgré la longueur). On se passionne ainsi pour ce combat d’une médecin face au deuxième plus gros laboratoire français.

La force du film d’Emmanuelle Bercot est dans la représentation des rapports de force : Paris contre Province, femme contre hommes, intérêts humains contre intérêts financiers. Tout au long de La Fille de Brest, c’est cette résistance, cette lutte des petits contre les gros qui est mise en avant. La réalisatrice offre une parfaite adaptation de l’affaire du Mediator, bien documenté et compréhensible par tous. Après un Snowden décevant, ce thriller rend un très bel hommage du travail nécessaire des lanceurs d’alertes. La performance remarquable de Sidse Babett Knusden y est aussi pour beaucoup.

Très bonne actrice (Mon Roi de Maïwenn), Emmanuelle Bercot confirme avec ce nouveau long métrage qu’elle est définitivement une grande réalisatrice.

La Fille de Brest (FRA – 2h08)
Réalisé par Emmanuelle Bercot
Avec Sidse Babett Knusden, Benoit Magimel et Charlotte Laemmel
En salles le 23 novembre

Pierre-Andrea

Pierre-Andrea

Journaliste chez La Sueur
Ecrit sur la NHL, le surf, le running et la culture
Pierre-Andrea
Photo By: Haut et Court

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