Nick Kyrgios super vilain

Nick Kyrgios, c’est toute une histoire. C’est un gars doté de supers-pouvoirs mais qui ne veut pas s’en servir, préférant vivre au gré de son talent naturel. De temps en temps, il nous fait une démonstration de sa puissance, comme pour nous rappeler que nous sommes que des mortels face à lui, tout puissant. 

L’immense potentiel de Kyrgios…

« Kyrgios est un joueur qui a un énorme talent. Il pourrait gagner des titres du Grand Chelem ou se battre pour la place de numéro 1 mondial. Mais il manque de respect au public, à son adversaire et à lui-même ». Rafael Nadal n’a pas mâché ses mots en conférence de presse après sa défaite (3/6 7/6 7/6) face à Nick Kyrgios. L’espagnol n’est pourtant pas friand de sorties médiatiques de ce genre, lui qui montre un respect hors-norme pour ses adversaires. Ce qu’il dit n’en est pas moins vrai : Nick Kyrgios a les moyens de battre n’importe qui sur le circuit ATP. A seulement 23 ans (!), l’Australien n’a jamais perdu face à Novak Djokovic (2-0), a remporté trois de ses combats face à Rafael Nadal (3-3), et a à chaque fois poussé Roger Federer (1-3) dans ses retranchements. Face à ce Big Three historique, Kyrgios culmine à 50% de victoires.

… contraste avec son classement actuel

Sur le circuit ATP, personne n’a réalisé cet exploit en au moins dix rencontres face au Big Three. Seuls Alexander Zverev (38%, 5 victoires sur 13 rencontres) et David Nalbandian (35%, 11 victoires sur 31 rencontres) et Alexander Zverev rivalisent difficilement avec l’Australien. Pour information, Nalbandian et Zverev ont été au mieux 3e mondiaux. Kyrgios a été au mieux 13e mondial et végète aujourd’hui à la 72e place mondiale. L’écart numérique est énorme si bien qu’il est difficile à croire que l’écart de niveau soit si vaste. Par ailleurs, l’Allemand et l’Australien se partagent 3 victoires chacun lors de leurs confrontations. Alors, comment expliquer un tel écart entre le niveau de jeu de Nick Kyrgios et son classement actuel ?

Nick Kyrgios, le super-vilain de l’ATP

Dans un tennis policé où la moindre sortie de route déclenche un tremblement de terre, l’Australien dénote. C’est une chose de se différencier, c’en est une autre de montrer de temps à autre une nonchalance proche de l’antijeu.  Combien de fois a-t-on vu des matchs où l’Australien, faute de s’intéresser à la victoire, balance le match ? La semaine dernière à Delray Beach, Nick Kyrgios s’est totalement désintéressé du match et a, à plusieurs reprises, rempli le bêtisier du tournoi. Si l’on regarde les résultats de Kyrgios, la liste des résultats douteux est bien remplie : Klahn à Shanghaï 2018 où il avait pour tactique de balancer le plus d’amorties possible, Norrie à Atlanta 2018 où l’Australien avait récolté les sifflets du public avant d’abandonner, Shanghaï 2017 où il avait abandonné sans raison apparente après la perte du premier set face à Johnson, Shanghaï 2016 où Kyrgios s’en était pris au public et s’était arrêté de jouer. Le fantasque australien traverse parfois des moments de doutes voire de désintérêt total pour le tennis. Au point de tweeter « qu’il était plus excité par une éclosion d’un œuf dans Pokemon Go que par une balle de break convertie ». À partir de là, tout est dit.

https://twitter.com/NickKyrgios/status/757243200708804608

 « Je suis différent. Nadal est différent. Il ne sait rien de moi, ce par quoi je suis passé. La façon dont je joue me concerne. ». En effet, Nick Kyrgios est différent, si ce n’est incompris. Difficile de comprendre qu’un joueur aussi talentueux peut ne pas avoir envie de tout casser sur le circuit. Car s’il le voulait, Nick Kyrgios serait un membre régulier du Top 10. Sa capacité à accélérer et à casser le jeu de son adversaire est mortelle, l’Australien a même la capacité de gagner des jeux en marchant. Qui d’autre sur le circuit peut se targuer de le faire ?

Par son attitude, l’Australien pose problème. Les puritains du tennis s’offusquent face à un tel comportement comme les fachos le font devant un hijab. Avec Kyrgios, le tennis de l’effort, de la concentration et du respect à outrance s’efface au profit d’un tennis d’instinct et nonchalant. Ce n’est pas un problème selon l’intéressé, puisqu’il sait que « les gens seront là pour [le] voir jouer demain. Et le lendemain. Et le lendemain. ». Plus encore, il déclarait hier « Je joue mieux quand la foule est contre moi ».

D’un individu doté de super-pouvoirs à super-vilain, il n’y a qu’un pas. Peu à peu, Nick Kyrgios confirme son image de bad boy du circuit. Dans cette situation, tout le monde semble gagnant : le tennis y trouve un regain d’intérêt, et Nick Kyrgios puise sa motivation dans la volonté de faire fermer des bouches. Cette semaine encore, le nouveau super-vilain de l’ATP a encore frappé durant son match face à Isner. Avant de relancer le service de feu de l’Américain sur balle de break contre lui, Kyrgios s’est arrêté pour chauffer les fans de Nadal présents dans les tribunes. Quelques secondes plus tard, il remportait le point.

« Bénissons son talent et son caractère. Il fait allumer des TV. »

Au lieu de nous offusquer derrière notre écran, regardons l’attitude de Nick Kyrgios comme une chance pour le circuit ATP. Dans un circuit aujourd’hui aseptisé, l’Australien peut, par l’aura qu’il dégage, amener un vent nouveau qui séduira un public potentiellement moins intéressé par le tennis en temps normal. Laissons-le prendre la posture du méchant, les fans trouveront une raison supplémentaire de le détester et d’acclamer les superhéros du circuit.

Ces dernières années, chaque sport majeur a su capitaliser sur des caractères dissonants pour créer du storytelling autour de la pratique du sport. Cristiano Ronaldo, Zlatan Ibrahimovic, LeBron James, Russell Westbrook, Kobe Bryant, Shaquille O’Neal, Tom Brady, Conor McGregor et tant d’autres sportifs ont apporté au fil des années bien plus que leurs savoir-faire sportifs pour tirer la couverture vers eux. Si Federer et Nadal sont de superbes porte-drapeaux pour l’essence du tennis, Nick Kyrgios pourrait être un splendide ambassadeur des valeurs de l’anti-tennis comme John McEnroe ou Jimmy Connors ont pu l’être. La finalité, empruntée à Thibault Le Rol, est la suivante : « Bénissons son talent et son caractère. Il fait allumer des TV. » Et pour le tennis, ce n’est pas du luxe.

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