ITW Vincent Luis – le triathlète revient sur son échec aux JO

Interview de Vincent Luis, triathlète français qui a fini 7e lors de l’épreuve des Jeux olympiques de Rio au mois d’aout dernier.

Après son échec aux Jeux olympiques de Rio 2016 remporté par les frères Brownlee au triathlon, on a retrouvé un Vincent Luis serein la semaine dernière au Stade Charlety à Paris. Le numéro 1 français de la discipline est revenu sur sa course ratée et nous a parlé aussi de l’avenir qui se fera surement dans l’athlétisme.

Un mois après les JO, tu as le temps de revoir ta course à froid. Qu’est-ce qui a pêché durant cette épreuve ?

Vincent Luis: Il n’y a pas vraiment un élément qui a fait que cela a échoué. Beaucoup de gens ont vu la course à pied qui n’a pas marché. Moi, dès le début de la journée, j’ai senti que cela ne serait pas terrible et bien sûr cela s’est plus vu sur la course, car tu n’as pas les phénomènes d’aspiration comme en natation ou en vélo.

J’avais décidé de faire un isolement en altitude avant les JO, chose que je fais avant chaque compétition. Cela à marcher 10 fois sur 10 et là la 11e fois ça n’a pas fonctionné. Il y a plein de petits trucs aussi comme une légère blessure à la cheville qui ne m’a empêché de participer aux courses de printemps. C’était un peu compliqué et j’ai eu du mal à perdre du poids avant la course. Il n’y a donc pas une cause qui peut légitimer cette contre-performance, mais plusieurs petites.

Ce jour-là j’avais les capacités physiques de faire 4 ou 5. Mais j’étais venu à Rio pour gagner. Je ne me suis pas battu jusqu’au bout pour gratter une ou deux places. J’avais les cartes en main, je les ai posées sur la table, mais mes rivaux du jour en avaient de meilleures. Je reste tout de même intimement persuadé que les Jeux, je peux les gagner et encore plus avec ce que j’ai vu ce jour-là. J’étais nul et je finis quand même à seulement 30 secondes d’un podium. Je repars ainsi pour 4 ans d’effort avec Tokyo en ligne de mire.

L’envie est donc toujours là ?

Oui, le soir quand je me suis couché, je n’ai eu aucun problème à m’endormir. J’étais bien sûr déçu, mais j’ai tout donné. Je ne pouvais rien faire de mieux ce jour-là. Donc tu l’acceptes et tu avances. La Terre continuera de tourner avec ou sans Vincent Luis.

Ce jour-là, tu étais la plus grosse chance de médailles pour la France. Est-ce que tu as ressenti cette pression avec les nombreux articles sur toi ?

Pas vraiment. J’avais fait le choix de me couper des médias avant les jeux en allant en altitude un mois avant. Les interviews et Intérieur Sport, j’avais choisi de les faire cet hiver pour être tranquille ensuite. Mais j’ai quand même perdu un peu d’énergie lors des derniers jours avant la compétition pour des petites actions de com. Mais ce n’est pas une excuse, les mecs qui sont champions olympiques ont eu la même chose. Je l’ai senti, mais cela ne m’a pas gêné.

Comment ce sont passé les jours qui ont suivi la course ?

Après les JO de Londres où j’avais fini 11e, j’ai voulu tout de suite renquiller avec une superbe perf 15 jours après, mais je m’étais blessé. Là pour Rio, je me suis dit bonne ou mauvaise course, pendant la semaine suivante tu ne t’entraînes pas. Il fallait relâcher physiquement et nerveusement. J’ai ensuite repris l’entraînement, mais sans envie. J’ai donc pris la décision de couper pendant 3 semaines pour faire autre chose comme de la paperasse ou bien passer mon permis moto.

Vincent Luis: « Je reste tout de même intimement persuadé que les Jeux, je peux les gagner »

La course à pied n’était pas ton fort par le passé, chose qui a changé depuis ton arrivée dans le cross. L’athlétisme est ta nouvelle passion maintenant ?

Le déclic a eu lieu quand j’ai intégré le groupe d’entraînement de Farouk Madaci à Reims. Je me suis toujours intéressé à l’athlé mais sans plus. Depuis que je côtoie des athlètes tous les jours, je connais par cœur les records du monde du 5000 et du 10 000 m et limite  au tour par tour. Le fait de faire plus de séances avec eux, met du réel sur de l’abstrait. J’ai pu faire pas mal de rencontres comme celle avec Mahiedine Mekhissi avec qui je m’entraîne régulièrement. J’ai aussi pas mal progressé dans ce sport et je commence à prendre pas mal de plaisir. J’ai maintenant envie de faire plus de course.

Tu as ciblé une discipline en particulier ?

Ce qui me ferait plaisir, c’est le marathon, mais ce n’est pas compatible avec le triathlon. J’ai tanné mon coach pour faire au moins un semi, mais ce n’est pas aux Jeux. Ce qui serait raisonnable, c’est de viser le 5000 et 10000.

Tu devras alors changer ta condition physique dans ce cas…

Clairement. Si je veux aller sur ce projet-là, il va falloir que je nage moins pour perdre du poids au haut du corps. Mais c’est un jeu qui en vaut la chandelle.

Mais au risque de perdre en termes de performance sur le triathlon…

Oui, après je pense avoir un niveau de base en natation qui me permet de perdre un peu de temps. J’attends aussi de savoir quel sera le circuit à Tokyo. Si c’est tout plat en vélo, concrètement, on a de grandes chances d’avoir un regroupement et que ça s’explique sur le 10 km à pied. Être fort sur cette partie-là serait génial.

Je me laisse les deux années qui viennent pour descendre mes chronos et voir ce que cela donne. Après c’est clair que si dans 2 ans, je suis à 20 secondes du temps de qualif sur 5000, je plie tout et je me remets à fond dans le triathlon.

Tu va donc faire plus de cross cet hiver ?

Oui, j’ai envie d’en faire plus et d’aller aux championnats d’Europe. J’ai des organisateurs qui viennent vers moi donc c’est génial. C’est une discipline où je prends mon pied, donc ce serait avec grand plaisir.

Est-ce-que tu as déjà penser à faire uniquement du vélo ?

Je pense que je suis un trop vieux. J’ai des équipes pros qui m’ont approché, mais après quand tu es comme moi leader de ta discipline en France et numéro 3 mondial, aller porter des bidons pour un mec que tu n’apprécies pas forcement, cela ne fait pas rêver.

Merci Vincent Luis et bonne chance pour la suite.

 

Pierre-Andrea

Pierre-Andrea

Journaliste chez La Sueur
Ecrit sur la NHL, le surf, le running et la culture
Pierre-Andrea
Photo By: AFP Yasuyoshi Chiba

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