La Peur dans les sports de combat – « Je suis devenu la Mort, Destructeur des Mondes »

Episode spécial cette semaine puisque nous nous penchons sur un point très important dans les sports de combat: la peur.

« Je devrais monter dans un train et ne jamais revenir, je voulais monter dans un train et juste partir tellement j’étais terrifié. Je ne voulais me battre avec personne. La dynamique est tellement différente quand tu combats dans la rue et sur un ring. Malgré tous mes entraînements (…) j’étais totalement intimidé à l’idée de combattre sur un ring. »

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Ces mots, ce ne sont pas le récit de Jean-Michel Paumé un soir de kermesse au village qui se rend compte qu’il va prendre une peignée par la « Montagne » du coin, tout ça juste pour impressionner ses potos et conclure avec Virginie en troisième partie de soirée.

Ces mots sont ceux de Mike Tyson, peut-être le boxeur le plus intimidant des cent dernières années, quelques minutes avant de prendre part à son premier combat amateur.

Le reste de la citation est toute aussi fascinante :

« Mais grâce à la discipline enseignée par Cus (Constantine d’Amato, son entraîneur et mentor. Un des plus brillants esprits que la boxe moderne ait compté) j’ai réussi à me ressaisir, je suis entré sur le ring et ai placé un KO au 3ème round ».

la-peur-dans-les-sports-de-combat-mike-tysonavec les compliments de la maison

Peu importe notre situation, notre passé, religion, gabarit ou sauce préférée avec les gnocchis, la peur vous saisira tel un blizzard quand vous réaliserez que vous êtes sur le point de pénétrer un espace dont vous ne pourrez vraisemblablement plus vous échapper, au vu et au su d’un public plus ou moins compréhensif, au sein duquel vous allez physiquement échanger les coups les plus dévastateurs et handicapants possibles jusqu’à une potentielle commotion cérébrale tellement violente qu’elle provoquera l’inconscience ou d’irréparables lésions pour l’un de vous deux.

Vraisemblablement. Potentiellement. La peur parce qu’on ne sait pas.

La peur, c’est l’ignorance des choses qui nous environnent. C’est pour ça que l’être humain dans toutes les cultures a eu recours aux monstres, ils ont permis de cristalliser notre angoisse de l’inconnu. Les monstres naissent de notre imagination.

Mais là où on va commencer à se toucher c’est que sans les monstres de la mythologie par exemple, les Grecs n’auraient pas inventé les héros. Vous commencez à choper un peu la vibe ?!

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Persée, sur le point de dabber avec la tête de Médusa. ÇA c’est du héros calibre « frappe atomique »

Pour Cus d’Amato, la nature nous a donné la peur comme avantage évolutif. C’est elle qui il y a quelques dizaines de milliers d’années nous poussait à interpréter directement un bruissement lointain dans les hautes herbes comme signe annonciateur de l’approche d’un prédateur alors qu’il s’agissait simplement d’un pauvre sapiens tout pété retournant de la cueillette de mandarines en échantillonnant tranquillement un mickey de sa narine gauche. Et si certains théoriciens poussent même jusqu’à affirmer que c’est la peur qui est à l’origine de toutes les grandes innovations, il n’en reste pas moins que non gérée elle s’avère totalement destructrice.

D’après le mentor de Tyson, la peur peut être considérée comme le feu : « il est possible de le faire travailler pour soi. Il peut réchauffer en hiver, aider à cuisiner des aliments quand on a faim, produire de la lumière quand on est dans le noir et même de l’énergie. Maintenant si on en perd le contrôle, il peut nous blesser, voire nous tuer. Les gens exceptionnels ont fait de la peur leur amie. »

Pour le stratège Américain, dans le monde du combat cela se traduit concrètement en période d’entraînement par un temps d’apprentissage diminué de moitié.

Dans ce genre de discipline, l’apprentissage passe par la répétition. Et si l’athlète prend des coups ou se blesse, alors il devient plus précautionneux. S’il prend des précautions, cela enraye les processus de répétition, ce qui déteint alors sur l’apprentissage. C’est bref, c’est logique, c’est ciselé c’est concis : c’est beau.

la-peur-dans-les-sports-de-combat-fedoret quand on parle de discipline, impossible de ne pas big-upper le Dernier Empereur

La peur se montre bien sûr aussi le jour du combat.

Quoi de plus normal après tout à quelques semaines, quelques journées, quelques heures d’un événement d’une importance capitale au terme duquel rien n’exclut que vous soyez contraint de manger avec une paille, la mâchoire brisée en 4 alors que « là tout de suite », tout va bien.

Quand on y réfléchit, c’est pure folie que de placer un cerveau humain dans de telles conditions de stress et de lui laisser autant de champ libre à l’extrapolation malsaine.

« Quand on y réfléchit » est, pour Firas Zahabi (entraîneur et ami de Georges St Pierre) la formule source de toutes les dérives au moment pour le combattant de monter sur un ring. Pour le coach Canadien l’imagination est un outil d’une puissance inégalable, mais il est capital de ne pas « rentrer dans son propre film » en lui lâchant la bride.

Pour illustrer son propos, il utilise une de ses expériences passées ; il fut un temps ou il avait une peur panique de l’avion. Une fois sur son siège il s’imaginait que la fenêtre allait céder, que le réacteur allait prendre feu, que le moteur allait exploser… Bref il se tournait tout un Roland Emmerich, pourtant bien enfoncé dans son siège toutes options en cuir tanné. Mais après un temps, même si la peur était totalement fondée rationnellement, il en est arrivé à la gymnastique cérébrale la plus simple qui soit : RIEN de tout cela n’est en train d’arriver. À côté de lui l’hôtesse servait tranquillement les jus d’orange, partout sur les écrans Bob l’éponge retournait tranquillement son pâté de crabe sur le grill, on discutait football un rang derrière, tout était normal. Tout ce qu’il imaginait ? Ce n’était pas réel.  « Je créais tout ça dans mon esprit ».

Le concept paraît tellement élémentaire que vous êtes sûrement déjà en train de chercher nos adresses pour nous parler du pays en personne, pourtant c’est là le point capital dans la gestion de son appréhension. AUCUN de tous les scenarii que vous êtes en train de pondre n’est en train d’arriver puisque personne ne SAIT ce qui va arriver, alors pourquoi psychoter ?

Dans les vestiaires avant un combat, Georges St Pierre avait l’habitude d’être extrêmement anxieux à l’idée de tout ce que son adversaire allait être en mesure de lui faire. Firas le calmait alors en lui faisant simplement remarquer que tout ce qu’il était en train d’imaginer était fictif, que c’était son imagination en roue libre qui le créait. Ce qui arrivera au moment du combat est cadenassé temporellement, inaccessible pour nous autres humains. Alors à quoi bon extrapoler et tomber dans une spirale négative pour quelque chose sur lequel on a aucun contrôle pour le moment ?

C’est là que tous les entraîneurs au monde se rejoignent alors : l’importance de la préparation. Pour Firas Zahabi, un athlète ne doit pas croire en lui, il doit croire en sa préparation. Il doit croire en son entraînement, son travail. Au fond si un combattant s’entraîne comme un démon c’est que bien enfoui sous ses 5 épaisseurs de confiance apparente, il n’est pas sûr de remporter le combat. Il influe alors au maximum sur ce qu’il contrôle.

Cus d’Amato partage le même wagon, il faut se débarrasser du maximum d’excuses possible avant que le combattant n’entre « là-dedans ». Si l’athlète a une condition physique irréprochable, alors toute anxiété par rapport à un hypothétique désavantage physique disparaîtra. C’est une case cochée en plus à laquelle notre inendiguable imagination ne pourra pas avoir recours. Ouais « inendiguable », 16 points sur une grille de scrabble sans même toucher aux cases bonus, vous allez faire quoi ?

la-peur-dans-les-sports-de-combat-tysonCus D’Amato et Tyson en vedette dans « Gangbang sur sac de frappe », primé aux oscars

Pour conclure cet article, il est également nécessaire d’aborder un acteur de poids dans l’anxiété précédant un combat : le public. Lorsqu’un de ses élèves confie à Firas Zahabi (encore et toujours, mais faut voir aussi que le bonhomme est ce qui se fait de plus proche d’un maître Jedi à 30 années-lumière à la ronde) sa peur de combattre, il s’agit pour l’entraîneur d’une mauvaise appréciation du problème. « Ce n’est pas du combat qu’on a peur, c’est du jugement du public. Combattre on le fait toutes les semaines lors des séances de sparring, c’est notre profession et c’est pour nous devenu naturel. Tout le problème, c’est l’audience devant laquelle un athlète est sommé de performer. »

Les lumières, les caméras, les jugements, c’est ça que redoutent réellement les combattants. Sa théorie est que si un combat se déroulait dans un espace totalement fermé où seuls peuvent entrer les deux rivaux et qu’à la fin du combat ils n’avaient pas le droit de révéler qui a gagné ou perdu, alors les combattants seraient débarrassés de 90% de leur stress.

Cette bonne vieille peur du regard des autres qui sculpte notre comportement social, encore et toujours là pour nous casser les valseuses dans les moments les plus chauds.

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Pour finir, une histoire chère à notre second intervenant principal, feu Constantine D’Amato sur l’importance de la discipline en toute situation

Quelle est la différence entre un héros et un lâche ? La différence entre faire sa sucrée et faire preuve de courage ? Pas de différence. Il n’y a que ce que tu fais. Ils ressentent tous les deux la même chose. Ils ont tous deux peurs d’être blessés ou tués. Le lâche refuse de faire face tandis que le héros est plus discipliné et arrive à vaincre ces sentiments pour faire ce qu’il a à faire. Mais ils ressentent tous les deux la même chose.

Les gens qui nous regardent nous jugent sur ce qu’on fait, pas sur ce qu’on ressent.

Rust

La Sueur

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