Michael Bisping – La loi du Talion avec un nuage de lait

Œil pour œil, dent pour dent. C’est la Loi du Talion. Ce principe, Michael « the Count » Bisping pourrait en faire son slogan de campagne à tel point il symbolise la direction qu’a prise sa carrière de combattant.

Un KO revanche contre le playboy de Santa Monica Luke Rockhold, une victoire au terme d’un combat épique face à Anderson Silva (combat qui lui filait entre les doigts comme une savonnette depuis des années) et enfin le rendez-vous de la rédemption ce samedi contre Hendo. Rendez-vous qui lui permettrait de mettre au placard ce cauchemardesque, incompréhensible et débilitant KO, délivré des mains de Professeur Préhistoire il y a 7 ans de ça.

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Aujourd’hui on laisse nos vieilles rancunes Historiques dans le vestiaire, on affiche son plus beau sourire et on met un mocassin devant l’autre. Direction Manchester.

Élevé dans la cité Mancunienne après avoir vu le jour dans une base militaire sur l’ile de Chypre, Michael commence dès 8 piges par les cours de Jiu-jitsu. À 15, il prend déjà part à des similis combats de MMA, alors appelés Knockdown Budo Sport (ou l’art de créer des titres se rapprochant le plus possible d’un film de Steven Seagal pour s’assurer un peu de revenus à la buvette).

Michael enchaîne les combats et s’entraîne dans plusieurs disciplines pour parfaire sa polyvalence. Tout cela bien sûr, avant les deals télé, les deals Reebok et autres joyeusetés : Mike aura commencé au fond, tout au fond. Au Moyen-Âge du combat libre.

Mais qui dit médiéval dit aussi misère estivale. Et si vous trouvez que les combattants de MMA sont payés au lance-pierre aujourd’hui, alors à l’époque dans les petites organisations c’était quasiment une pluie de météorite. C’est ainsi que commencèrent les allées et venues de Michael, prizefighter jusqu’à ce que les poches soient vides puis reprenant un boulot normal pour subsister. Pendant cette période en dents de scie il décrochera un titre national au Pro British Light Heavyweight Kickboxing, qu’il abandonnera pour subvenir aux besoins de sa femme et de ses deux filles en devenant tour à tour postier, plâtrier, vendeur, ouvrier d’abattoir ou encore tapissier garnisseur, mais qu’il reviendra chercher quelques mois plus tard.

michael-bisping-jeune« This is England ». Big up aux éventuels cinéphiles

Alors, en plein doute quant à son futur, c’est Mick, son supérieur à l’atelier de Tapisserie d’ameublement qui le met devant le fait accompli au cours d’une scène tout droit tirée de Will Hunting :

« – Michael, tu es un homme intelligent. Qu’est-ce que tu veux faire de ta vie ? »
Pas de réponse.
«  – Donne moi une journée.
    – Penses-y. À moins que tu ne veuilles travailler ici à la fabrique pour le restant de tes jours ? »

Le lendemain,

«  Hey Mick, j’ai trouvé ce que j’allais faire.
– Quoi ?
– Combattant professionnel.
– T’es un idiot. Un parfait idiot. »

L’idiot du village, tapissier garnisseur de métier, défendra samedi la ceinture Middleweight de l’UFC chez lui à Manchester devant plus de 20 000 Anglais et Anglaises rougeauds finis à la Guinness.

ufc-204-michael-bispingGod save Steve McQueen

Champion au « Cage Rage » et au « Cage Warriors » (deux très bonnes organisations Européennes), il est le premier Anglais à remporter une ceinture à l’UFC, premier non-Américain à remporter l’émission « The Ultimate Fighter » en mettant KO tout le monde et il détient avec GSP le record du plus grand nombre de victoires dans l’organisation américaine (19).

Il est à la tête d’un palmarès de 29 victoires pour 7 défaites et surfe actuellement sur une série de 4 succès d’affilée. Et le petit rab de frites qui fait frémir, c’est qu’il n’a tout simplement plus perdu depuis que l’UFC a mis en place son régime de test antidopage du vaisseau mère du turfu. A 37 ans et après plus de douze années passées en temps que combattant de profession, dont la moitié à mariner dans le top 10 mondial, c’est seulement il a 4 mois que le Count a posé pour la première fois la patte sur une ceinture à l’UFC.

En mettant KO l’impétueux Rockhold, quelques mois après avoir remporté une bataille de haute lutte contre le drone brésilien Anderson Silva.

Enfin.

 ufc-fight-night-london-michael-bispingle genre de masque que vous ne trouverez pas chez Toy’r’Us

Car s’il a bien une chose pour laquelle Michael était connu jusqu’alors, c’est bien pour sa capacité à faceplanter sur la dernière marche avant un combat pour le titre. L’extinction par bombe-H, la décision sur le fil contre Chael Sonnen, la désintégration laser de son œil droit par high-kick face à Belfort (qui lui a détaché la rétine, et laissé des séquelles à vie au passage. Quand même…).

Arrivé à un jet de pudding du title shot, il se faisait coiffer au poteau à chaque fois.

C’est la toute la force de Bisping. Ce pour quoi il est respecté par tous quoiqu’il advienne, il est un des rarissimes combattants à être resté constant au plus haut niveau, et à ne jamais baisser les bras devant les situations, si désespérées qu’elles fument (ouaip). À certains moments, il paraissait même irréel de l’entendre affirmer avec une inaltérable assurance qu’il allait revenir pour devenir Champion. Pour être honnête, il arriva même un moment où devant la densité de la file d’attente et le niveau des assassins qui complétaient le top de la catégorie, nous avions tous fait notre deuil d’un Count « ceinture sur les hanches ». Et pourtant il aura suffi d’un crochet gauche.

Ce crochet, c’est d’abord l’œuvre de l’entraîneur, du général en chef sur le plan technique : Jason Parillo. Le Maître marionnettiste qui a développé la boxe de BJ Penn et qui affûte chaque jour un peu plus, dans l’ombre, la terrifiante Chris Cyborg. Lui qui, en décortiquant les mauvaises habitudes de Rockhold et entraînant spécifiquement notre Anglais sur certains contres et enchaînements, avait prédit un KO par crochet gauche.

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Le style Bisping, c’est d’abord du volume. Une pression constante debout autorisée par un cardio hors du commun. On est un peu sur du Nick Diaz dans l’esprit bien que Diaz ait des mains beaucoup plus « lourdes » qui lui permettent de véritablement sonner l’adversaire. Vous ne serez jamais tranquilles en face du « Count » car il travaille constamment et, chose rare en MMA, beaucoup en combinaisons. Extrêmement difficile à amener au sol (64% de takedowns stoppés), il se relève généralement comme un ressort et même les meilleurs lutteurs qu’il ait rencontrés (Sonnen et Kennedy, puisque vous voulez tout savoir) ont eu un mal de chien à essayer de le maintenir en place au sol ou contre la cage. En termes de grappling défensif, il est solide comme une bouche d’incendie et pour espérer le soumettre, vous avez intérêt à tout mettre dans le coup que vous lui placerez juste avant pour l’attendrir un peu. C’est la méthode Rockhold, mais ça n’est pas, mais alors pas du tout à la portée de toutes les bourses étant donné que le mec a un « menton » à mi-chemin entre marbre et calcite.

Pour finir sur une note sucrée, sachez également que l’homme possède une répartie et un humour tout British particulièrement corrosif. Et s’il avoue lui même que ses saillies verbales sont plus lâchées pour faire le show et vendre des tickets, ça n’enlève rien à leur majesté ! Le genre de mec contre lequel même McGregor hésiterait avant de lâcher ses roquettes verbales, pour vous donner un ordre d’idée.

Pour profiter en direct de ce grossier, mais délicieux personnage, rendez-vous dans la nuit de samedi à dimanche. Si vous ne le faites pas pour lui, faites-le pour la Reine. Et si vous n’en avez rien à tacler de Mamie Macaron, faites-le au moins pour Churchill.

Faites-le pour le Général de Gaule.
Faites-le, pour la Liberté.

*fermez les rideaux*
*applaudissements*
*rail de coke*

Rust

La Sueur

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