Un pied en Irlande, l’autre en France, ses couilles ont longtemps fait de l’ombre à l’Angleterre

Alain Rolland est une figure majeure du paysage ovale de ces quinze dernières années.  Fils d’un Français et d’une Irlandaise, né en 1966 à Dublin, il joue tout d’abord comme demi de mêlée au XV du Trèfle entre 1990 et 1995, participant à trois matchs sous les vertes couleurs de sa nation irlandaise. Sa carrière de joueur avec le Leinster terminée, il se lance dans les joies de l’arbitrage et effectue un premier match international sous sa nouvelle tunique dès l’année 2001. Sa carrière est prolifique. Il effectue plus de 60 matchs internationaux, participe à trois coupes du monde et y arbitre, entre 2003 et 2011, la bagatelle de 14 rencontres, dont une finale, ainsi que la demi-finale de la coupe du monde 2011 remportée par le XV de France face au Pays de Galles sur le score de 9 à 8. Il y a au passage sanctionné d’un carton rouge le capitaine du XV du Poireau Sam Warburton à la 18e minute pour un rugueux plaquage cathédrale.

Le renommé Monsieur Rolland arbitra également à trois reprises la finale de H cup, les deux dernières en 2013 et 2014 où il a chaque fois assisté à la mainmise toulonnaise sur la prestigieuse compétition européenne. Voilà pour ce qui est des lettres de noblesses. Mais Monsieur Rolland ne se résume pas à cela. Il fut pour beaucoup un modèle d’arbitrage et d’impartialité. À l’heure où certains de ses confrères internationaux sont pris, à tort ou à raison, dans l’œil du cyclone polémique quant à leur objectivité, lui a su rester intègre et loyal à une vision moins cavalière d’un sport qui se jouait plus à la voix qu’au sifflet, de son point de vue.

Doté d’un sens du placement hors-pair, il était notamment pourvu d’une oreille particulièrement attentive aux autres acteurs de la scène gazonnée. Sa voix était reconnue par nombre de joueurs comme précise, juste et emprunte d’un souci de pédagogie à l’égard des bestiaux se disputant le cuir, loin de leur tailler des croupières par manque de cohérence ou d’indications. Une voix précieuse, qui s’exprimait aussi bien dans la langue de Churchill que celle de Robert Hue, un bilinguisme à l’intérêt notable lorsqu’il s’agit de manœuvrer face à face des morceaux de barbaque d’un quintal et demi provenant respectivement d’une tourbière calédonienne et d’un hameau pyrénéen.

À la suite de son départ à la retraite en 2014, il est nommé, début 2016, manager des arbitres internationaux au World Rugby, l’organisme international supervisant tout ce qui touche de près ou de loin au rugby à VII et à XV dans notre banlieue de la galaxie. Le siège de cet organisme se trouve à Dublin, où notre homme sera difficilement dépaysé, entre les hourras de Croke Park et une Guiness de Temple Bar en guise de pousse-café.

 

La fausse patte de l’Ouest

Photo By: rugbymeet.com

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