Matt Brown – Apocalypto

Matt Brown (20-14) revient pour l’UFC 201, et comme toujours ce sera pas pour jouer aux cartes.

« Ma motivation c’est faire plier le mec en face, il n’y a rien que je désire plus que sentir un autre être humain abandonner entre mes mains » Matt Brown

Dans une cage il y a ceux qui veulent gagner en prenant le moins de dégâts possible (Lyoto Machida, Stephen Thomson ou encore Dominick Cruz), ceux qui veulent juste gagner (la vaste majorité) et ceux qui lancent d’impitoyables chasses à l’homme style Apocalypto en empilant les traumas crâniens comme des legos.

Les jolies constructions lego, Matt Brown, c’est son rayon.

Matt Brown elbowExcusez-moi, mais vous êtes qui ?

20 victoires pour 14 défaites. On est d’accord, c’est pas le 23-0 de Khabib ou le 22-1 de Jon Jones, mais la vérité est ailleurs : le plus de finish dans l’histoire de la catégorie Welterweight à l’UFC (ex-aequo avec la légende Matt Hugues) avec 11 adversaires maulés avant la fin du temps réglementaire. Et en ne comptant que les KO, il est tout seul à se tirer le zob en orbite avec 9 au total (dont 5 d’affilée au cours d’une majestueuse échappée entre 2012 à 2014). Nous sommes en présence d’un carnassier, un homme qui ne s’arrêtera pas d’avancer tant qu’il n’a pas rentré les crocs dans la chair de l’adversaire, et aux premiers sangs ou signe de fatigue alors il passe à la vitesse supérieure. Il fait partie de cette race de combattant en perdition programmée pour finir quoiqu’il en coûte. Race dont les plus fiers représentants furent Chuck Liddell ou Wanderlei Silva et qui survit encore aujourd’hui du côté de Robbie Lawler ou Conor McGregor.

Ça vous parlera sans doute plus que des mots

Dire qu’il s’est donné corps et âme au MMA après avoir échappé de peu à la mort est tentant, mais erroné. Il EST mort. Après une adolescence à obtenir des résultats dans tout ce qu’il entreprenait sans fournir aucun effort, Matt a sombré dans la drogue pour pallier à l’ennui. Il commença par vendre de l’acide, puis un de ses potes lui proposera de tester l’héroïne. C’est après une injection un peu trop gourmande qu’il perd connaissance et est transporté d’urgence à l’hôpital, ou après une minute passée en état de mort clinique, il revint miraculeusement à la vie. Une chance de damné. Pourtant l’abyme appelle l’abyme, la vie dénuée de sens à ses yeux le rattrape, et il se remet peu de temps après aux pilules d’OxyContin. C’est seulement après qu’un de ses amis (dont le nom de famille était également Brown, ça doit aider pour s’y identifier..) ne meure à cause de cette drogue, lui et 2 autres membres de sa famille en l’espace de 3 mois.

Pour Matt, devant la tombe de son ami à l’enterrement, c’est le réveil.

MMA: UFC 189- Matt Brown vs Means

Comme un signe, il tombe devant son poste de télévision sur des combats de MMA. Intrigué, il décide d’aller tenter sa chance. Il se fera démanteler comme un bleu en guise de bienvenue. Pour lui c’est inespéré, enfin un challenge, enfin un sens donné à son existence. Après avoir filé son numéro à Anubis et être passé à une seringue de le rencontrer en personne c’est finalement la renaissance, le baptême de « l’Immortel ».

Matt BrownPour se fringuer comme Matt Brown, Conor, Alistair et les autres c’est sur Reebok et c’est ici, ou sur l’image.

Adoptant un style « prédateur », les premiers combats sont le reflet de ses prises de risque : il gagne autant qu’il ne perd. Et s’il progresse tant au niveau des compétences que de la visibilité chez les fans, remportant même un titre ISCF en labourant Douglas Lima (aujourd’hui top 3 en Welterweight au Bellator), il peine à se donner les moyens d’accéder au Graal de tout combattant, se placer dans la course au titre à l’UFC.

Nous sommes en 2012 et Matt commence alors une entreprise de destruction historique, une boucherie de 7 victoires successives (6 par KO) en marchant sur des noms tels que Stephen Thomson, Erik Silva ou encore Mike Pyle. Mais ce qui en a fait un des combattants préférés des fans à partir ce moment là ce ne sont pas seulement les chiffres, mais la manière. Ses apparitions furent d’une telle intensité qu’elles auraient mérité de récolter au moins 666 bonus post-fight à chaque fois. Juste parce que.

Matt Brown staredownMatt Brown et Erik Silva, jeux de mains – jeux de parpaings

Sans être passé par une carrière de lutteur comme la majorité des combattants américains, il s’est développé dans tous les secteurs en même temps avec une préférence évidente pour le combat debout. Son muay-thaï est une merveille absolue, et si il n’a pas l’explosivité d’un Buakaw il compense avec une technique en clinch tout simplement prodigieuse. Des projections dans le plus pur style Thaï que l’on ne voit qu’extrêmement rarement dans une cage, à une diversité exceptionnelle dans les attaques avec les coudes et les genoux. Aux distances d’anglaise et de kick, il ne brille pas par la propreté de ses techniques, mais plutôt pour la lourdeur de ses frappes. S’il n’est pas explosif comme le serait un Tyson, à chaque fois qu’il touche il fait mal. Genre Foreman.

Là où l’Immortel brille comme les dents de Lil Jon un jour de canicule, c’est donc quand ça commence à s’attraper debout. Il n’en est pas pour autant moins efficace dans les autres aspects du combat ; Brown belt en Judo et Brown belt en JiuJitsu Brésilien, Matt Brown n’a pas oublié d’attacher sa ceinture pour s’éviter un fâcheux accident de parcours.

Matt Brown ecrasementStudieux

Pourtant sur ses 4 derniers combats il en a perdu 3. Et là c’est le moment où vous vous dites qu’on vous a floué sur la qualité, mais si on y regarde de plus près on ne peut s’empêcher de lâcher un petit « Ah oui, d’accord… ». Comme on l’a spécifié, Matt a débuté par le MMA, autrement dit par toutes les disciplines d’un seul coup. Généralement, à moins de s’appeler George Saint-Pierre, ça veut malheureusement dire que quand on rencontre un ultra-spécialiste dans une discipline, qui a su développer son jeu pour éviter qu’on le sorte de son domaine de prédilection, ça sent dangereusement le sapin.

Il a combattu Robbie Lawler qui fait du pied poing depuis qu’il a 9 ans, Johny Hendricks qui a lutté au plus haut niveau Américain et Demian Maïa qui est tout simplement un des meilleurs pratiquants de JJB depuis l’extinction des dinosaures. Alors forcément, face à des artistes experts en leur domaine depuis qu’ils savent avaler leur purée de pois sans grimacer, on a vite fait de prendre du retard. Matt s’inclina devant la majesté des combattants susnommés sans se chercher d’excuses, en promettant de s’entraîner comme un démon pour rattraper le retard.

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À l’UFC 201 dans la nuit de samedi à dimanche, Matt Brown revient. Et il revient avec une Iroquoise, comme pour souligner son appartenance aux « Derniers des Mohicans », mais surtout pour souligner le fait qu’il s’en racle pas mal le sternum de savoir ce qu’on pense de lui. Devant lui se dressera Jake Ellenberger, un homme en perdition depuis qu’il s’entraîne chez le très controversé coach de Ronda Rousey, Edmond Taverdyan. Il a perdu 5 de ses 6 derniers combats et semble ne plus arriver à sortir la tête de l’eau. Mais la bête blessée conserve malgré tout un énorme pouvoir de KO, et la rencontre entre les deux hommes, ne nous laissons pas berner, reste un pain de C4 qui ne demande qu’une secousse pour nous péter au museau.

Alors si vous avez toujours rêvé de voir comment évolue Jessie Pinkman après Breaking Bad, rendez-vous samedi.

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