Mayweather vs. McGregor – Analyse technique du « combat du siècle »

Lors du Money Fight, du « combat du siècle », Floyd Mayweather s’est imposé par TKO contre Conor McGregor au 10e round.

Même si pas mal d’articles tournent sur le net, je vous propose de nous intéresser au « combat du siècle », Mayweather vs. McGregor, sous son aspect technique, chose que peu de rédacteurs ont évoquée jusqu’à maintenant. Je vais donc ici procéder à une analyse quelque peu poussée du footwork, de la qualité de punch, de la garde… de chacun de nos deux amis millionnaires, et ce round par round. Vous êtes prêts ? On peut commencer !

Round 1 : On va commencer par le plus simple, le plus flagrant chez McGregor. Il commence le combat en trombe, le monsieur y met tout son cœur et ça se voit. On sent l’envie chez notre ami irlandais. Mais dès les premières secondes, quelques coquilles apparaissent, ne laissant présager rien de bon. En effet, tout pratiquant de boxe ou de mma connaît la technique de la « manivelle » comme j’aime l’appeler : garder toujours le bras avant près de son adversaire. On peut noter deux grands avantages à cela. Tout d’abord, brouiller le champ de vision de l’adversaire, et par la même occasion focaliser l’attention de l’autre sur ce poing (pour pourquoi pas armer une droite surprise par la suite). Ensuite, cette « technique » offre une qualité de contre bien plus rapide puisque comme vous l’aurez compris, le bras avant est juste devant le front de l’autre combattant, pas besoin donc de réellement armer son coup, qui cette fois ne viendra pas des hanches comme à l’accoutumée, mais simplement de la force de l’avant-bras. Mais qui dit pas de mouvement de hanche, dit bien entendu moins de puissance, et c’est précisément ici que je veux en venir.

En effet, le désavantage principal de ce bras avant près de l’adversaire est caractérisé par le fait que le coup en question n’aura que très peu d’effet, une puissance considérablement réduite. Et même si cela est difficile à croire, Mayweather n’a pas la mâchoire de verre d’un Amir Khan par exemple. Même si ce dernier n’a pas pris beaucoup de coups dans sa carrière, il a pris de très grosses mandales, croyez-moi (il suffit juste de regarder les punchers qu’il a affrontés durant ses 21 années de règne : Maidana, Cotto, Hatton…).

Tout cela ne laisse donc présager rien de bon, dès le premier round n’importe quel connaisseur de boxe pourra déduire que Mayweather ne finira pas ko lors de ce combat. Vous allez sans doute me parler des lucky punchs, mais mes amis, en boxe anglaise le lucky punch n’existe pas. Tout est calculé au millimètre, chaque coup, chaque enchaînement, chaque levé de garde a été travaillé et retravaillé à l’entraînement. Un boxeur c’est un peu comme un métronome, chaque jour les mêmes combinaisons sont répétées en vue du futur combat.

Round 2 : Même si la qualité technique de McGregor laisse à première vu quelque peu à désirer, le round 2 va nous permettre d’y voir une grande qualité chez l’Irlandais : son acuité visuelle et sa « perception de l’espace ». En effet, à 2 minutes 28 de la seconde reprise, Conor nous régale d’un très bon contre uppercut crochet. Pour un novice de l’anglaise, c’est vraiment beau.

Le second round sera pour moi le plus représentatif des qualités de Conor. Sa perception de l’espace est pour moi sa plus grande qualité. Même si son footwork est totalement inadapté à la boxe anglaise, ses déplacements sont fluides et intelligents, le bonhomme sait où se déplacer et comment le faire. De plus, il dispose de réflexes tout à fait honorables pour un amateur. Mais il y a une ombre au tableau. Ce second round laisse aussi apparaître sa plus grande faiblesse : Conor n’exécute aucun mouvement de hanche en frappant.

Comme vous le savez, la puissance part toujours des jambes et des hanches. C’est avec ce mouvement de rotation que le coup va prendre de la vitesse, pour une puissance accrue : c’est la base de la boxe anglaise, toujours rester souple sur ses appuis et ses enchaînements en effectuant cette rotation de la hanche.
Or ici, notre ami irlandais ne tape qu’avec sa force brute, il ne s’aide aucunement de ses hanches pour faire ses crochets ou ses uppercuts. Alors d’accord je vous accorde qu’il est puissant, mais sans mouvement de hanche, comment mettre ko un des plus grands boxeurs de l’histoire ? Cela risque d’être bien compliqué…

Round 3 : Parlons maintenant de Mayweather. Une chose choque en particulier : ses pieds sont bien moins écartés qu’à son habitude. Pour rappel, si on voulait caractériser la boxe de Money ce serait : toucher sans se faire toucher. Et pour ne pas se faire toucher, il esquive les coups. Et comment esquiver un coup de façon optimale ? Soit en reculant, soit avec un retrait. Ici l’esquive préférée de Money, c’est bien le retrait par le biais d’une torsion puis d’une rotation de son tronc. Cette forme d’esquive se caractérise par la nécessité d’avoir les pieds bien écartés, pour que cette rotation de tronc soit optimale. Les pieds doivent de plus être bien ancrés dans le sol.

Mais ici, les pieds de Money ne sont pas aussi écartés qu’à son habitude. Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que pour une fois, c’est bien lui qui avance vers son adversaire, ce n’est pas lui qui recule ou qui l’attend bien planté sur ces appuis, prêt à décocher un contre de l’espace.

Le fait pour Mayweather de chercher l’affrontement change complètement son style de boxe. Money avait bien dit avant le combat que cette fois-ci, il irait à l’affrontement, il avancerait lui aussi vers son adversaire. Eh bien on peut dire qu’il a tenu parole. Tellement que son style plein de légèreté, lui qui a l’habitude de voler sur le ring, paraît totalement désuet.

Mais pourquoi fait-il cela me dirait vous ? Pour « l’entertainment ». Ce combat est un spectacle nous vous l’avions bien dit. Pour son tout dernier combat, Mayweather a voulu prouver que malgré ses 40 ans, il n’était pas qu’un simple génie de la défense, que lui aussi peut cogner. Mais personnellement, je trouve que le style qu’a adopté Floyd durant ce combat ne lui convient pas du tout. Ce soir, ce n’était pas le TBE comme à son habitude. Ce soir, j’ai simplement vu un boxeur d’une trempe bien moins importante.

Je pense vraiment que Mayweather a voulu prouver au monde entier que même avec une boxe bien moins impressionnante défensivement, il était à même d’infliger une correction à Conor en adoptant un style qui pourtant ne lui convient pas.

Que serait-il alors advenu si Mayweather avait continué à adopter le même style qu’à son habitude ? Vous auriez sans doute assisté à une des plus grandes humiliations de ces dernières années, mais à l’inverse vous n’auriez probablement pas vu de TKO.

Et sans TKO, pas de spectacle dans l’esprit du plus grand nombre de spectateurs. Car bon il faut se le dire, les Américains c’est la culture de la démesure, si dans un match il n’y a pas de ko, les gens vous diront que le combat a été ennuyeux à mourir (c’est pourquoi Floyd est souvent qualifié de boxeur ennuyeux aux USA).

Mais bon, même avec ce nouveau style de boxe, Mayweather a quand même assuré le spectacle : une capacité d’anticipation comme d’habitude hors du commun (savoir quand reculer la tête pour amortir le choc d’un coup, c’est quand même fort).

Quant à McGregor, il fait aussi le spectacle, mais à sa manière dirons-nous : des enchaînements où ses deux poings sont en avant en même temps (chose complètement inutile et dangereuse, sous peine d’un bon joli contre), une garde inexistante, aucune protection de la mâchoire lorsqu’il arme un punch…

Vous l’aurez compris, McGregor manque cruellement de technique, heureusement que ses qualités naturelles rattrapent le coup. Enfin, dernière chose moins flagrante, mais tout aussi importante : McGregor jab en utilisant tout son poids de corps, chose encore une fois invraisemblable dans le monde du noble art.

Pour rappel le jab c’est l’instrument phare du boxeur pour assurer une victoire. Il sert à jauger la distance avec l’adversaire, à le déstabiliser… Le jab est le seul coup qui ne nécessite pas de mouvement de hanche, puisque l’objectif de ce coup n’est pas de faire mal. Mais ce mouvement se doit d’être des plus fluides et rapides. Ici, Mcgregor jab en mettant l’ensemble de son poids en avant, chose à ne jamais reproduire si vous ne voulez pas vous prendre encore une fois un contre venu des enfers.

#McGregor vs. #Mayweather

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Round 4 : On remarque dans ce round que Mayweather aurait clairement pu enclencher la machine et accélérer pour finir McGregor en 5 rounds, mais bon, le spectacle avant tout. Pourtant, nous pouvons clairement voir Mayweather en meilleure forme, son travail d’analyse s’étant terminé. Ajoutez à cela la fatigue dans le camp de l’irlandais, et à partir de cette reprise, mais surtout de la prochaine, le combat prendra un sens unique.

Round 5 : Mayweather continue d’avancer vers McGregor avec une garde des plus conventionnelle qu’il n’a pourtant pas autant l’habitude d’utiliser. Et cela suffit à faire reculer McGregor qui sent le danger venir à chaque pas de Money. De plus, il est clair que Conor n’arrive plus à toucher Mayweather. En effet, Mayweather c’est une intelligence hors du commun du ring, une capacité d’adaptation hors du commun, mais cette adaptation prend souvent plusieurs rounds. Mais quand la machine est lancée, plus personne ne l’arrête.

McGregor quant à lui se fatigue de plus en plus, ses coups de s’arment même plus à partir de son corps, ce dernier arme le bras alors que le bras en question n’est qu’à quelques centimètres de Money, impossible donc d’y mettre de la puissance. À partir de ce round, le compte à rebours est clairement au-dessus de la tête de McGregor, quand va-t-il céder ?

Round 6, première grosse droite de Mayweather sur Conor, à 2 minutes 03. Un sourire forcé de l’irlandais qui en dit long, long sur son état de fatigue alors que ce dernier fait mine d’être encore en forme. Round 7, même lorsque la fatigue se fait sentir, Conor conserve quand même une très bonne qualité d’analyse et reste relativement lucide. Il arrive à ne pas rester dans le viseur de Money. Round 8, tous les coups de l’irlandais atterrissent dans les gants de notre ami américain qui continue à s’amuser et à faire durer le plaisir, mais pour combien de temps encore ? Round 9 : Mayweather allonge de plus en plus ses coups, c’est désormais clair, il veut que le combat se termine.

Round 10 : Ce qui devait arriver arriva : une avalanche de coups pleut sur McGregor, qui se fait alors stopper par l’arbitre, fin du match ! Ce combat restera donc dans les annales, mais seulement pour l’aspect argent et « Entertainment ». Si l’on enlève cela, il est clair que le fight ne vaut pas le détour : il fallait donner le spectacle que les spectateurs méritaient, rien de plus, rien de moins.

Mais Mayweather a cette fois prouvé au monde entier sa capacité à cogner un adversaire, à le faire reculer comme le ferait un Canelo (je parle simplement du mexican style, je ne compare aucunement la puissance de Mayweather et Canelo). Mayweather peut donc se retirer invaincu, avec un bon pactole d’argent.

Conclusion ? McGregor est bien en dessous du monde de la boxe, et tous les fans de mma ont pu constater que le sport qui nécessite le plus d’endurance, c’est bien la boxe anglaise. Ce n’est pas pour rien si depuis les années 80 ce sport ne cesse d’être de plus en plus encadré, avec par exemple un passage de 15 à 12 rounds. Le noble art a encore de beaux jours devant lui !

Photo By: Monster Energy
6 Discussions on
“Mayweather vs. McGregor – Analyse technique du « combat du siècle »”
  • Je trouve votre analyse pertinente et je vous remercie de vous y être prêter. Par contre, certes McGregor a manqué d’endurance face à Mayweather et ne semblait pas habitué à combattre tant de round, mais il ne faut pas pour autant en conclure que la boxe anglaise demande plus d’endurance que le MMA. Le travail au sol (judo, jujistu, lutte, etc.) demande bien plus d’endurance que le travail debout, or le MMA réclame les deux aptitudes. De ma pratique, je dirai que les sports au sol demandent le plus de cardio, puis vient le taekwondo, ensuite les sports pieds poings (boxe française, kick, etc.) et enfin la boxe anglaise. Par contre, si je devais combattre le meilleur boxeur qui soit en anglaise dans ma catégorie de poids alors que mes entraînements sont axés MMA, ne pouvant pas utiliser mes techniques habituelles, je devrais réfléchir d’avantage (par manque d’automatismes en anglaise) et je m’épuiserai plus vite et je finirai par manquer d’énergie.

    Compte tenu du futur débat qui s’annonce et des non initiés qui y prendront part, je m’adresse au lecteurs de cet article, car c’est toujours le même débat lorsque l’on compare les sports de combat.
    Par exemple, un karatéka sera moins bon qu’un judoka pour les projections, qu’un pratiquant de taekwondo pour les coups de pieds, qu’un boxeur pour les poings, pour autant il s’en sortira mieux lorsque l’ensemble de ces aspérités sont réunies.
    Chaque sport a ses règles qui permettent l’excellence sur des techniques précises, à chacun de trouver ce qui lui correspond le mieux. Il n’y en a pas un meilleur qu’un autre, mais un plus adapté qu’un autre pour chacun d’entre nous.

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