Andy Murray

Andy Murray va bientôt quitter le monde du tennis. Hommage à une légende pas comme les autres qui manquera énormément.

Le 11 janvier 2019, le monde du tennis apprenait de l’intéressé lui-même qu’Andy Murray va prendre sa retraite dans les prochains mois si ce n’est dans les prochaines semaines. Touché à la hanche depuis l’été 2017, le Britannique a irrémédiablement perdu une partie de son tennis. Au moment où coulent les larmes et retentissent les sanglots de Murray, une pensée universelle nous traverse l’esprit : Andy Murray est une légende. Retour sur la personnalité de ce grand champion.

Il est dur de trouver sur le circuit une personnalité aussi clivante. Andy Murray est un personnage complexe. Le grand public connaît le tennisman agacé, râleur, parfois perçu comme arrogant à travers. Les passionnés de tennis connaissent aussi le Andy Murray hilarant sur les réseaux sociaux et plus fervent défenseur de la parité homme-femme dans le tennis. Le jour et la nuit.

Sur le terrain : la définition de la hargne

Aucun autre terme que la « hargne » ne sied aussi bien à Andy Murray, qui a fondé son jeu entier sur la volonté de ne rien laisser à son adversaire. Sur le terrain de tennis, le Britannique ne cède rien à personne, même pas à lui-même. Combien de fois l’a-t-on vu râler, se parler tout bas, voire crier sa rage après un mauvais coup, une mauvaise décision ? Andy Murray, c’est l’antithèse des deux icônes modernes de ce sport que sont Roger Federer et Rafael Nadal. Là où ces deux géants paraissent calmes et maîtres de leurs émotions, Andy Murray les jette à la face de tous. Il représente à lui seul le cauchemar de chaque entraîneur et formateur qui prennent en charge des gamins sur les courts : Murray gueule, mais ça marche. Alors, pourquoi ne pas le reproduire ?

Combien de fois l’a-t-on vu, après un point de malade, lever son poing calmement, le regard dirigé vers son clan, la mâchoire serrée comme pour dire « je suis toujours là ». Car c’est exactement ce qui caractérise Andy Murray : cette volonté d’être toujours présent, peu importe le score et la physionomie du match. Même au bout du rouleau après un rallye de 35 coups, le Britannique regagnait la ligne de service la démarche pataude, le visage vers le ciel et la bouche grande ouverte comme s’il devait lui-même aller chercher l’oxygène nécessaire pour repartir au combat. Et malgré tout, il repartait de plus belle, à enchaîner les droites gauches pour finir son adversaire sur un passing du bout du monde. Peut-être que si Murray était aussi peu apprécié par le grand public, c’était par cette mimique perpétuelle d’un homme au bord du gouffre, mais qui s’arrachait encore un peu plus pour gagner un petit point. Face à notre écran, ou sur le bord du court, il nous était aisé de dire « Il fait semblant d’être cramé », comme pour nous rassurer sur le fait qu’Andy Murray était bel et bien humain. Impossible qu’un homme qui paraît aussi usé physiquement puisse autant aller chercher dans ses réserves, cela défie toute logique physique. Pourtant, il le faisait. Et combien de fois l’a-t-il fait ?

En dehors des courts : un homme entier

Il y a un moment particulier où le grand public a eu l’occasion de découvrir Andy Murray comme il est dans la vie : les cérémonies de récompense. L’homme hargneux et rageur se transformait souvent en homme à fleur de peau. Dans ces moments où un joueur doit faire face à une euphorie libératrice ou une déception immense, les discours produits sont souvent poignants. Andy Murray en a produit quelques-uns, parfois poignants de tristesse (Wimbledon 2012), parfois emprunts de légèreté (Wimbledon 2013), parfois les deux. Son deuxième discours en tant que perdant d’une finale du Grand Chelem en est l’exemple. Après une défaite en finale de l’Australian Open 2010 face à un Roger Federer très ému, Andy Murray prend le micro les larmes aux yeux et la gorge nouée pour déclarer « Je peux pleurer comme Roger mais quel dommage que je ne puisse pas jouer aussi bien que lui. » Si Andy Murray maîtrise à merveille ces moments où il n’y a pourtant aucune maîtrise, c’est parce qu’il parle vrai. Il dit ce qu’il a sur le cœur et montre un amour inconditionnel pour le jeu. C’est ce même amour inconditionnel pour le tennis qui crève l’écran quand il annonce difficilement sa retraite ce vendredi 11 janvier.

C’est exactement cette même passion que l’on a entrevue en août dernier à Washington, après un match face à Copil qui s’est terminé en sa faveur à près de 3 heures du matin. A l’époque, nous avions évoqué deux options pour expliquer ces pleurs : le soulagement d’un homme nouveau qui se rend compte qu’il est enfin remis de sa terrible blessure ou bien, ou bien le désarroi d’un champion qui se rend compte qu’il ne reviendra jamais. Aujourd’hui, nous en avons la réponse : Andy Murray ne reviendra jamais à son plus haut niveau. Pire encore, après cet Australian Open auquel il prendra part, il y a des chances que l’on ne le revoie plus sur un terrain de tennis.

Mais Andy Murray est bien plus que ça. C’est aussi par ses combats en dehors du terrain que le Britannique restera gravé dans les mémoires. Il a, par exemple, tout au long de sa carrière dénoncé les inégalités hommes/femmes dans ce milieu. Murray a lui-même plaidé en faveur de l’égalité homme/femme lors d’un plaidoyer à la BBC et a ponctué ses apparences médiatiques en se positionnant pour l’égalité des prize-money homme/femme, ce qui n’a pas manqué de faire rugir certains directeurs de tournois et joueurs. N’oublions pas aussi qu’Andy Murray a choisi Amélie Mauresmo comme coach de 2014 à 2016, une situation extrêmement rare puisque très peu de femmes coachent sur le circuit ATP et même WTA.

A l’annonce de sa retraite, l’ensemble du circuit s’est arrêté pour envoyer un soutien à Andy Murray. Une telle mobilisation ne traduit qu’une admiration pour un joueur légendaire qui a aussi su plaire en dehors des terrains. Et en ce qui concerne le terrain, on va en parler.

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