Johanne Defay : Rencontre avec l’une des meilleures surfeuses au monde et elle est française

Notre interview de la talentueuse surfeuse française Johanne Defay 

À 22 ans, Johanne Defay est l’une des meilleures surfeuses au monde. Vainqueur il y a quelques jours de l’étape des Fidji sur l’une des vagues les plus puissantes au monde, elle est actuellement 4e de la World Surf League (WSL). Élue rookie de l’année lors de sa première saison en 2014, Johanne Defay enchaîne les podiums et compte 2 victoires sur le tour depuis ses débuts en pro. Rencontre avec la Réunionnaise pour parler avec elle de la suite de sa saison, de son évolution et de l’état actuel du surf féminin.

Salut Johanne, comment ça s’est passé depuis ta victoire à Cloudbreak aux Fidji le 30 mai dernier ?
Johanne Defay –
Plutôt bien ! La compétition a eu lieu les 3 premiers jours et les 3 suivants on était en vacances sur une île paradisiaque de l’archipel des Fidji, c’était très chouette. Le voyage pour revenir à La Réunion a été plutôt long, cela fait une semaine que je suis revenue maintenant, on reprend la routine des entraînements en vue des prochaines étapes.

On a l’impression que Cloudbreak est ton spot préféré après la victoire de cette année et ta 3e place l’an dernier ?
Johanne Defay – Oui ce spot me rappelle un peu ceux de La Réunion (St Leu, Étang salé). L’ambiance est géniale, c’est un vrai plaisir d’aller là-bas. Toutes les filles du CT aiment cette étape.

Tu es 4e au classement général à mi-saison. Quel est l’objectif désormais ? Le podium ?
Johanne Defay – L’objectif depuis l’année dernière c’est de finir dans le top 5. On va donc déjà se focaliser sur celui-là. Après s’il y a un bonus à la fin de l’année ce sera bien, mais déjà faire un top 5 ce sera énorme.

Il y a un gros break avant le Van US Open (25 juillet). Comment vas-tu gérer cette longue pause avant un event où tu seras très attendue ?
Johanne Defay – Déjà ce break va faire du bien. Je suis contente d’être posée chez moi pendant près d’un mois. On a pas mal bougé depuis le début de l’année, c’est donc bien qu’il y ait cette longue pause afin de pouvoir digérer la victoire et bien se préparer pour la suite. Je vais tout faire pour retrouver l’envie et réfléchir à comment je vais aborder cette prochaine étape. Je suis tenante du titre sur le Vans US Open, quelque chose qui ne m’ait jamais arrivé auparavant.

Tu es sur le Pro Tour depuis 2014. Est-ce que tu as senti une évolution dans ton surf, mais aussi dans ta gestion de la pression ?
Johanne Defay – Bien sûr il y a eu une évolution que ce soit dans mon surf, dans mon approche ou bien encore dans ma routine. On apprend à chaque compet de ses erreurs, de ses victoires, je pense que j’ai acquis maintenant de plus en plus d’expérience sur le tour. Maintenant, je connais tous les spots, la température de l’eau, là où je vais louer mes voitures… Tout devient donc plus facile au fil des ans.

Surfeuse pro est le job de rêve pour beaucoup de monde. C’est vraiment le cas ou c’est quand même un peu difficile ?
Johanne Defay – Il peut y avoir pas mal d’inconvénients, mais je reste persuadée que je fais le meilleur boulot du monde. Il y a eu des moments plus difficiles quand j’étais plus jeune, mais maintenant je suis en train de récolter les fruits de ces années un peu galères. Disons que depuis que je suis jeune, j’ai une vie un peu à part. J’ai beaucoup voyagé et je n’ai pas de vraie bande de copains, mais maintenant depuis que je suis sur le CT, tout est plus clair, je sais exactement ce que je veux. Finalement le plus pénible dans ce job, ce sont les voyages qui sont particulièrement longs.

Depuis tes débuts sur le CT, tu surfes sans sponsor principal. Est-ce que grâce à tes victoires, cela a un peu bougé ?
Johanne Defay – On a vu des évolutions depuis quelque temps. Depuis mes débuts sur le CT, j’ai de plus en plus de partenaires et il y a peut-être quelque chose qui va se concrétiser incessamment sous peu, mais je ne peux rien dire encore. C’est mieux, mais je n’ai pas eu encore de gars qui t’appelle juste après la victoire et qui te signe un chèque de 100 000 $ (rires).

On a l’impression qu’il y a une très grande inégalité de traitements entre surfeurs et surfeuses pro au point où certaines se tournent vers la carrière de top modèle. Comment vois-tu la chose ?
Johanne Defay – Oui, c’est un peu la question du moment. Il y a des filles comme Silvana Lima qui critiquent le fait que les sponsors préfèrent la silhouette à la performance. Pour ma part je pense qu’il y a encore des sponsors qui recherchent des filles compétitives. Avec les réseaux sociaux, tu n’es pas obligé d’être performante pour être populaire, il suffit juste d’être jolie et pour le coup certaines marques jouent avec cette solution de facilité afin faire de la pub. On va dire que cela n’aide pas beaucoup le surf, il faudrait vraiment séparer le mannequinat du sport.

Finalement, le choix d’Alana Blanchard de quitter la compet pour se consacrer pleinement au mannequinat est finalement une bonne chose selon toi ?
Johanne Defay – C’est vrai, Surtout quand on voit sa dernière année sur le CT où elle n’était pas du tout motivée. Alana, c’est « l’icon » de la surfeuse qui passe mannequin, mais elle surfe très bien et a largement le niveau des meilleures. Finalement, ce n’est pas la pire.

Est-ce comme certains, tu penses qu’avec l’arrivée de Samsung et l’évolution de la World Surf League (WSL), on a perdu l’esprit du surf qu’il y avait à l’origine ?
Johanne Defay – Je ne sais pas, mais de toute manière avec la compétition on ne peut pas garder cet esprit surf comme avant. Tout dépend ce que l’on veut, si on veut être des sportifs de haut-niveau et gagner notre vie avec on a besoin de toute cette organisation mise en place par la WSL. Après quand j’arrêterai la compétition je n’aurai aucun souci a revenir dans cet esprit surf. À ce moment –là, je m’en foutrai pas mal d’Instagram (NDLR – la WSL oblige les surfeurs a être sur les réseaux sociaux).

 

 

Quel est l’état actuel du surf à La Réunion aujourd’hui ? On sait que c’est très compliqué depuis les attaques de requins de ces dernières années.
Johanne Defay – Les activités nautiques ont repris depuis que la commune de Saint-Paul a installé 2 filets anti-requins sur les spots de Boucan et de Roche Noire et a autorisé des sessions pour les licenciés. C’est toujours compliqué parce qu’il y a des horaires précis et beaucoup de contraintes sur l’installation de ces filets. Mais ça fait quand même plaisir de voir tout cela reprendre petit à petit. Depuis mon retour j’ai surfé 2-3 fois ici, l’an dernier je ne suis pas allée à l’eau, car il n’y avait rien d’installé. Il va falloir être encore un peu patient, mais cela va dans le bon sens.

Ton spot préféré sur la planète ?
On va dire Cloudbreak aux Fidji, un spot qui me réussit pas mal (rires)

Ton idole dans le surf ?
Carissa Moore

La surfeuse avec qui tu t’entends le mieux sur tour ?
Bianca Buitendag, c’est devenue ma meilleure amie.

Y a-t-il une session où tu as eu peur d’y rester ?
Oui à Margaret River en Australie où j’ai pris une série sur la tête et je suis restée longtemps sous l’eau. Je n’ai pas eu peur d’y rester, mais c’était assez marquant pour que je m’en souvienne.

Et enfin question culture, tu es plus Point Break ou Brice de Nice ?
Point Break quand même !

Merci Johanne et bon courage pour la suite.

 

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Propos recueillis par PAP

Photo By: WSL / Ed Sloane
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