Salif Gueye, bien plus qu'un phénomène insta : interview avec un artiste hors norme

Nous avons rencontre Salif Gueye aka. Salif La Source à Paris. L’un des artistes du moment, validé par les plus grands, est revenu sur son parcours et son ascension.

C’était les 17 et 21 octobre dernier : un jeune danseur de 22 ans jusque-là inconnu du grand public publie sur les réseaux les deux parties d’une vidéo, qui va littéralement faire le tour du monde. Cette vidéo, filmée dans les environs de Beaubourg, montre alors le jeune homme danser sur le classique Rock with you de Michael Jackson. Moonwalk, sideslide : tout y est. A partir de là, tout s’enchaîne, la prestation traverse l’Atlantique et est relayée par les plus gros médias et personnalités US : Dwayne Johnson, Lebron James, jusque la papesse du talk-show américain Ellen DeGeneres, s’intéressent au nouveau phénomène français qui devient alors viral. Alors que l’on découvre que cette vidéo aurait peut-être pu ne jamais être publiée ou du moins relayée, nous avons rencontré Salif Gueye à Paris. Débrief d’un entretien avec un artiste hors norme.

C’est en gyroroue que Salif arrive à notre rendez-vous dans le 1er arrondissement de Paris, l’air décontracté et à l’aise pour une personne dont la notoriété grandit de jour en jour. En revenant d’abord sur le succès de cette fameuse vidéo (première partie), l’intéressé nous confie d’ailleurs avoir encore du mal à y croire, alors qu’il dansait déjà depuis plusieurs années dans la rue avant le buzz (« Je ne m’y attendais pas moi (…) c’était la vidéo la plus simple que j’ai pu faire en terme technique»). Un simple kiff habituel donc, presque trop simple, au point que le danseur allait supprimer la vidéo alors prise par un de ses amis qui lui persuade finalement de la laisser 24h et « après on verra ». Les 10 heures de travail que l’artiste dédie chaque jour à sa discipline auront alors finalement payé. Avant le phénomène viral, ce sont en effet des dizaines d’heures d’entraînement, parfois sous les intempéries, qui ont été nécessaires, nous confie-t-il (« Si j’étais pas avec toi là, à l’heure qu’il est, je serais actuellement en train de danser »). Pour preuve, on retrouve d’ailleurs une ancienne vidéo de lui datant de juin réalisant un moonwalk sous la pluie à l’endroit même où il a été repéré. Comme disait Diddy dans un de ses tweets de décembre 2017 : « We all have the same 24 hours, no excuses ».

Si il a appris en autodidacte, Salif admet néanmoins avoir plusieurs influences/inspirations dont le mime Marceau, Michael Jackson, Fred Astaire, James Brown, Bruce Ykanji (fondateur de Juste Debout), son coach Mickaël Bilionnière, ou encore les Twins. Ces derniers (dont le parcours est relativement similaire) qui lui ont en quelque sorte influencé pour qu’il influence à son tour sa génération #passagedeflambeau.

Car Salif danse avec le cœur et a toujours souhaité transmettre une énergie. Cette énergie qui a sans doute tapé à l’œil des millions de personnes qui ont pu tomber sur ses vidéos. Million d’ailleurs, comme son nombre actuel de followers sur Instagram contre quelques centaines avant octobre 2018. Le pouvoir des réseaux sociaux. Le contact avec Ellen DeGeneres et sa team se fait d’ailleurs via Facebook à l’époque. Puis un autre contact se fera avec le tennisman Novak Djokovic à qui il apprendra quelques moves : sa vie a totalement changé. Mais malgré tout cela et un moonwalk plus tard, le jeune homme originaire d’Épinay-sur-Seine tient à nous rappeler qu’il garde les pieds sur terre et n’oublie pas ses racines. Son crew Undergroove l’a d’ailleurs toujours poussé vers l’avant, tout comme le comédien Elhadj (#socoman #soquoi) et les personnes qui le suivent envers lesquels le danseur exprime sa reconnaissance.

Car musique et danse vont souvent de pair, à la question sur ses 5 titres préférés du moment, Salif nous fait (re)découvrir quelques pépites dont Kyle – Ups and downs, Michael Jackson – I’m so blue. C’est peut-être le meilleur moment de notre entretien avec lui, celui où on se rend compte de toute la dimension artistique de la personne en face de nous, qui n’est peut-être pas qu’un danseur après tout. Salif tient alors à nous montrer la manière dont il écoute certains titres et c’est ainsi qu’en réécoutant ensemble certains classiques pourtant déjà connus, on les redécouvre sous son prisme.

Sur le titre Human Nature (#personalfavouriteofalltime) qu’il nous fait écouter, on réexplore ainsi avec lui les détails des arrangements réalisés par le King of pop avec Quincy Jones, Steve Porcaro et toute la team du Thriller album. Il nous fait ensuite écouter Gimme whatcha got de Chris Brown et nous fait une véritable leçon de danse, en restant assis #oklm.  On commence alors à se rendre compte que le jeune danseur a une très fine compréhension des harmonies et du rôle de chaque instrument dans les morceaux, qu’il retranscrit ensuite de manière naturelle dans la danse. Peut-être la clef du succès de sa vidéo ? Car en effet, lorsque l’on analyse la vidéo virale, on observe que chacun de ses mouvements sont coordonnés avec un instrument particulier, voire traduisent une parole de la chanson Rock With You. Salif donne ainsi une version imagée de la chanson, comme si le morceau n’était qu’en fait juste la bande-son d’un film auquel il complète par l’image à travers sa danse : L’image et le son ne font alors plus qu’un lorsque l’on regarde le jeune homme danser. Technique aussi utilisée par un certain… Michael Jackson lorsqu’à travers sa danse, il donnait l’image et construisait l’imaginaire visuel des morceaux comme Thriller, Bad ou encore Smooth Criminal.

Résumer le jeune parisien à « celui qui a fait le moonwalk sur une vidéo » ou « the guy who went from 900 followers to 1 million on Instagram » serait donc très réducteur. À la fin de l’entretien, alors que chacun reprend ses affaires, le jeune homme continuera de danser face à un miroir, écouteurs dans les oreilles. On sent qu’il n’aurait pas pu faire autre chose que de la danse : c’est tout lui, c’est en lui. Est-ce que le phénomène peut s’arrêter demain ? Est-ce que tout cela n’est pas juste éphémère ? Probablement pas si l’on en croit ses nombreuses vidéos postées après octobre 2018 qui dépassent le million de vues pour la plupart. Le média Non stop people le classe d’ailleurs dans les « stars qui vont faire 2019 ».

Tout comme de nombreux talents de la street (voir à ce sujet Emanuele Fasano), l’exemple de Salif nous montre encore une fois la puissance des réseaux sociaux, mais également toute la force du travail, de la détermination et de la persévérance dans la réalisation de ses objectifs : L’esprit La Sueur.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here