Un petit enchaînement pour l’homme, mais une grosse gauche pour l’inhumanité. Où comment, et pourquoi Conor McGregor a quitté le monde des vivants pour s’offrir une place au Panthéon de la street lourdeur.

Cette histoire de double ceinture tout d’abord. Dans l’Histoire de l’UFC ils ne sont que 3 à avoir décroché des ceintures dans 2 catégories de poids différentes. Randy Couture avec les titres Heavyweight et Light-Heavyweight. Puis BJ Penn qui après avoir mis KO Matt Hughes pour la place de Champion Welterweight, partira dépecer la catégorie Lightweight.

Mais là où Conor est d’ores et déjà une dimension au-dessus, c’est que lui a réussi l’inconcevable exploit de détenir les deux en même temps.

Si BJ  en a eu l’opportunité à l’UFC 94, c’est Georges St Pierre en personne le raccompagnera brutalement à la frontière. Et des dires de Dana White cette époque, même s’il avait réussi, de toute façon il aurait été sommé de libérer une des deux ceintures pour le bon fonctionnement de la machine UFC.

Si vous aviez besoin d’une preuve supplémentaire que Dublin est le nouveau quartier général de l’organisation américaine, vous l’avez : ce que Conor veut, Conor obtient. Et s’il avait perdu son bras de fer à l’UFC 200, tentant de faire plier les frères Fertitta (alors propriétaires) en séchant une des conférences de presse, on dirait bien que la bataille pour la Terre du Milieu n’était pas perdue pour autant. Car si l’on en croit Dana White toujours, il se pourrait bien que le Notorious défende les deux ceintures simultanément !

« Du jamais vu », le deuxième prénom de Conor McGregor.

UFC 205, le jour où Conor McGregor est devenu immortel

Côté chiffre côté paye côté pèze, c’est vraiment LÀ ou il doit vraiment se sentir très seul. En comptant le dernier event, il détient 4 des 5 plus gros nombres en pay-per-views de l’histoire de la compagnie lors de ses combats contre Aldo, double Diaz et enfin la cerise sur le gâteau contre Alvarez. Depuis ce fameux UFC 198, premier événement pay-per-view pour lequel il était tête d’affiche, les nombres n’auront pas cessé d’augmenter et les records de tomber. Et s’il faudra un peu de temps avant d’en avoir la confirmation (le comptage des PPV prenant un peu de temps, car il faut recouper les fournisseurs en ligne ainsi que les chaînes câblées et satellites), le triomphe de ce week-end devrait même surpasser son précédent exploit (1.650.000 de PPV pour les intimes). Ajoutez à ça le fait qu’à la force de son pouvoir de négociation et d’une parfaite conscience du poids de son image, il est devenu l’athlète le mieux payé de l’histoire de la compagnie américaine. Alors que son deuxième combat contre Nate lui avait rapporté 3 millions hors sponsors et revenus PPV (tout compris on est probablement plus près de 10 millions), sa dernière apparition a assurément fait sauter la banque une seconde fois. On ne connaîtra pas l’ampleur du Hold-Up puisque la Commission Athlétique de l’Etat de New-York ne révèle pas les salaires, mais d’après notre indic (un certain Khabib N.) , McGregor aurait cette fois-ci touché 3,5 millions.

UFC 205, le jour où Conor McGregor est devenu immortel

On peut aussi aller chercher le fioul du côté de ses statistiques. Allez, gargarisons un bon coup et faisons-nous péter le bide, on n’est pas venu pour jouer aux « boules Provence ».

Il détient le record du KO le plus rapide pour un combat pour le titre en 13 secondes (RIP Jose) et le plus grand nombre de KOs de la catégorie Featherweight (6). Il a été sacré « Combattant de l’année 2015 » par quasiment toutes les instances, journalistiques ou non, et au vu de la portée de sa perf ce week-end il s’apprête sûrement à récidiver. Il est en train de placer le record du nombre de bonus post-combats d’affilée à un chiffre réalistement inatteignable (8) et Rolling Stone l’a même placé dans sa liste des « 25 Sex Symbols les plus chauds de l’année ». Voooilà, et tout ça ne sont qu’une fraction de ses accomplissements dans le monde du MMA. Il est présent le man.

L’aspect sportif, paradoxalement, est dans cet ouragan médiatique peut-être celui dont on parle le moins. Perdus dans nos comptages et recomptages additionnés de records, on en oublie l’essence même de ce qui a fait de l’Oracle Dublinois cette broyeuse à Champions. Puisqu’on se concentre sur ce segment temporel que constitue son combat principal à l’UFC 205, alors allons-y franchement :

  • Une gestion de la distance quasi millimétrique. Sur l’enchaînement bouquet final, on peut constater avec effarement que le crochet/cross droit d’Alvarez (dans lequel il s’est beaucoup trop engagé on est d’accord, mais ça n’enlève rien à la magie du moment) n’est passé qu’à quelques micromètres de la luxuriante barbe de l’Irlandais. McGregor a analysé le mouvement avec tellement de brio qu’il se contente avec une froideur toute T2000-esque du retrait du menton le plus minimal possible, pour pouvoir lors de son contre instantané bénéficier d’une parfaite distance et réengager sans moment de flottement qui aurait pu permettre à Eddie de se repositionner pour se défendre.

À 4:30 du second round il nous offre une salade César option toutes garnitures : gestion parfaite de son allonge lui donnant quelques centièmes de secondes d’avance, mouvement de retrait sans déchet lorsque Alvarez passe à l’attaque et retour foudroyant avec un missile autoguidé encore une fois verrouillé sur le menton. Propre, simple et efficace, une manœuvre toute Wengerienne.

  • Une intelligence en combat impressionnante. À 2:50 il tente un cross et le rate, mais note le mouvement de tête reflexe d’Alvarez. Quelques dixièmes de secondes plus tard il ajoute des distractions avec sa main droite, lance alors la même séquence et catapulte son cross en sachant cette fois exactement ou Eddie placera sa cafetière. C’est le 3e knock-down et c’est hallucinant.
  • Une maîtrise quasi absolue de toutes les facettes de la Science du combat, tout simplement.

Il n’est jamais statique après une combinaison (4:44), est extrêmement créatif dans ses attaques en utilisant tous ses membres et travaille à tous les niveaux sans discrimination (low, middle, high). En l’espace d’une minute au second round, il va même se permettre d’invoquer les Dieux du sport pour désarçonner encore un peu plus le pauvre Américain. Tenez-vous bien ça va aller très vite : 3 :54 les mains derrière le dos à la Roy Jones Jr, 3 :32 la garde épaulée de Floyd Mayweather et 3 :22 une esquive du buste suivie d’une contre-attaque dans le plus pur style Anderson Silvesque.

Il feinte constamment et est en mouvement continuellement, ce qui maintient Alvarez dans le doute du début à la fin. Il est également totalement relâché et détendu, fluidifiant ainsi ses enchaînements et lui permettant sans se précipiter de prendre les bonnes décisions au bon moment.

Ça donne le vertige.

Mais poursuivons notre petit inventaire…

Pas de mouvements superflus. Comme l’analysait son coach John Kavanagh ; « chaque mouvement, chaque feinte est pour une raison ». Une économie qui décuple l’efficacité de chaque action.

Sa défense de takedown fut irréprochable. Il a tout simplement nullifié toutes les tentatives d’Eddie, que ce soit contre la cage où il l’a empêché tout en contrôle de saisir sa jambe arrière pour faire levier, ou au milieu de l’octogone.

Et enfin la précision de ses mains.

Infliger 4 knockdowns ½ en l’espace de quelques minutes dans le calme et la maîtrise la plus totale traduit une chose et pas des moindres : il peut trouver un menton ou une tempe de n’importe où, que la cible soit en mouvement ou non. Associé à une rapidité d’exécution presque féline, c’en est même à se demander si ce foutu Irlandais est bel et bien humain.

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Sur les 8 minutes qu’il aura partagé avec (à ce moment encore) le meilleur combattant Lightweight au monde, il n’a pas été mis en danger une – seule – seconde.

Pour ce qui est des skills il est encore trop tôt pour le considérer comme un des meilleurs combattants de tous les temps. On gardera en mémoire la phrase archi-mythique de Pat Miletitch à propos de la première défaite de Fedor, alors considéré comme le combattant parfait : « Si mon cœur chavire ce n’est pas pour Fedor, mais pour la réalité de la perfection, inatteignable dans ce sport qu’est le MMA ».

Ce qui est sûr pour l’instant, c’est qu’il a déjà largement assuré sa place au Hall of Fame. Pour cimenter une place de GOAT, il va lui falloir affronter tous les challenges qui se présentent devant sa tanière : Nate Diaz pour une trilogie, Khabib Nurmagomedov et sa lutte d’ours polaire, Tony Ferguson et pourquoi pas aller titiller les Welterweights.

On dirait bien que le manuscrit n’est pas encore tout à fait terminé, et que toutes les mâchoires n’ont pas encore été poncées.

Mais pas d’empressement. À 28 piges, notre Demi-Dieu à la crinière rousse vient tout juste de sortir de la cuisse de Jupiter.

Mesdames et Messieurs l’Histoire est en marche, et elle se trimballe comme ça :

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